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Prologue: Une courte fable contemporaine, intitulée « Aller tirer un coup »
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Le long du chemin en métro, Héloïse ne se disait rien.
Elle allait retrouver son compagnon et sa jeune fille.
Presque comme tous les jours.
Et oublier ces tracas qui l’emmerdaient quotidiennement au bureau.
Elle était assistante de direction dans une boîte de pub.
Parfois, elle trouvait que cela tenait plutôt d’une boîte à putes.
Un vrai bordel, dans tous les sens.
Ca la faisait sourire.
Voire même marrer.
Et finalement son job, c’était comme n’importe quelle autre assistante.
En pire.
Que se serait-il passé si son chefeton avait été moche et pauvre plutôt que…
Mais bon.
Choisit-on les patrons pour qui on travaille ?…
(…)
Ce soir là, Marc allait sortir avec ses « potes ».
Des vieux lascars qu’elle connaissait par cœur.
Ce soir là, elle décida que c’était le bon jour pour le lui dire.
Fallait bien qu’il le sache.
De toute façon, il le savait déjà qu’elle ne lui était pas fidèle.
Une fois, elle s’était faite surprendre.
Bah, rien de grave.
Pas de quoi alerter la police des mœurs non plus.
Et puis, l’amour, ça ne dure pas.
Par la force des choses.
Par la nature des choses.
Ca se saurait hein, si les animaux étaient tous fidèles…
(…)
– « Salut Marc.
– Salut Héloïse… Ca va ?
– Ca va… T’as pensé à réserver pour les vacances ?
– Oui, c’est tout bon. Il restait encore pas mal de places.
– Tu pars à quelle heure ce soir ?
– Je crois qu’ils viennent me chercher dans dix minutes.
– OK… Marc ?
– Oui, quoi ?
– (…)
– Qu’est-ce que tu as dit ? Je n’ai pas entendu à cause du bruit dans la rue.
– (…) Euh rien… Enfin si.
– Ben quoi ?
– (…) Hmm. Tu sais, pour ce soir… Si tu as envie bien sûr… Enfin bref, si tu trouves une fille super mignonne et que tu as envie de … Enfin, tu as compris. Ben, vas y hein. Tu sais, je comprendrai et je trouve même ça normal. Depuis le temps qu’on est ensemble…
– (…) Quoi ?! Mais qu’est-ce que tu racontes ?! Bon, je t’embrasse. Ils sont arrivés… »
(…)
Et plusieurs années durant, ils vécurent tout de même [plus ou moins] heureux et n’eurent qu’un seul enfant.
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Le mythe de l’amour libre
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Je vois d’ici [euh, là c’est UU qui reprend la parole, hein] les yeux goguenards que vous pouvez afficher à la lecture de cette fable fictive.
Mais est-ce vraiment une fiction ?
En fait, non. Rien de fictif. Ou si peu.
Une version vaguement mise en scène d’une toute récente discussion de bureau [comment dit-on « brève de comptoir » lorsqu’on n’a que tables en formica ?].
Discussion véridique et à bâtons rompus sur l’amour libre, le couple libre, etc.
L’histoire réelle donc d’une connaissance commune à mon collègue et à moi.
Ah… ce mythe si vivace de l’amour libre.
Quintessence sublimée de la Liberté, celle avec un grand L. La Liberté du Sexe…
Mais vouloir ainsi vivre « libre », n’est-ce pas paradoxalement une forme d’aliénation ? Est-ce un choix ou bien une fatalité ? Existe-t-il une alternative ?
C’est à ces questions que je me suis proposé de répondre. Et que m’est venue l’idée de cette note.
Et par la même, de répondre à une commande. Et oui, une commande de note de blog. Celle de Mumu, une copine de la vraie vie, qui tenait à ce que je poursuive la série entamée dans ma note sur « le rire, ambroisie des couples heureux ».
Aujourd’hui donc, l’épisode 2 des couples heureux: Ou pourquoi il est nécessaire d’avoir la même vision du monde et de partager les mêmes valeurs au sein du couple.
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Un couple, c’est d’abord partager une vision du monde
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Quelle est ainsi la morale de la fable en prologue ? Que la nature est plus forte que tout. Et que les actions de l’homme [et/ou de la femme] n’ont qu’une portée limitée, ne serait-ce que dans le temps.
