Meilleurs Mots lUUs #17 et #18: Candide et Marie-Dan’

Illuminé[e] par une utopie ou bien par une poésie ?

Se poser la question de ce qui vous fait aller de l’avant dans la vie ! En voilà un beau débat…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

Meilleurs mots lus #17

Candide – Extrait de « Mon utopie », d’Albert Jacquard

 » (…) Une péripétie , d’une importance certes bien limitée mais révélatrice, en est l’illustration: la réaction des ouvriers travaillant dans les ateliers de soieries de Lyon, les canuts, face au premier métier à tisser.

La partie délicate de leur tâche consistait à isoler certains fils de la chaîne pour composer les dessins dont on leur fournissait le modèle. Un ingénieur, Joseph Jacquard, s’inspirant des travaux de Vaucanson, créateur de célèbres automates, imagina au tout début du XIX° siècle un système de commandes des fils au moyen de cartes perforées, anticipant les premières machines à statistiques. Un seul travailleur pouvait effectuer une tâche qui nécessitait auparavant l’intervention de plusieurs ouvriers, et le résultat était meilleur, car la machine ne faisait pas d’erreurs.

Il est facile d’imaginer ce qu’aurait pu être la suite; les ouvriers, ravis d’être aidés dans leur tâche par une machine, se cotisent, empruntent de l’argent pour l’acheter, se fatiguent moins grâce à elle tout en produisant plus, gagnent des sommes suffisantes pour rembourser leurs emprunts et peuvent même s’attribuer quelques jours agréables de « chômage » (jour « chômé »); tous les intéressés, canuts et ingénieur, travailleurs et inventeur, peuvent être satisfaits. La machine, en faisant reculer l’obligation du travail subi, a été bénéfique.

Hélas, cette belle histoire, parfaitement vraisemblable, n’est pas du tout conforme à ce qui s’est réellement passé. Ce ne sont pas les travailleurs qui ont acheté la machine mais les patrons. Ceux-ci ont voulu, conformément à un de leurs rôles dans l’organisation sociale, augmenter leurs bénéfices et ont licencié les ouvriers dont ils n’avaient plus besoin. Se retrouvant sans ressources et constatant que la fameuse machine était la cause de tous leurs maux, les canuts l’ont détruite en la jetant dans le Rhône. Par chance, ils n’ont pas, dans un même mouvement, jeté dans le fleuve les patrons et l’inventeur.

La leçon est claire. L’invention de cette machine apportait un avantage à la collectivité, elle était au total bénéfique. Cet avantage aurait pu être partagé. Malheureusement, les structures de pouvoir et les circuits économiques en place ont agi de telle façon que seuls les chefs d’entreprise en ont profité. Il est vrai que la machine prenait une part de leur travail, mais pourquoi le déplorer? Il n’était nullement obligatoire qu’elle leur prenne aussi leur emploi. La machine aurait pu être pour eux une alliée, non une ennemie: ils auraient dû s’en prendre non à elle mais à un pouvoir qui pervertissait les conséquences de son utilisation. »

Commentaire de Candide

Voici de quoi rêver. Mais ce n’est pas un poème! c’est une utopie d’humaniste….
J’aime entendre ses chroniques à la radio, son regard sur les choses. Pour lui, la richesse de la vie, ce sont les échanges, les rencontres.
Voici un extrait du dernier livre d’Albert Jacquard (polytechnicien, généticien des populations).

Meilleurs mots lus #18

Marie-Dan’ – Extrait de poésies in « L’Effroi La Joie » et in « Le Nu Perdu » [1964-1970], de René Char

Enchemisé dans les violences de sa nuit, le corps de notre vie est pointillé d’une infinité de parcelles lumineuses coûteuses.

Ah ! quel sérail.

HÔTE ET POSSÉDANT

Qu’est-ce qui nous consolerait ? Quel besoin de l’être ? L’homme et le temps nous ont tout révélé. Le temps n’est point votif et l’homme n’accomplit que des desseins ruineux.

Désir d’un cœur dont le seuil ne se modifie pas.

Nous allions prendre ce que nous convoitions. Mais la main qui brillait se rendait, semblait laide.

À verte fontaine, fruits souvent meurtris.

Notre sommeil était un loup entre deux attaques.

Nous avions allongé puissamment le chemin. Ne menait nulle part. Nous avions multiplié les étincelles. Enfin où menait-il ? Aux brumes dissipées, au brouillard rappelé. Et la nature entière était frappée de pandémie.

Le meilleur était durant quelque moment le crime en personne.

Astres et désastres, comiquement, se sont toujours fait face en leur disproportion.

Des hommes de proie bien civilisés s’employaient à mettre le masque de l’attente fortunée sur le visage hébété du malheur. Ô les termes de leur invitation ! Ô le galbe porcin de leur prospérité !

Seul, de nouveau, avec cet appelant au loin, si évasif ?

Temps, mon possédant et mon hôte, à qui offres-tu, s’il en est, les jours heureux de tes fontaines ? À celui qui vient en secret, avec son odeur fauve, les vivre auprès de toi, sans fausseté, et pourtant trahi par ses plaies irréparables ?

(…)

JOIE

Comme tendrement rit la terre quand la neige s’éveille sur elle ! Jour sur jour, gisante embrassée, elle pleure et rit. Le feu qui la fuyait l’épouse, à peine a disparu la neige.

Commentaire de Marie-Dan’

Quel saisissement que de lire les mots du magistral poète qu’est René Char et de reconnaître dans quelques-uns de ses vers le présent des pulsations mêmes de son propre cœur, ses déchirements et ses rêves, ses désirs et ses tâtonnements, ses interrogations et ses craintes? C’est précisément ce qui s’est produit pour moi, le printemps dernier, en lisant son Nu perdu.

Au saisissement originel s’ajoute la force de la clarté de sa vision. Sa lucidité se fait levier. Le fin cisèlement de chacun de ses vers me redresse, élague de mon être souvent si encombré, purifie de l’âme du monde. La parole de René Char est de l’ordre de l’Essentiel, du vivifiant, elle est VITALE. Chaque mot a été choisi, pesé et soupesé, de telle façon qu’ils nous apparaissent, enchâssés les uns aux autres, pareils à des pierres précieuses polies par la meule du travail accompli par le poète avant de nous les offrir sertir dans l’or et l’argent de sa poésie. Au point que, singulièrement, de l’encre jetée sur le papier, chacun me semble irradier…

Meilleurs Mots lUUs #15 et #16: Fred [de Toulouse] et Dom’

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs touche à sa fin… Sgjc, Marine, il est encore temps si vous voulez participer ! Après la livraison de ce jour, seront publiés dans l’ordre, Candide et Marie-Dan’ le 28/11, puis Ossiane et Annie-Claude le 29/11. Si je ne reçois pas d’autres Mots lUUs, je clôturerai l’édition 2006 avec douce Marie et moi-même. Le règlement (pour les retardataires) est toujours …]
[Addendum: Pour ma part, je pars demain matin en déplacement professionnel à Chicago pour la semaine, puis le week-end à San Diego chez… ZeBigBro ! En mon absence, les notes vont se publier automatiquement sur le blog les jours prévus. J’essaierai de poster une note de Chicago en fin de semaine… Take care, folks ! ].

Aujourd’hui, une livraison de Mots lUUs qui me trouble et me tient à coeur.

Me trouble par la coïncidence des dates, autour des années 1860 pour les deux. [Personne ne me fera croire que le hasard existe…].

Me tient à coeur aussi car les deux extraits ont un écho particulier.

