Illuminé[e] par une utopie ou bien par une poésie ?
Se poser la question de ce qui vous fait aller de l’avant dans la vie ! En voilà un beau débat…
Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !
Be cool, be open.
UU
Meilleurs mots lus #17
Candide – Extrait de « Mon utopie », d’Albert Jacquard
» (…) Une péripétie , d’une importance certes bien limitée mais révélatrice, en est l’illustration: la réaction des ouvriers travaillant dans les ateliers de soieries de Lyon, les canuts, face au premier métier à tisser.
La partie délicate de leur tâche consistait à isoler certains fils de la chaîne pour composer les dessins dont on leur fournissait le modèle. Un ingénieur, Joseph Jacquard, s’inspirant des travaux de Vaucanson, créateur de célèbres automates, imagina au tout début du XIX° siècle un système de commandes des fils au moyen de cartes perforées, anticipant les premières machines à statistiques. Un seul travailleur pouvait effectuer une tâche qui nécessitait auparavant l’intervention de plusieurs ouvriers, et le résultat était meilleur, car la machine ne faisait pas d’erreurs.
Il est facile d’imaginer ce qu’aurait pu être la suite; les ouvriers, ravis d’être aidés dans leur tâche par une machine, se cotisent, empruntent de l’argent pour l’acheter, se fatiguent moins grâce à elle tout en produisant plus, gagnent des sommes suffisantes pour rembourser leurs emprunts et peuvent même s’attribuer quelques jours agréables de « chômage » (jour « chômé »); tous les intéressés, canuts et ingénieur, travailleurs et inventeur, peuvent être satisfaits. La machine, en faisant reculer l’obligation du travail subi, a été bénéfique.
Hélas, cette belle histoire, parfaitement vraisemblable, n’est pas du tout conforme à ce qui s’est réellement passé. Ce ne sont pas les travailleurs qui ont acheté la machine mais les patrons. Ceux-ci ont voulu, conformément à un de leurs rôles dans l’organisation sociale, augmenter leurs bénéfices et ont licencié les ouvriers dont ils n’avaient plus besoin. Se retrouvant sans ressources et constatant que la fameuse machine était la cause de tous leurs maux, les canuts l’ont détruite en la jetant dans le Rhône. Par chance, ils n’ont pas, dans un même mouvement, jeté dans le fleuve les patrons et l’inventeur.
La leçon est claire. L’invention de cette machine apportait un avantage à la collectivité, elle était au total bénéfique. Cet avantage aurait pu être partagé. Malheureusement, les structures de pouvoir et les circuits économiques en place ont agi de telle façon que seuls les chefs d’entreprise en ont profité. Il est vrai que la machine prenait une part de leur travail, mais pourquoi le déplorer? Il n’était nullement obligatoire qu’elle leur prenne aussi leur emploi. La machine aurait pu être pour eux une alliée, non une ennemie: ils auraient dû s’en prendre non à elle mais à un pouvoir qui pervertissait les conséquences de son utilisation. »
Commentaire de Candide
Voici de quoi rêver. Mais ce n’est pas un poème! c’est une utopie d’humaniste….
J’aime entendre ses chroniques à la radio, son regard sur les choses. Pour lui, la richesse de la vie, ce sont les échanges, les rencontres.
Voici un extrait du dernier livre d’Albert Jacquard (polytechnicien, généticien des populations).
Meilleurs mots lus #18
Marie-Dan’ – Extrait de poésies in « L’Effroi La Joie » et in « Le Nu Perdu » [1964-1970], de René Char
Enchemisé dans les violences de sa nuit, le corps de notre vie est pointillé d’une infinité de parcelles lumineuses coûteuses.
Ah ! quel sérail.
HÔTE ET POSSÉDANT
Qu’est-ce qui nous consolerait ? Quel besoin de l’être ? L’homme et le temps nous ont tout révélé. Le temps n’est point votif et l’homme n’accomplit que des desseins ruineux.
Désir d’un cœur dont le seuil ne se modifie pas.
Nous allions prendre ce que nous convoitions. Mais la main qui brillait se rendait, semblait laide.
À verte fontaine, fruits souvent meurtris.
Notre sommeil était un loup entre deux attaques.
Nous avions allongé puissamment le chemin. Ne menait nulle part. Nous avions multiplié les étincelles. Enfin où menait-il ? Aux brumes dissipées, au brouillard rappelé. Et la nature entière était frappée de pandémie.
Le meilleur était durant quelque moment le crime en personne.
Astres et désastres, comiquement, se sont toujours fait face en leur disproportion.
Des hommes de proie bien civilisés s’employaient à mettre le masque de l’attente fortunée sur le visage hébété du malheur. Ô les termes de leur invitation ! Ô le galbe porcin de leur prospérité !
Seul, de nouveau, avec cet appelant au loin, si évasif ?
Temps, mon possédant et mon hôte, à qui offres-tu, s’il en est, les jours heureux de tes fontaines ? À celui qui vient en secret, avec son odeur fauve, les vivre auprès de toi, sans fausseté, et pourtant trahi par ses plaies irréparables ?
(…)
JOIE
Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle ! Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit. Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.
Commentaire de Marie-Dan’
Quel saisissement que de lire les mots du magistral poète qu’est René Char et de reconnaître dans quelques-uns de ses vers le présent des pulsations mêmes de son propre cœur, ses déchirements et ses rêves, ses désirs et ses tâtonnements, ses interrogations et ses craintes? C’est précisément ce qui s’est produit pour moi, le printemps dernier, en lisant son Nu perdu.
Au saisissement originel s’ajoute la force de la clarté de sa vision. Sa lucidité se fait levier. Le fin cisèlement de chacun de ses vers me redresse, élague de mon être souvent si encombré, purifie de l’âme du monde. La parole de René Char est de l’ordre de l’Essentiel, du vivifiant, elle est VITALE. Chaque mot a été choisi, pesé et soupesé, de telle façon qu’ils nous apparaissent, enchâssés les uns aux autres, pareils à des pierres précieuses polies par la meule du travail accompli par le poète avant de nous les offrir sertir dans l’or et l’argent de sa poésie. Au point que, singulièrement, de l’encre jetée sur le papier, chacun me semble irradier…