Avec le temps, c’est la loi de la nature qui reprend le dessus. Ainsi en va-t-il du sentiment amoureux.
Le coïtus impromptus est ainsi plus fort que tout. Comme un appel vibrant à un retour à la nature. Comme une pulsion certainement vitale adossée à la fonction génétiquement non modifiable de copuler et repeupler notre planète [NdUU : alors que nous ne sommes pas dans une période de crise post-nucléaire, vous l’avez tous remarqué, hein ?…]
Ne vous méprenez pas. Cette vision du monde se respecte. Et je ne la juge pas. Grâce leur soit rendue si c’est le chemin du bonheur pour ce couple. J’en doute toutefois. Mais c’est un choix. Le plus important, c’est que ce choix là doit être partagé au sein du couple. Et ainsi justifier d’une vision commune au sein de ce couple.
Ainsi donc pour certains, libéralisme, libertinage et liberté ne font qu’un. C’est la prévalence de la loi de la nature. La loi du plus fort. Celle de la sélection naturelle.
Dans le monde des affaires, on laisse ainsi le marché décider des orientations futures de l’économie.
Dans la vie de couple, on trouve normal de se laisser aller à ses pulsions naturelles [Qui n’a pas voulu faire une virée entre potes/copines à l’occasion d’un long week-end en Mai ?…]
A titre personnel, on envisage tout aussi naturellement de faire comme bon nous semble, selon nos envies, selon notre individualité sublimée.
Garder sa liberté devient un principe de vie.
La question est alors de savoir s’il existe une limite à cette liberté individuelle, dans le cadre du couple.
Ma thèse est ainsi que nous devons avoir une vision commune du couple. Pour maximiser la durée du couple [je ne rentrerai pas dans le débat que le bonheur peut se faire par la voix du célibat. Why not, hein… Mais ce n’est pas le sujet de cette note-ci].
Nous avons des valeurs [morales, intellectuelles ou culturelles] qui nous sont personnelles. En les confrontant à celui du conjoint, on construit véritablement un projet de vie, un projet de couple.
Attention, cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir les mêmes goûts vestimentaires, culinaires, artistiques, etc. On peut vouloir partir en vacances dans des lieux strictement aux antipodes et construire un projet de couple… Au contraire, ces différences forment l’enrichissement mutuel des deux conjoints.
Contruire un projet de couple, c’est d’une certaine façon savoir ce qu’on veut faire ensemble tout au long du chemin. Peu importe alors le comment qui en découlera naturellement…
C’est ce qu’on appelle donner un sens à une vie commune.
Et ce qui forge par là même la solidité du couple à long terme.
Car il devient ainsi caduque de vouloir « aller tirer un coup » ailleurs : ceci n’a alors plus véritablement d’intérêt mis à part l’attrait pulsionnel, passionnel voire hormonal d’une soirée, lequel est éphémère comme la rosée du matin.
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Ne pas voter Sarkozy, c’est trancher dans le débat sociétal entre Nature et Culture
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Revenons brièvement sur le fond de cette réflexion.
Un lecteur exigeant et attentif aura remarqué que le débat entre nature et culture était sous-jacent. L’éclairage philosophique peut désormais nous aider à avancer plus loin dans ce débat.
Nature et Culture.
Inné et Acquis.
Laisser un couple se défaire ou bien vouloir le bonheur activement.
Soit on laisse faire, soit on se bat pour que les choses changent.
Libéral/libertaire/libertin ou moral/fidèle/activiste.
Deux visions du couple, deux visions du monde.
Ma référence ci-dessus à la rosée du matin est un clin d’oeil à la Nature.
Celle-ci est injuste et foncièrement dure par « nature ».
On vient de le vivre tout récemment avec douce Marie [voir une précédente note ].
C’est la sélection par la loi du plus fort.
C’est cette vision de la société contre laquelle je m’insurge, à mon humble niveau.
Laisser faire la Nature, c’est voter Sarkozy.
Je ne voterai pas Sarkozy et je crois qu’il faut le répéter inlassablement.
Je ne veux pas de cette France là.
Ce n’est pas ma vision du monde.
Ce n’est pas ma vision de la société française.
Je l’aime avec sa diversité, avec sa générosité.
Je l’aime quand on se lève un matin pour se dire que non, décidément, on ne laissera pas faire.
Alors dimanche, allez voter.
Et surtout boutez Sarkozy loin de moi.
Be cool, be open.
UU