Les Lettres de mon Moulin, je les avais oubliés jusqu’à ce que cet extrait de Fred [de Toulouse] me soit envoyé. Et pourtant !… Alphonse Daudet figure ainsi avec Marcel Pagnol parmi les auteurs inévitables pour les écoliers du Sud de la France [le Sud commençant soit à Orléans, soit à Montauban ou encore Montélimar en fonction des familles et de leur vision du monde… ;o)]. Je me rappelle même aujourd’hui avoir fait un voyage de classe en primaire pour aller voir ce fameux moulin… Et cet extrait me fait particulièrement plaisir car aujourd’hui, je retrouve une certaine idée du bonheur de l’enfance à chaque fois que je cours dans le parc au pied de chez nous et que je vois ces petites queues blanches détaler en vitesse devant moi…

Quant à l’extrait de Dom’, qui n’a rien à voir, il me touche profondément par l’humanité qui s’en dégage. A premier abord, c’est un texte descriptif, relativement simple. En deuxième lecture, c’est l’horreur – face cachée du mythe de la conquête de l’Ouest – qui se montre petit à petit. Et le commentaire de Dom’ finit d’enfoncer ce couteau dans cette plaie béante de notre bestialité moderne… Et dire que dans moins d’une semaine, je remets mes pieds en Californie…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage ad hoc à droite…

Meilleurs mots lus #15

Fred [de Toulouse] – Extrait de « Lettres de mon Moulin », d’Alphonse Daudet (1866)

« Ce sont les lapins qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins… La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espère bien qu’ils reviendront. »

Commentaire de Fred [de Toulouse]

Dans le cadre professionnel, j’ai fait la rencontre de Laetitia, graphiste de son état. Pour mon plus grand plaisir, sans le savoir, en m’offrant « Lettres de mon Moulin », elle m’a offert des souvenirs d’enfance. Ahhh très chères dictées…

Clin d’oeil 😉

rêveur
Uunivers Uunique
hUumeur homérique

Uu elle aime
l’Uutopie des vols
d’Uurubus frivoles

Uu aime TS
Uunion underground
penseur de nos maux

voyageur
HUulule à tue-tête
d’oniriques mots

Meilleurs mots lus #16

Dom’ – Extrait de « Ishi », de Théodora Krober [chez Plon Terre Humaine]

« Ishi entre dans notre vie à tous à l’aube du 29 août 1911, par la cour d’un abattoir. Le brusque aboiement des chiens tire les bouchers de leur sommeil. Dans le jour qui se lève, on distingue un homme traqué, tapi contre la barrière du corral. C’est Ishi.

On calme les chiens. Quelqu’un se précipite pour téléphoner au shérif d’Oroville, à cinq kilomètres de là. « Nous avons capturé un sauvage. Venez. Nous ne savons pas quoi en faire. » Bientôt, le shérif et ses adjoints arrivent. Ils s’approchent du corral, prêts à tirer. Mais le sauvage n’offre aucune résistance et se laisse passer les menottes sans broncher.

J.B Webber, le shérif, voit bien qu’il a devant lui un indien épuisé et terrorisé, mais il ne peut rien en tirer : son prisonnier ne comprend pas un mot d’anglais. Ne sachant que faire de lui, il lui fait signe de monter dans sa voiture à cheval s’installe à côté de lui avec ses adjoints et retourne à Oroville, où se trouve la prison du comté. L’indien est enfermé dans la cellule réservée aux fous. Le shérif Webber se dit que là, au moins, pendant qu’il examinera le cas de son prisonnier, celui-ci sera à l’abri de la curiosité malsaine des habitants de la ville et des gens qui affluent déjà de toute la région pour voir le sauvage.

Le sauvage, émacié par les privations, les cheveux flambés court, était nu sous un morceau de toile de tente déchirée, un pan de capote de chariot qui lui tombait des épaules comme un poncho. Taille moyenne. Des os longs, droits, robustes sans être lourds, qui saillaient douloureusement. Une peau d’une teinte légèrement plus pâle que la profonde couleur de cuivre caractéristique de la plupart des indiens. Des yeux noirs, sur leur garde, bien espacés dans un large visage, une bouche charnue et d’un dessin agréable. Quant au reste, l’extrême épuisement et la terreur de l’Indien, tout en figeant la mobilité de l’expression, ne faisaient que souligner une sensibilité toujours présente. »

Commentaire de Dom’

Cet homme, ce « sauvage », c’est le dernier des indien yana. Il était né vers 1860, et à cette époque les siens étaient plus de 2000 dans cette région de la Californie. En 1911, il est le dernier survivant d’une extermination systématique. Quelques jours après son arrestation, on va s’apercevoir que personne ne parle plus sa langue. Il est seul au monde, plus seul que personne ne l’a jamais été. Deux ethnologues vont le recueillir à l’université de Californie : ils seront ses derniers et seuls amis. Mais quand Ishi mourra, après leur avoir raconté son histoire, ils ne réussiront pas à empêcher les scientifiques de conserver le crâne de l’indien au musée. Ce musée d’anthropologie qui lui foutait la trouille avec tous ces objets de son peuple qu’il savait sacrés et ces ossements dans les vitrines.
Ce livre est magnifique et terrible, comme beaucoup de la collection Terre Humaine, il nous raconte la tragédie que fut si souvent la rencontre avec l’homme blanc. Ce n’est pas de la littérature, ni de l’histoire, juste des récits, des témoignages, une vision intérieure de cette confrontation.
Ah, oui, j’oubliais. Il n’a jamais voulu dire son nom, le vrai : Ishi, ça veut seulement dire homme, dans sa langue.

Meilleurs Mots lUUs #13 et #14: Augustin et Olivier

Quel grand écart les amis !

Sur la moitié droite du terrain, Julien Gracq, seul.

De l’autre côté, tous au delà de leurs 22 mètres, toute l’équipe de France de rugby est là, soutenant Olivier !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage ad hoc en ligne

Meilleurs mots lus #13

Augustin – Extrait de « Le rivage des Syrtes », de Julien Gracq

Dans le silence de la nuit, au delà des murs nus, des bruits légers montaient par intervalles de la ville basse, bruits de l’eau qui coule, roulement attardé d’une voiture lointaine – distincts et pourtant intriguants comme les soupirs et les mouvements d’un sommeil agité, ou les craquements inégaux des déserts de rochers que le fond de la nuit froide contracte ; mais dans ces hauts quartiers nourris d’altitude et de sécheresse, les pans durement coupés de la lumière bleuâtre et laiteuse collaient à la pierre comme une peinture et n’avaient pas un cillement. Je marchais le cœur battant, la gorge sèche, et si parfait autour de moi était le silence de pierre, si compact le gel insipide et sonore de cette nuit bleue, si intriguants mes pas qui semblaient poser imperceptiblement au-dessus du sol de la rue, je croyais marcher au milieu de l’agencement bizarre et des flaques de lumière égarantes d’un théâtre vide – mais un écho dur éclairait longuement mon chemin et rebondissait contre les façades, un pas à la fin comblait l’attente de cette nuit vide, et je savais pour quoi désormais le décor était planté.

Commentaire d’Augustin

Gracq, forcément. Avec Simon, le plus grand styliste français de la seconde moitié du XXe siècle. Cette suspension finale, cette bleuité suspendue, description en mouvement qui marque l’attente, l’errance, comme la métaphore métaphysique de la vie. Nous sommes tous dans la nuit, et un jour, peut – être, la révélation arrivera – l’être aimé, la vision extatique de Dieu, la fin de l’angoisse, tout simplement. Cette épiphanie matérialiste, chez Gracq, qui s’inscrit dans le paysage, dans le monde. Gracq, éternel ronchon reclus dans sa Loire lointaine, qui refusa les honneurs du Goncourt pour ce livre sublime et définitif. Qu’on est loin de Littel, horrible et minuscule fonctionnaire de l’horreur…

Meilleurs mots lus #14

Olivier – Extrait de « Paroles de Capitaines », de Cédric Beaudou et Lionel Chamoulaud

Le premier texte de PHILIPPE SAINT-ANDRE, capitaine en 1995, Demi-finale Afrique du Sud-France, le 17 Juin :
« Les mecs pleuraient »

« Sur celle là*,on peut voir toute notre détresse. Je me souviens des mecs qui pleuraient. Dans les vestiaires, pour toute une génération, c’était terrible, c’était le bout de la route pour eux.
Le rêve était cassé, c’était une injustice de s’arrêter là, en demi-finale et surtout dans ces conditions. Nous avions perdu de quatre points seulement avec toutes ces décisions contre nous. Par la suite, nous avons compris qu’il fallait être dix fois plus forts qu’eux, ce jour-là, pour les battre.
Quand tu es sportif, tu ne comprends pas tout de suite quel est le véritable enjeu du match. Tu peux vivre ça comme une injustice. Nous nous étions préparés comme des pros, pendant trois mois. Mais c’était une telle avancée pour les Sud-Africains ! Quand j’y repense, quand nous sommes arrivées en Afrique du Sud, François Pienaar et Chester Williams, l’ailier noir des Springboks, étaient en photo partout dans les villes sur des panneaux 4 par 3. Du jamais vu !
Il y avait eu une campagne de publicité autour de cette Coupe du Monde comme le rugby n’en n’avait jamais connu auparavant.
Une des chansons qui passaient dans les stades était « Shosholoza », la chanson d’une minorité noire du pays. La raison était politique, voilà tout. »
* Photo non reproduite

Le deuxième texte de RAPHAEL IBANEZ, Capitaine en 1999, 1/4 de finale France-Argentine, le 24 Octobre :
« Chanter pour expier nos péchés »

« Sur cette photo*, les rires sont francs, les visages détendus et même rigolards. C’est sûrement l’une des premières fois depuis un très long moment que ça nous est pas arrivé. Je mesure aujourd’hui aussi la chance de partager cette aventure avec la famille : Richard Dourthe. Le rugby c’est aussi une histoire de famille.
Et puis, il y a eu l’après-match. C’est un moment qui restera marquant pour nous tous, je crois. Nous nous sommes retrouvés dans un hôtel à Dublin pour le repas. Après le dîner, nous devions rejoindre rapidement nos épouses, que nous n’avions pas vues depuis très longtemps.
Il a pourtant fallu retarder les retrouvailles, parce qu’il y a eu ce soir-là dans le salon où nous mangions un grand moment de délire collectif. Comme si on exultait, comme si le groupe relâchait toute la tension accumulée depuis le mois de juin 1999.
Il y avait un peu de vin à table, mais personne n’était saoul. Garba* a lancé les hostilités avec une imitation de Jo Maso*… Et tout le monde a suivi ! Après les imitations, nous avons inventé une sorte de « haka* », parce que nous savions que nous allions jouer contre les All Blacks*. Un « haka » suivi de danses improvisées, dans une sorte d’hystérie collective qui a duré deux ou trois heures… Nous avons fait chanter les joueurs les uns après les autres. C’était exceptionnel ! On en a aussi profité pour pointer du doigt les défauts des uns et des autres, c’était un peu comme si on se purgeait, comme si on expiait tous nos péchés collectifs. C’était incroyable, cette liberté, la joie retrouvée ! »
* Photo non reproduite
* Garba surnom de Xavier Garbajosa
* Jo Maso, Manager de l’équipe de France, un Ami et grand Monsieur
* Haka, chant Maori exécuté par l’équipe de Nouvelle-Zélande avant le début d’un match
* All Blacks, nom donné à l’équipe de Nouvelle-Zélande car ils portent un maillot noir en signe de deuil de leurs adversaires.

Commentaire d’Olivier

Un ami, Marc, vient de m’offrir un superbe livre « PAROLES DE CAPITAINES » de Cédric Beaudou et Lionel Chamoulaud. Ces deux journalistes ont regroupé les témoignages des 5 Capitaines des 5 dernières Coupes du Monde de rugby. Extrêmement émouvant ! J’ai retenu deux textes courts

Meilleurs Mots lUUs #11 et #12: Greg et Madame de Keravel

[NdUU: A la demande de quelques-un(e)s, ultime prolongation des Meilleurs Mots lUUs: Vous pourrez soumettre vos textes jusqu’au dernier jour de publication, soit environ début Décembre ! Le règlement (très simple) est toujours … Prochaines publications: Augustin, Olivier Puisegur, Fred de Toulouse, Dominique, Candide et Marie-Dan’ !].

Un rafraîchissant souffle de nouveauté se pose aujourd’hui sur le Concours des Meilleurs Mots lUUs: Greg et Madame de Keravel…

[alors, on va faire comme chez Jacques Martin, on va leur dire gentiment « Bonjour et bienvenue » ! ;o)]

Cela dit, ils rentrent de pied ferme dans la compétition avec des références sûres. Alain et Queneau, rien que ça!

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage en ligne à droite…

Meilleurs mots lus #11

Greg – Extrait de « Histoire de mes pensées » [au chapitre Liberté], d’Alain

« Car, me disais-je, il y a bien aussi un devoir de penser. Penser n’est pas n’importe quoi. Penser (peser) est fonction de peseur, non fonction de balance. Et il serait ridicule si, au moment de juger, je regardais seulement de quel côté j’incline ; cela est lâche, et je le qualifiais de déni de justice, qui est le propre crime du juge. Et que d’exemples, en nos prétendus maîtres, de balances folles ! Au vrai rien de ce qui est nécessaire n’est vrai. Le fou n’est pas vrai, même quand il dit le vrai. Ainsi le vrai n’était plus, n’était plus du tout, ne serait plus jamais (il faut le jurer) cette chose telle ou telle qui nous attend, qui se montrera peut-être. Rien de ce qui se montre n’a jamais instruit la sotte balance. Non ! Non ! Si l’on veut penser vrai, il faut premièrement, et toujours, conduire ses pensées comme il se doit. (Prendre la personne humaine comme fin, jamais comme moyen.) L’esprit ne doit pas être le moyen du vrai. Et puisque l’esprit est libre, ou, mieux, se veut libre et se décrète libre, la règle de penser comme il faut est de penser comme on veut. Les exemples ne manquent pas. Ici le pas de Descartes. Et je crois que le fond de cet auteur est d’avoir toujours pensé selon son propre décret, et jamais selon l’expérience. La ligne droite n’est pas ; je la trace parce que je la veux ; et pure parce que je la veux pure. La tracer est même une faiblesse. La droite est si belle par deux étoiles ! L’esprit la soutient seul. Ainsi sont nos meilleures pensées. Ainsi le goût des idées n’est autre chose qu’un choix de liberté, et un serment de ne dépendre point, au moins comme juge. Tels sont les nombres, tel l’atome, telle l’énergie. Ces choses n’ont pas permission de changer ni de vieillir, ni de prendre de mauvais plis par l’expérience. Ainsi, me disais-je, à ne pas abandonner le triangle d’Euclide, même si les triangles astronomiques ne s’y accordaient pas, il y a plus qu’une commodité, quoi qu’Henri Poincaré prétendit nous faire croire ; et je pense que c’était pour s’amuser. Ce penseur était libre ; mais il n’honorait point ses semblables, peut-être parce qu’il ne se connaissait pas de semblable. Et c’est lui-même qui a dit que le pragmatisme, si directement visé ici et dans toutes ces pages, devait être rapporté à une défaillance du coeur. Voilà comment un génie finit par payer ce qu’il doit. »

Commentaire de Greg

Le voyez-vous ce beau futur, celui que nous pouvons aller chercher sans cesse. Rien dans le présent ne nous le refuse, mais notre oubli parfois de regarder au loin.
Il ne s’agit pas ici du progrès et de sa quête, mais bien de l’homme et de son libre arbitre; je peux vouloir demain différent d’aujourd’hui – et après ça tout est possible. Et il faut croire en l’autre, absolument. Je commente à peine ; ceci devient limpide avec le reste du livre.
Et si j’aime les idées de ce texte, c’est l’élan des phrases qui les portent que j’admire avant tout. Il est tellement plus simple d’écrire le contraire.

Meilleurs mots lus #12

Madame de Keravel – Extrait de « Pierrot mon ami », de Raymond Queneau

(Mme Pradonet parle avec sa fille Yvonne, vingt ans)
Quand tu auras un passé, Vovonne, tu t’apercevras quelle drôle de chose que c’est. D’abord y en a des coins entiers d’éboulés : plus rien. Ailleurs, c’est les mauvaises herbes qui ont poussé au hasard, et l’on y reconnaît plus rien non plus. Et puis il y a des endroits qu’on trouve si beaux qu’on les repeint tous les ans, des fois d’une couleur, des fois d’une autre, et ça finit par ne plus ressembler du tout à ce que c’était. Sans compter ce qu’on a cru très simple et sans mystère quand ça s’est passé, et qu’on découvre pas si clair que ça des années après, comme des fois tu passes tous les jours devant un truc que tu ne remarques pas et puis tout d’un coup tu t’en aperçois. Léonie s’intéresse à la femme pour laquelle est mort un homme qui l’avait aimée elle, c’est bien naturel. Des idées comme celle là, et même des plus baroques, il en pousse tous les jours sous le crâne de tout le monde, tu le sauras quand tu auras mon expérience.
(Pierrot pense à Yvonne, qu’il a rencontrée à la fête foraine)
Pierrot ferma les yeux, évoqua le brouhaha du manège, l’aérodynamisme du petit véhicule dans lequel il s’était serré contre elle; alors il ressentit les parfums troublants dont elle s’était imbibée, son coeur chavira de nouveau à la mnémonique olfaction de cet appât sexuel et, pendant quelques instants, il s’abîma dans la reviviscence d’odeurs qui donnaient tant de luxueux attraits à la sueur féminine.

Commentaire de Madame de Keravel

J’ai choisi de vous parler de Queneau et de son roman « Pierrot mon ami ». Ce n’est pas un auteur tout jeune (je crois même qu’il est diantrement mort à l’heure qu’il est) mais je n’avais jamais eu l’occasion de le lire et je suis tombée sous le charme.
La trame romanesque est pour le moins loufoque, et si on le lit d’un œil distrait, on se demande pourquoi ce bonhomme nous expose ses élucubrations. Mais si on affûte un peu son regard, on trouve au coin des pages des images poétiques et des réflexions philosophiques, telles des pépites enchâssées dans la terre. Et je l’ai choisi aussi parce que j’en ai parlé dans mes pages (et donc ça fait toujours ça de boulot en moins) : et .
Comme les extraits sont courts, je me suis sentie autorisée à vous en proposer deux.

Meilleurs Mots lUUs #9 et #10: Elisanne et Doc Huff

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs est toujours ouvert… A la demande de quelques-un(e)s, ultime prolongation des Meilleurs Mots lUUs: Vous pourrez soumettre vos textes jusqu’au dernier jour de publication, soit environ fin Novembre/début Décembre ! Le règlement (très simple) est toujours …].

De la beauté, j’vous dis…

Beaucoup de beauté dans les Meilleurs Mots lUUs d’aujourd’hui.

Qui plus est proposés par deux ténors du jUUry, j’ai nommé Elisanne et doc Huff !

Je ne saurais dire pour vous, mais pour moi, la beauté et la sérénité de ces mots m’emportent, me bercent, me font du bien. Tout simplement…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage dans la colonne latérale à droite !…

Meilleurs mots lus #9

Elisanne – Extrait de « L’Eloge de la vieillesse », de Hermann Hesse

A l’écoute…

Une musique douce, une brise nouvelle
Parcourt la grisaille de la journée,
Elle semble effarouchée comme un battement d’ailes,
Hésitante comme un parfum printanier.

Venus de très loin, de l’aube de l’existence,
Nombre de souvenirs affluent,
Comme une ondée d’argent sur l’océan immense
Ils font frémir les airs et ne sont plus.

Le présent, le passé nous semblent bien distants
Mais les choses oubliées ne sont pas loin,
Le temps merveilleux, le monde d’antan
Sont là, tels un jardin ouvert, sans fin.

Peut-être qu’à cette heure mon ancêtre veille,
Lui qui repose depuis déjà mille ans,
Sa voix est désormais à la mienne pareille
Son corps reprend vigueur dans mon sang.

Peut-être qu’un messager attend devant l’entrée,
Et qu’il pénétrera bientôt sous mon toit ;
Peut-être bien qu’avant la fin de la journée
Je rentrerai pour toujours chez moi.

Commentaire d’Elisanne

Le livre réunit les plus beaux textes des dernières années de Hermann Hesse.
Les souvenirs intimes, esquisses croquées sur le vif, petits poèmes en prose et en vers, portraits…ultime défi de sa longue vie d’écrivain, accepter avec grâce la vieillesse et l’approche de la mort.
Chaque page est à la fois grave et radieuse.
J’aurais bien aimé rajouté ces mots toujours extraits du même livre :
« En vérité, il n’y a de jeunes et de vieux que parmi les hommes moyens. Les êtres qui possèdent des dons et se différencient des autres sont tantôt jeunes, tantôt vieux, comme ils sont tantôt joyeux, tantôt tristes. Le seul attribut réservé aux plus vieux est le pouvoir de manier avec plus de liberté, d’aisance, d’expérience, de bonté, la faculté d’aimer. »

Meilleurs mots lus #10

Doc Huff – Extrait de « Le chercheur d’or », de Jean-Marie Gustave Le Clézio (1985)

L’enfoncement du boucan (1892)

De plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer. Mêlé au vent dans les aiguilles de filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsqu’on s’éloigne des rivages et qu’on s’avance à travers les champs de canne, c’est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l’entends maintenant, au plus profond de moi, je l’emporte partout où je vais. Le bruit lent, inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barrière de corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Rivière Noire. Pas un jour sans que j’aille à la mer, pas une nuit sans que je m’éveille, le dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camps, écartant la moustiquaire et cherchant à percevoir la marée, inquiet, plein d’un désir que je ne comprends pas.

Je pense à elle comme à une personne humaine, et dans l’obscurité, tous mes sens sont en éveil pour mieux l’entendre arriver, pour mieux la recevoir. Les vagues géantes bondissent par-dessus les récifs, s’écroulent dans le lagon, et le bruit fait vibrer la terre et l’air comme une chaudière. Je l’entends, elle bouge, elle respire.

Quand la lune est pleine, je me glisse hors du lit sans faire de bruit, prenant garde à ne pas faire craquer le plancher vermoulu. Pourtant, je sais que Laure ne dort pas, je sais qu’elle a les yeux ouverts dans le noir et qu’elle retient son souffle. J’escalade le rebord de la fenêtre et je pousse les volets de bois, je suis dehors, dans la nuit. La lumière blanche de la lune éclaire le jardin, je vois briller les arbres dont le faîte bruisse dans le vent, je devine les massifs sombres des rhododendrons, des hibiscus. Le cœur battant, je marche sur l’allée qui va vers les collines, là où commencent les friches. Tout près du mur écroulé, il y a le grand arbre chalta, celui que Laure appelle l’arbre du bien et du mal, et je grimpe sur les maîtresses branches pour voir la mer par-dessus les arbres et les étendues et les étendues de canne. La lune roule entre les nuages, jette des éclats de lumière. Alors, peut-être que tout d’un coup je l’aperçois, par-dessus les feuillages, à la gauche de la Tourelle du Tamarin, grande plaque sombre où brille la tâche qui scintille. Est-ce que je la vois vraiment, est-ce que je l’entends ? La mer est à l’intérieur de ma tête, et c’est en fermant les yeux que je la vois et l’entends le mieux, que je perçois chaque grondement des vagues divisées par le récifs, et puis s’unissant pour déferler sur le rivage. Je reste longtemps accroché aux branches de l’arbre chalta, jusqu’à ce mes bras s’engourdissent. Le vent de la mer passe sur les arbres et sur les champs de canne, fait briller les feuilles sous la lune. Quelquefois je reste là jusqu’à l’aube, à écouter, à rêver. A l’autre bout du jardin, la grande maison est obscure, fermée, pareille à une épave. Le vent fait battre les bardeaux disloqués, fait craquer la charpente. Cela aussi, c’est le bruit de la mer, et les craquements du tronc de l’arbre, les gémissements des aiguilles des filaos. J’ai peur, tout seul sur l’arbre, et pourtant je ne veux pas retourner dans la chambre,. Je résiste au froid du vent, à la fatigue qui fait peser ma tête.

Ce n’est pas de la peur vraiment. C’est comme d’être debout devant un gouffre, un ravin profond, et regarder intensément, avec le cœur qui bat si fort que le cou résonne et fait mal, et pourtant, on sait qu’on doit rester, qu’on va enfin savoir quelque chose.

Commentaire de doc Huff

Alors, d’abord, cette phrase « De plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer » résonne en moi, m’appelle, me happe comme le « Longtemps je me suis couché de bonne heure » de Proust. Une phrase simple et tellement belle, qui scelle le roman, comme-ci chacune de ses suivantes n’étaient là que pour tenir ses promesses.
Et puis, il y a la langue de Le Clézio. Très pure, mais terriblement terrestre. Une langue qui va à l’essentiel, sans être crue pour autant. Le français sublimé sans le vouloir.
Et puis, à la lecture de ce livre, et ce passage en particulier, tous mes sens sont en alerte, peut-être aussi parce que je connais les champs de canne, la mer, les filaos et la Rivière Noire dont il nous parle. Tout ce qu’il écrit trouve un écho en moi, alors j’ai l’impression d’avoir fait la moitié du chemin à sa rencontre. C’est étrange.
Le passage qui suit mon texte est fait de poussière et de soleil, de terre rouge et de ciel bleu, de silence et d’attente.
Ma mère m’a raconté que quand Le Clézio était petit garçon, et qu’il suivait son père dans ses voyages d’affaires autour du globe, il lui arrivait de ne pas descendre à terre pour visiter ces pays inconnus, car il préférait rester assis dans sa cabine, devant son cahier et imaginer tout ça. J’aime ça.

La pensée du vendredi #19: Le rire, ambroisie des couples heUUreUUx

[Le Concours des Meilleurs Mots lUUs s’interrompt le temps d’une note qui s’impose à moi, comme souvent d’ailleurs – voir à la fin de la note. Rappel: Pour celles et ceux qui veulent participer, c’est possible tant que le dernier Meilleurs Mots lUUs ne sera pas publié. Les règles pour joUUer, c’est toujours …]

Hypothèse de travail : Le secret du bonheur [en couple] pourrait reposer sur quatre piliers fondateurs (*) dont le rire.

Prologue

Rire
Se poiler
Se marrer
Faire une blague
Se fendre la poire…

Introduction

Nous nous sommes rendus avec douce Marie et Choupi aux noces de diamant des grands-parents de douce Marie. Dans le pays gersois.

60 ans de mariage… Ca laisse rêveur…
Une question récurrente : Comment ?
Un corollaire : Pourquoi ?
Le secret de la longévité du bonheur [en couple] serait-il dans le rire ?

Aujourd’hui, j’appelle Bergson à ma rescousse [il apporte la plupart des éclairages philosophiques qui sous-tendent l’analyse du rire ci-dessous ; pour le reste, c’est une simple réflexion personnelle…]. Il va m’aider à vous expliquer ce pourquoi du comment…

1ère idée: Le rire donne un sens à l’élan vital de notre esprit.

Ce que j’adore quand on est en pays gersois [outre les victuailles], ce sont mes discussions avec le grand-père.

Des jeux de mots.
Des jeux de mots d’esprit.
De vraies pitreries, croyez moi.
Qui tournent à de véritables joutes verbales quelquefois.
Définitivement, le rire fait aborder la vieillesse avec plus de sérénité.

2ème idée: Le rire est profondément humain. Il côtoie le tragique.

L’Amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

Poème de Paul Eluard, in Capitale de la Douleur.

Derrière son apparence de superficialité, le rire permet d’accéder [mon hypothèse] au sens secret des choses. Il permet par le recul apporté d’aborder les sujets les plus graves. Et dans un couple, il y en a une ribambelle lorsqu’on a décidé d’ouvrir les yeux pour de bon.

Le rire, symbole démocratique du bonheur conjugal ?

Savoir pratiquer l’alternance, non pas politique, mais celle du rire et du tragique : voilà une idée de démocratie conjugale. C’est d’ailleurs la seule qui puisse, selon moi, valoir sur du long terme.

Car il est profondément nécessaire de voir la vie avec légèreté. Il est aussi nécessaire de l’affronter en restant droit, sans (trop) fermer les yeux. L’un permettant l’autre et réciproquement, comme deux siamois…

3ème idée: Le rire permet l’accès au plus profond de l’âme.

Alors pourquoi ?

Le rire est une rupture. Rupture par rapport à un continuum social. Par rapport à une masse homogène de rites sociaux partagés collectivement.

Le rire, en ce sens qu’il provoque cette cassure dans le masque que nous revêtons tous, à des degrés divers, permet la remise en cause. Permet la mise en perspective. Permet l’abolition de l’aliénation de notre sujet par rapport à nos angoisses, notre passé psychologique.

Le rire est l’antithèse de la vanité, de la rigidité mentale. Il corrige la pente glissante de la raideur sociale qui nous guette tous. Il remet ainsi la vie en mouvement grâce à cette plus grande fluidité qu’il apporte au quotidien. En cela, le rire nous écarte de la mort.

4ème idée: Le rire, pour décider librement d’être heureux et pour longtemps.

Le rire est alors symbole de liberté au sein du couple et incarne la prise en main de l’individu par rapport à son destin conjugal.

Car ne nous leurrons pas, le bonheur se construit. Il n’est que rarement servi sur un plateau.

N’est heureux que celui qui le veut et qui activement cherche à l’entretenir.

Selon Bergson, le rire manifeste un degré de détachement par rapport au seul souci de survie. Il y a, selon lui, dans l’humour comme dans la musique ou la peinture, une sorte de gratuité. Cette manière de regarder l’homme de manière détachée, c’est exactement ce qui convient pour regarder l’homme comme une œuvre d’art.

Le rire, très loin d’être fUUtile, apporte alors cette légitimité esthétique qui s’inscrit de façon pérenne dans le temps. Il apporte ainsi, selon moi, la démonstration que le rire au sein du couple lui donne alors un caractère durable voire atemporel. Et contribUUe à son bonheUUr.

 

 

Voilà en quelques mots, ma réponse à Juliette et à sa note.

Voilà en quelques mots pourquoi je sous-entendais chez Marie-Dan’ la confusion des genres entre amour et amitié. Car douce Marie est celle avec qui je me marre le plus, celle avec qui je m’entends le mieux. Comme une meilleure amie, l’amour en plus…

Bon ouik’ à toutes et à tous. Qu’il soit doux, romantique et … poilant ;o)

Be cool, be open.

UU

ps: Vient d’être mis en ligne le sondage ad hoc… [en haut à droite de ce blog]

(*) Les trois autres étant :
– le partage d’une même vision du monde [non pas au sens géopolitique, mais au sens des valeurs]
– la capacité de communication en son sein [aussi bien dans sa dimension d’écoute que la clarté de l’expression – fondamental pour gérer autant le quotidien que le long terme]
– l’aptitude au bonheur [cela passe notamment par une connaissance de soi profonde, de ses angoisses mais aussi de ce qui nous émerveille, l’un et l’autre – indispensable pour traverser les inévitables *crises de croissance* du couple]

13ans.jpg

[Légende photo: Célébration des 13 ans de notre premier baiser, Octobre 2006]

Meilleurs Mots lUUs #7 et #8: Juliette et Guess Who

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs est toujours ouvert… Le règlement (archi-simple) est ].

Une surprise aujourd’hui et un poids lourd [sans jeu de mots aucun ;o)]

La surprise vient de Juliette qui, sans doute sans le savoir, propose un autre extrait d’un livre déjà sélectionné l’année dernière !

Il s’agit de Dalva, de Jim Harrison. Cela ne peut être coïncidence et la répétition de l’Histoire pourrait forcer le destin: ce roman est peut-être une machine à gagner si deux lecteurs l’ont choisi pour les Meilleurs Mots lUUs !

Le poids lourd: c’est l’éminent Guess Who. Poids lourd de par son éminence poétique [ce sympathique personnage est un poète incarné] et de par ses goûts littéraires que j’apprécie [on partage le même amour – littéraire – pour Proust…]

Une nouvelle sélection pleine de promesses !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent ! [oui, ça y est – j’ai vu enfin ma faute d’orthographe ;o)]

Be cool, be open.

UU

ps: N’oubliez pas le sondage ad hoc à droite, « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #7

Juliette – Extrait de « Dalva », de Jim Harrison

« Maintenant l’obscurité ne semblait pas tant descendre qu’engloutir lentement les montagnes à partir de leur base, comme si la terre elle-même diffusait les ténèbres. J’ai frissonné très légèrement de peur en entendant le premier appel de l’effraie qui vit dans les trous qu’elle creuse à l’intérieur du cactus saguaro. J’avais déjà campé là plusieurs fois, et toujours ce frisson me saisissait quand je ressentais l’immense étrangeté du paysage. Je n’avais jamais rencontré personne ici. Les éléments qui constituaient mon moi étaient livrés au désert, au quartier de lune et aux constellations de l’été qui apparaissaient lentement dans le ciel.

Comme j’avais toute la nuit devant moi pour regarder les étoiles, je me suis levée du lit de camp afin d’allumer un feu. Un scorpion, parent plus inamical de la crevette, a détalé pour échapper aux flammes. Je me suis retenue de lui dire bonsoir, à lui ou au coyote que j’entendais à quelques miles au sud. Malgré ma faim, je ne mangeais jamais quand je dormais là, désireuse de rester éveillée le plus longtemps possible pour regarder les étoiles. C’est oncle Paul qui m’a présenté les deux hommes qui m’ont fait connaître cet endroit. Mes yeux ont quitté le feu qui commençait de prendre, mon regard s’est levé et j’ai pensé à un passage d’un essai de Lorca : « La nuit énorme qui se déhanche contre la Voie Lactée » J‘ai baissé les yeux vers mon corps, mes bras, mon ventre et mes cuisses dorés par la lumière du feu. J’aimais infiniment la vie, mais rien en moi ne regrettait de vieillir. Quand je me suis allongée sur le lit de camp, j’étais en proie à une excitation physique aussi intense qu’inexplicable. J’ai senti une brise presque imperceptible me frôler les pieds puis remonter le long de mon corps. Je me refusais à reconnaître les effets évidents de cette nuit de juin sous cette latitude – curieuse manière qu’ont nos émotions de nous cacher certaines informations. »

Commentaire de Juliette

J’ai beaucoup aimé ce livre, le plus abouti du grand romancier américain Jim Harrison. A travers la vie de son héroïne, Dalva mi indienne mi blanche, femme de quarante cinq ans, meurtrie par la vie mais douée d’une ferveur, d’une sensualité et d’un amour poignant pour les terres sauvages du Michigan, Harrison met en scène le mythe du « Jardin d’Eden »sur fond de génocide de la nation indienne, dans un style extraordinaire de lyrisme de violence et de pudeur susceptible de déclencher chez ses lecteurs une rare émotion. L’édition lue: Chez Christian Bourgeois (1987).

Meilleurs mots lus #8

Guess Who – Extrait de « Les Amants d’ailleurs », de Siham Issami

Siham Issami

IX

Ce silence veille sur eux
Seul refuge de ces choses fugitives
Qui ne supportent pas d’être nommées, quand les noms tuent, et comme ils tuent parfois
Qui succombe sitôt définies ou prononcées
Evanouises sitôt vues
Des choses à l’abord périlleux, d’une fragilité précieuse
Comme l’aile fine d’un papillon qu’il ne faut caresser que des yeux, et être prudent tant le regard peut blesser.
Qui dans la main, vous alisse une poudre lumineuse, trace, passage de ce qui est au-delà de toute captivité, même celle des mots<

Le nom tue, le regard blesse, le toucher brise… que faire ?
Renoncer à ses sens et rentrer dans le silence
Un silence bienveillant
Ne pas dire pour continuer à être…
Quand « le mot » est l’arrêt, la fin, le bord du néant
Quand « le mot » est l’effondrement, la ruine

Mais, il arrive que le silence craque, se fracasse comme un château de cristal qui succombe sous le poids de sa transparence

Se taire… se taire avec des mots, ces mots, jetons de mots qui habitent l’espace séparant silence et parole, un lieux en éternel midi, en apesanteurs, sans lumières ni ombres, sans portées, sans poids, sans impact, sans mots justement
Culbutes de mots arrêtés en pleine fougue dont on n’aperçoit que l’impact de leur chute, un creux sombre granulé
Des mots qui ont perdu leurs formes, eux mêmes perdus comme la voix désespérée du ciel qui ne connaît aucune destination, ni ancienne bouche pour y retourner, mais sans bruit, sans lumière.

Entre elle et lui, des yeux fermés, une bouche perdue que cherche son visage et quatre mains agrippées au vide.

Commentaire de Guess Who

Vous rentrez dans votre librairie favorite, celle que sent bon la colle… vous faites le tour des nouveaux romans, des derniers essais politiques, vous jettez un coup d’œil au dernier roman policier de l’auteur à la mode, et avant de passer à la caisse vous passez pas loin du rayoj poésie.
Un tout petit livre attire votre attention, vous le prenez et lisez en diagonale quelques lignes; assez pour vous dire, tiens, pas mal… et en sortant il se trouve parmi tous les autres livres que vous avez acheté.
Ce petit livre, je l’ai pris souvent avec moi en voyage avec l’intention de le lire le soir à l’hôtel… mais ce n’est qu’avant hier, dans un troquet d’Amsterdam, un verre de genièvre à la main alors qu’il pleuvait dehors, que j’ai ouvert ce petit recueil de vers en prose par Siham Issami… ouvert, et je n’ai pas pu m’arrêter avant la fin !

J’avais trouvé mon texte pour le concours à UU !!!

Siham Issami, est une jeune femme marocaine qui a finit ses études de sciences à l’université de Rabat en 2001. Elle fait partie de la jeune génération de poètes marocains d’expression française et ce recueil « Les Amants d’ailleurs » est son premier coup d’essai … si si !

Meilleurs Mots lUUs #5 et #6: Breizhette et Jmesuiléssépoucélacravat

Ah… Le couple choUUchoUU de la blogosphère…

Bon, n’en tirez pas les conclusions que je fais du favoritisme là, hein…

Parce qu’ils n’ont pas besoin de moi pour savoir que leur choix est très bon.

Breizhette partage un coup de coeur sincère. Pour ma part, je trouve qu’on a véritablement envie de sauter dans la première librairie pour lire la suite…

Jmesuiléssépoucélacravat persiste et signe. Amin Maalouf à nouveau, après des Mots lUUs du même auteur l’année dernière. Il a raison: c’est comme au loto, faut jamais changer de combinaison ! ;o)

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Même si le nouveau sondage est plus proche de « Questions pour un Champion », n’hésitez pas à voter !…

Meilleurs mots lus #5

Breizhette – Extrait de « Happy Hand », de Guillaume Laurant

Il était né à Rabat et se prénommait Naoufel, mais on l’avait toujours surnommé Nafnaf.

Durant ses douze premières années, ses parents s’étaient échinés à lui inoculer le virus de la langue française. A quatre ans, ils lui lisaient L’Education sentimentale pour l’endormir. Un an plus tard, Nafnaf était déjà initié a bien des subtilités sémantiques, linguistiques, grammaticales ou syntaxiques. Il savait qu’une ombrelle n’est pas le féminin d’un nombril et que « l ‘asticot sur le camembert » ou « le pou sur la tonsure » étaient moins galvaudés que « la cerise sur le gâteau ». La langue française fut son premier jouet et cela faisait vingt-cinq ans qu’il s’ingéniait à le casser.

[…] Nafnaf débarqua dans sa patrie d’accueil la bouche pleine d’imparfaits du subjonctif et mieux initié aux subtilités de la vie à la cour des rois de France qu’à celle des cours de récréation. Le facteur Cheval, le sapeur Camember ou le spectateur Lambda faisaient depuis longtemps partie de sa famille d’élection, au même titre que Tartarin de Tarascon ou Roland de Roncevaux. Les « faquins », « butors », « cuistres » et autres « ruffians » qu’il asséna à ses camarades le jour de son entrée en CM2 firent de lui la risée générale. Il en pleura des rizières. Par dépit, il opta pour le mutisme. Le système scolaire, il faut être armé pour, ou armé contre. Désarmé, on n’a guère de chance d’échapper au laminoir.

Sur sa feuille de route pour les oubliettes de l’Education nationale, à la question « métiers envisagés », Nafnaf écrivit dans un dernier sursaut de panache : « gardien de pharaon », « bouilleur de crucifix », ou « derviche tourneur fraiseur ». Quand on lui demandait d’épeler Naoufel, il déclinait invariablement : Nécrose, Arthrite, Orgelet, Urticaire, Fistule, Eczéma, Lèpre. Il devint un cancre, las et solitaire.

Commentaire de Breizhette

Il s’agit d’un extrait du livre « Happy Hand » (ha ha ha!) de Guillaume Laurant (entre autres scénariste du Fabuleux destin d’Amélie Poulain), publié aux Editions du Seuil.

Je ne prétends absolument pas ici détenir les meilleurs mots lus de l’année 2006, mais si je peux déjà donner envie à quelqu’un de lire cet auteur à l’humour décalé, ce sera ça de gagné!!! J’ai choisi un extrait qui collait bien à la nature du concours, il se trouve que ce sont les premières lignes du livre.

Meilleurs mots lus #6

Jmesuiléssépoucélacravat – Préface de « Origines », d’Amin Maalouf

D’autres que moi auraient parlé de « racines »… Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot « racines », et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « tu te libères, tu meures ! »

Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines ; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nous convoitons le ciel, et quand nous nous enfonçons dans la terre, c’est pour pourrir. La sève du sol natal ne remonte pas par nos pieds vers la tête, nos pieds ne servent qu’à marcher. Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient – de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie.

A l’opposé des arbres, les routes n’émergent pas du sol au hasard des semences. Comme nous, elles ont une origine. Origine illusoire, puisqu’une route n’a jamais de véritable commencement ; avant le premier tournant, là derrière, il y avait déjà un tournant, et encore un autre. Origine insaisissable, puisqu’à chaque croisement se sont rejointes d’autres routes, qui venaient d’autres origines. S’il fallait prendre en compte tous ces confluents on embrasserait cent fois la Terre.

S’agissant des miens, il le faut ! Je suis d’une tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert aux dimensions du monde. Nos pays sont des oasis que nous quittons quand la source s’assèche, nos maisons sont des tentes en costume de pierre, nos nationalités sont affaire de dates, ou de bateaux. Seul nous relie les uns aux autres, par-delà les générations, par-delà les mers, par-delà le Babel des langues, le bruissement d’un nom.

Pour patrie, un patronyme ? Oui, c’est ainsi ! Et pour foi, une antique fidélité !

Je n’ai jamais éprouvé de véritable appartenance religieuse – ou alors plusieurs inconciliables ; et je n’ai jamais ressenti non plus une adhésion totale à une nation – il est vrai que là encore, je n’en ai pas qu’une seule. En revanche, je m’identifie aisément à l’aventure de ma vaste famille, sous tous les cieux. A l’aventure, et aussi aux légendes. Comme pour les Grecs anciens, mon identité est associée à une mythologie, que je sais fausse et que néanmoins je vénère comme si elle était porteuse de vérité.

Commentaire de Jmesuiléssépoucélacravat

Ce texte est la préface de Origines d’Amin Maalouf… oui je sais, c’est la deuxième année consécutive que je propose l’extrait d’un livre de cet auteur. Rassurez-vous, je lis aussi d’autres choses et la réflexion a été intense pour savoir quel livre et quel extrait je choisirai.

C’est finalement ce texte qui l’a emporté. Il est donc la préface d’un livre dans lequel Amin Maalouf nous entraîne dans l’histoire de sa famille, à travers les âges, les lieux, les religions… les mauvaises langues diront qu’il se fait payer ses recherches généalogiques par les lecteurs, mais je pense que le voyage dans lequel il nous entraîne est beau, émouvant et cela donne envie de se renseigner auprès de ses proches, surtout les plus anciens d’entre eux, avant qu’ils ne disparaissent, pour savoir à son tour quelles sont ses origines, qu’ont fait nos ancêtres de leur vivant pour que nous soyons là où nous sommes !

« All that counts is fighting for China »

[Note : Demain, la suite du concours des Meilleurs Mots lUUs avec Breizhette et Jmesuiléssépoucélacravat…] 

Parce que l’Afrique le vaut bien.

Et c’est pas Naomi Campbell qui le dit. C’est Hu Jintao.

L’événement aurait pu passer inaperçu.

Il est presque mis à part quelques éditoriaux lus de ci de là.

La chronique d’Alexandre Adler ce matin sur France Q m’a rappelé que je voulais absolument parler de ce sujet sur ce blog.

Car croyez le ou non, la Chine est véritablement en train de changer le monde.

A commencer par l’Afrique donc.

Il y a peu, a eu lien le Sommet Chine Afrique.

Partout à Pékin fleurissaient des panneaux gigantesques vantant cette « Beautiful Africa » rêvée.

Parce que oui, on n’en est pas loin du rêve là.

Plein plein plein de chefs d’états africains étaient présents.

Le tapis rouge pour le continent noir, en forçant le jeu de mots.

Pour un afflux massif de capitaux vers l’Afrique.

Un nouveau marché pour les produits manufacturés chinois.

En échange, une reconnaissance internationale et la garantie qu’on les laisse tranquille sur la question des droits de l’homme [des milliers de peines de morts sont prononcées chaque année dans l’indifférence générale, l’oubli terrible du sujet tibétain, etc.].

Mais pas que.

En filigrane, la main mise et la sécurisation par la Chine du tiers de son approvisionnement en or noir.

En jeu, l’échec du développement du continent africain dans la période post-colonialiste.

Un immense gâchis en somme pour l’Afrique, cette période là.

La Chine saura-t-elle faire mieux ?

Un collègue originaire du Sénégal me dit que les épiceries chinoises ont explosé au Sénégal. Et ce boom est plus que favorable à l’ensemble du pays car il dynamise l’ensemble du tissu économique de manière radicale.

Ce que l’Europe peine à faire dans leur coopération loin d’être unitaire malgré de quelques uns.

Mais la Chine ne le fait pas n’importe comment.

Deux symboles communistes [La Chine il y a quelques années, le Viêtnam la semaine dernière] s’attaquent ainsi à la mondialisation capitaliste en adhérant au moins communiste de toutes les organisations mondiales, l’OMC.

Elle le fait de façon calculée, réfléchie, préparée.

La stratégie de l’entrisme a toujours été la meilleure.

Infiltrer l’ennemi par l’intérieur.

C’est d’ailleurs ce dont ne peut se passer aucune puissance souveraine de nos jours.

Ce qui devrait faire vibrer les économies occidentales en panne de croissance économique, c’est le terrible alignement culturel qui se prépare.

Les religions ont été mis au abn par le communisme chinois.

Mais voilà que la Chine voit sa société se disloquer peu à peu : du fait de la montée de l’individualisme d’une part, mais aussi de la perte de sens et surtout la mise en berne des valeurs morales traditionnelles.

Je schématise bien entendu… mais tout de même.

Réponse de la Chine à cela : Le retour en puissance du confucianisme.

Forme de réhabilitation ? Non pas seulement. Pas aussi simplement.

Le confucianisme est culturellement chinois. A travers les générations. A travers les régimes politiques qui se succèdent, se sont succédés et qui se succéderont.

Et c’est là que le 21ème siècle sera d’une part spirituel, mais il sera surtout chinois.

La puissance de feu économique chinoise, alliée à un ordre conservateur et organisateur tel que le promeuvent les valeurs confucéennes vont décupler sa mainmise sur une économie mondiale.

huamulan.jpgSi vous n’êtes pas convaincus par cet argument, vous n’avez qu’à regarder cet opéra chinois, la légende de Lady General Hua Mu-Lan. Outre le divertissement plaisant d’un film datant de 1964, vous comprendrez alors pourquoi les Chinois vont se relever de leur parenthèse communiste [insignifiante à l’échelle de leur culture millénaire] et envisager les décennies à venir avec fierté, honneur et… dévouement.

Comme on peut le lire sur ce blog sur la filmographie des mythiques Shaw Brothers de Hong Kong: « All that counts is fighting for China. »

Be cool, be open.

UU

ps: N’oubliez pas le sondage ad hoc Post-It Express en haut à droite de ce blog ! ;o)

Meilleurs Mots lUUs #3 et #4: Chapeautée et Bourrique

Je le répète à l’envie.

Mais personne ne me croit. Ou bien si peu.

Des choses se passent, là.

Sous vos yeux.

Sur nos blogs.

De la télépathie blogUUesque, dira-t-on.

Pour ma part, je dirais des coïncidences non fortuites.

Et hop, pur hasard du calendrier de réception des Meilleurs Mots lUUs: Chapeautée et Bourrique, le même jour…

Et tous les deux invoquent le philosophe ultime, j’ai nommé Socrate [via Malraux et Aristophane] !

Dingue.

Cela dit, faire appel aux figures historiques [Colombey les deux Eglises hier avec CDG, mais aussi Mitterrand, Jaurès etc. de l’autre côté des urnes] est clairement dans l’air du temps

Alors quoi ? Socrate serait-il à la mode ?

A vous de jUUger…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Notez la nouvelle rubrique à droite « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #3

Chapeautée – Extrait de « Les chênes qu’on abat », d’André Malraux

« A quoi te sert, Socrate, d’apprendre à jouer de la lyre, puisque tu vas mourir ?
– A jouer de la lyre avant de mourir. »

Commentaire de Chapeautée

Alors pourquoi cette phrase ? Pour le contexte dans laquelle je l’ai retrouvée, exactement à la page 73 d’un livre d’André Malraux : les chênes qu’on abat…
Cette citation dans la conversation par Malraux à De Gaulle me touche. Elle, précisément et elle m’en rappelle d’autres venues me projeter en un minimum de mots, au fil de ce qui se dit et ce qu’il se vit, vers le noyau du fruit.

Meilleurs mots lus #4

Bourrique – Extrait de « Théâtre complet I » [Les Nuées], d’AristophaneAristophane - Couverture

Podcast ! Ne ratez surtout pas le podcast de Bourrique sur ses Meilleurs Mots lUUs. Moment d’hilarité moderne, s’il en est…

TOURNEBOULE [Avisant Socrate, qui est suspendu en l’air dans un grand panier] Mais dis donc, qui est-ce, là-haut, dans le couffin, le type qui est suspendu ?
LE DISCIPLE Socrate.
TOURNEBOULE Hé, Socrate! [Au disciple] Vas-y, toi, hèle-le-moi un bon coup !
LE DISCIPLE Hèle-le toi-même, moi je n’ai pas le temps. [// s’en va]
TOURNEBOULE Hé ! Socrate ! Hé ! Socratinet !
SOCRATE Pourquoi me hèles-tu, créature d’un jour ?
TOURNEBOULE Mais d’abord, qu’est-ce que tu fais ? Je t’en supplie, explique-moi.
SOCRATE J’arpente les airs, et, en esprit, j’enveloppe le soleil…
TOURNEBOULE Alors tu montes sur un caillebotis pour traiter les dieux du haut de ton esprit ? et tu n’as pas les pieds sur terre, en tout cas.
SOCRATE Non, car jamais je n’eusse découvert en toute justesse le secret des célestes réalités, si je n’avais mis mon intellect en suspension, et amalgamé la subtilité de ma méditation à l’air qui lui est consubstantiel. Si j’étais resté au sol pour scruter d’en bas les choses d’en haut, jamais je n’eusse rien découvert. Certes non, car la terre draine irrésistiblement à elle la sève de la méditation. C’est tout juste ce qui se passe pour le cresson.
TOURNEBOULE Quoi ? la méditation draine la sève dans le cresson ? Mais voyons, Socratinet, descends de ces hauteurs jusqu’à moi, pour me donner les leçons que je suis venu chercher.
SOCRATE Et tu es venu pourquoi ? TOURNEBOULE Je veux apprendre à parler. C’est que j’ai des intérêts à payer, des créanciers mauvais coucheurs qui me pillent, qui me saignent; mes biens sont saisis. SOCRATE Et d’où vient que tu te sois endetté comme ça ? Où avais-tu la tête ?
TOURNEBOULE C’est une fièvre de cheval, dévorante, qui m’a mis sur les boulets. Allons, enseigne-moi l’un de tes deux raisonnements, celui qui obtient de ne rien rembourser. Fixe à ton gré tes honoraires : sous la foi du serment, je te les verserai, par les dieux !
SOCRATE Les dieux ? quelle idée ? en voilà un serment ! D’abord les dieux, chez nous, ça n’a pas cours.
TOURNEBOULE Alors, en quelle monnaie les faites-vous, vos serments ? En fer-blanc ‘, comme chez les sauvages ?
SOCRATE [dédaignant la question] Tu veux savoir, bien au clair, les choses divines ? ce qu’elles sont, bien au juste ?
TOURNEBOULE Oui, grand dieu, s’il y a moyen.
SOCRATE Et prendre langue avec les Nuées — nos divinités à nous ?
TOURNEBOULE Parfaitement. […] Mais Zeus, à votre compte, dis, au nom… de la Terre, l’Olympien, il n’est pas dieu ?
SOCRATE Qui ça, Zeus? Trêve de balivernes! Il n’existe même pas, Zeus.
TOURNEBOULE Qu’est-ce que tu dis ? Alors, qui c’est qui pleut ? [D’un ton assuré, car il croit tenir un argument décisif] Explique-moi un peu ça pour commencer !
SOCRATE Elles, bien sûr! Et moi, je vais t’en donner une preuve magistrale. Voyons, où l’as-tu déjà vu pleuvoir. Lui, sans nuées ? c’est pourtant ce qu’il devrait faire : pleuvoir par ciel bleu, quand elles sont en vacances.
TOURNEBOULE Jour de dieu ! Pour cette question-ci, tu m’as rivé mon clou ! Moi qui jusqu’ici croyais pour de bon que c’était Zeus qui pissait dans une passoire ! Mais qui c’est qui tonne, dis-moi, que ça me fait frémifrissonner ?
SOCRATE Elles, par leur roulis : c’est ça le tonnerre.
TOURNEBOULE Comment ça, dis, toi que rien n’intimide ?
SOCRATE Quand, gorgées d’eau, elles sont forcées de se mouvoir, la masse qui les imbibe les fait brimbaler, nécessairement : alors elles se cognent lourdement les unes aux autres, et elles éclatent à grand fracas.
TOURNEBOULE Mais celui qui les force à se mouvoir, n’est-ce pas Zeus ?
SOCRATE Pas du tout : c’est un tourbillon de l’éther.
TOURNEBOULE Tourbillon ? Je n’avais pas la moindre idée de ça : alors Zeus, y en a pas ? Et à sa place, c’est Tourbillon qui règne à cette heure!… Mais sur le vacarme du tonnerre, tu ne m’as rien appris encore !
SOCRATE Tu n’as pas entendu ce que je t’ai dit ? Je te répète que ce sont les nuées, pleines d’eau, qui en se cognant les unes aux autres, font ce vacarme, par effet de compression.
TOURNEBOULE Dis donc, tu veux me faire croire ça ?
SOCRATE C’est sur ta propre personne que je vais fonder ma démonstration. Il t’est bien arrivé, après avoir fait ton plein de brouet, au moment des Fêtes, d’avoir le bedon en tohu-bohu, traversé tout à coup d’un tintamarre borborythmique ?
TOURNEBOULE Jour de Dieu ! Pour ça oui ! Ça ne tarde pas : il m’en fait de belles, c’est un tohu-bohu, ça tonitrue, ça brouette là-dedans, un vacarme, un beau hourvari ! Piano, pour commencer : pappax… pappax… Et puis accelerando… parapappax… Et quand je chie, c’est un vrai tonnerre… paraparappax… exactement comme Elles !
SOCRATE Eh bien juge un peu : une telle pétarade sortant d’un petit bedondinet pas plus gros que ça ! Alors l’immensité des Airs, là partout, c’est naturel qu’elle fasse un énorme tonnerre, pas vrai ?

Commentaire de Bourrique

En l’occurence, ce sera les meilleurs mots Relus en 2006, à l’occasion d’une soirée lecture à laquelle j’étais conviée.

Que lire?

Je ne connaissais presque personne à cette soirée, j’ai donc choisi quelque chose qui me ressemble le plus, comme une carte de visite. Cette année, j’ai pas mal lu Onfray. Me suis fait plaisir. Et les théories d’Onfray quant à la dualité et la philosophie platonicienne, on les trouve déjà chez Aristophane, auteur du comédies à Athènes au IV° siècle avant J.C.

Autant vous le dire, tout Aristophane est régalant.

Et surtout dans le texte. Des jeux de mots en cascades, des allitérations, des jeux de mots musicaux et cocasses.

Debidour en propose une excellente traduction collant au plus près de la dérision de la langue utilisée par Aristophane. Un traducteur génial et en édition de poche, de surcroît.

Que je vous cause donc de l’extrait…

Tourneboule est un bon paysan athénien qui est couvert de dettes par la grâce d’un fils irresposable féru de chevaux.

On lui a donc conseillé de se faire enseigner l’art de la parole juste et injuste afin d’embrouiller ses créanciers et parvenir ainsi à ne pas les payer. Il vient donc chercher cet enseignement auprès de Socrate… qu’il propose de rétribuer une fois acquis l’art de ne pas payer ses créanciers! J’adoooore…

Socrate est représenté dans un panier suspendu… J’adooooore aussi.

Et il développe une interprétation du mythe de la caverne toute botanique! Tourneboule va même prendre une leçon de théologie : Zeus n’existe pas mais les Nuées, si. Preuve en est faite : le tonnerre n’est que le pet des Nuées.

J’adoooooooore.