Meilleurs Mots lUUs #13 et #14: Augustin et Olivier

Quel grand écart les amis !

Sur la moitié droite du terrain, Julien Gracq, seul.

De l’autre côté, tous au delà de leurs 22 mètres, toute l’équipe de France de rugby est là, soutenant Olivier !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage ad hoc en ligne

Meilleurs mots lus #13

Augustin – Extrait de « Le rivage des Syrtes », de Julien Gracq

Dans le silence de la nuit, au delà des murs nus, des bruits légers montaient par intervalles de la ville basse, bruits de l’eau qui coule, roulement attardé d’une voiture lointaine – distincts et pourtant intriguants comme les soupirs et les mouvements d’un sommeil agité, ou les craquements inégaux des déserts de rochers que le fond de la nuit froide contracte ; mais dans ces hauts quartiers nourris d’altitude et de sécheresse, les pans durement coupés de la lumière bleuâtre et laiteuse collaient à la pierre comme une peinture et n’avaient pas un cillement. Je marchais le cœur battant, la gorge sèche, et si parfait autour de moi était le silence de pierre, si compact le gel insipide et sonore de cette nuit bleue, si intriguants mes pas qui semblaient poser imperceptiblement au-dessus du sol de la rue, je croyais marcher au milieu de l’agencement bizarre et des flaques de lumière égarantes d’un théâtre vide – mais un écho dur éclairait longuement mon chemin et rebondissait contre les façades, un pas à la fin comblait l’attente de cette nuit vide, et je savais pour quoi désormais le décor était planté.

Commentaire d’Augustin

Gracq, forcément. Avec Simon, le plus grand styliste français de la seconde moitié du XXe siècle. Cette suspension finale, cette bleuité suspendue, description en mouvement qui marque l’attente, l’errance, comme la métaphore métaphysique de la vie. Nous sommes tous dans la nuit, et un jour, peut – être, la révélation arrivera – l’être aimé, la vision extatique de Dieu, la fin de l’angoisse, tout simplement. Cette épiphanie matérialiste, chez Gracq, qui s’inscrit dans le paysage, dans le monde. Gracq, éternel ronchon reclus dans sa Loire lointaine, qui refusa les honneurs du Goncourt pour ce livre sublime et définitif. Qu’on est loin de Littel, horrible et minuscule fonctionnaire de l’horreur…

Meilleurs mots lus #14

Olivier – Extrait de « Paroles de Capitaines », de Cédric Beaudou et Lionel Chamoulaud

Le premier texte de PHILIPPE SAINT-ANDRE, capitaine en 1995, Demi-finale Afrique du Sud-France, le 17 Juin :
« Les mecs pleuraient »

« Sur celle là*,on peut voir toute notre détresse. Je me souviens des mecs qui pleuraient. Dans les vestiaires, pour toute une génération, c’était terrible, c’était le bout de la route pour eux.
Le rêve était cassé, c’était une injustice de s’arrêter là, en demi-finale et surtout dans ces conditions. Nous avions perdu de quatre points seulement avec toutes ces décisions contre nous. Par la suite, nous avons compris qu’il fallait être dix fois plus forts qu’eux, ce jour-là, pour les battre.
Quand tu es sportif, tu ne comprends pas tout de suite quel est le véritable enjeu du match. Tu peux vivre ça comme une injustice. Nous nous étions préparés comme des pros, pendant trois mois. Mais c’était une telle avancée pour les Sud-Africains ! Quand j’y repense, quand nous sommes arrivées en Afrique du Sud, François Pienaar et Chester Williams, l’ailier noir des Springboks, étaient en photo partout dans les villes sur des panneaux 4 par 3. Du jamais vu !
Il y avait eu une campagne de publicité autour de cette Coupe du Monde comme le rugby n’en n’avait jamais connu auparavant.
Une des chansons qui passaient dans les stades était « Shosholoza », la chanson d’une minorité noire du pays. La raison était politique, voilà tout. »
* Photo non reproduite

Le deuxième texte de RAPHAEL IBANEZ, Capitaine en 1999, 1/4 de finale France-Argentine, le 24 Octobre :
« Chanter pour expier nos péchés »

« Sur cette photo*, les rires sont francs, les visages détendus et même rigolards. C’est sûrement l’une des premières fois depuis un très long moment que ça nous est pas arrivé. Je mesure aujourd’hui aussi la chance de partager cette aventure avec la famille : Richard Dourthe. Le rugby c’est aussi une histoire de famille.
Et puis, il y a eu l’après-match. C’est un moment qui restera marquant pour nous tous, je crois. Nous nous sommes retrouvés dans un hôtel à Dublin pour le repas. Après le dîner, nous devions rejoindre rapidement nos épouses, que nous n’avions pas vues depuis très longtemps.
Il a pourtant fallu retarder les retrouvailles, parce qu’il y a eu ce soir-là dans le salon où nous mangions un grand moment de délire collectif. Comme si on exultait, comme si le groupe relâchait toute la tension accumulée depuis le mois de juin 1999.
Il y avait un peu de vin à table, mais personne n’était saoul. Garba* a lancé les hostilités avec une imitation de Jo Maso*… Et tout le monde a suivi ! Après les imitations, nous avons inventé une sorte de « haka* », parce que nous savions que nous allions jouer contre les All Blacks*. Un « haka » suivi de danses improvisées, dans une sorte d’hystérie collective qui a duré deux ou trois heures… Nous avons fait chanter les joueurs les uns après les autres. C’était exceptionnel ! On en a aussi profité pour pointer du doigt les défauts des uns et des autres, c’était un peu comme si on se purgeait, comme si on expiait tous nos péchés collectifs. C’était incroyable, cette liberté, la joie retrouvée ! »
* Photo non reproduite
* Garba surnom de Xavier Garbajosa
* Jo Maso, Manager de l’équipe de France, un Ami et grand Monsieur
* Haka, chant Maori exécuté par l’équipe de Nouvelle-Zélande avant le début d’un match
* All Blacks, nom donné à l’équipe de Nouvelle-Zélande car ils portent un maillot noir en signe de deuil de leurs adversaires.

Commentaire d’Olivier

Un ami, Marc, vient de m’offrir un superbe livre « PAROLES DE CAPITAINES » de Cédric Beaudou et Lionel Chamoulaud. Ces deux journalistes ont regroupé les témoignages des 5 Capitaines des 5 dernières Coupes du Monde de rugby. Extrêmement émouvant ! J’ai retenu deux textes courts

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13 commentaires sur “Meilleurs Mots lUUs #13 et #14: Augustin et Olivier

  1. j’aime beaucoup Olivier, et le rugby, j’aime bien leurs paroles, mais désolée la page de Gracq est une splendeur dont chaque mot et leur assemblage me font sentir la vie. Vrai que c’est une superbe langue

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  2. Le rugby, c’est la vie, aussi, pourtant. c’est pas de la littérature, et , comme j’aime le rugby, à défaut de connaître Olivier, je ne pourrai qu’être plein d’une indulgence coupable. SUbjectif, affreusement subjectif.

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  3. J’ai eu envie d’abonder dans le sens de Brigetoun et Augustin. Puis je suis allée relire le règlement. Il ne parle pas de littérature ! Il demande un extrait de texte d’un livre qu’on a lu. Donc pourquoi pas un témoignage ? Et pourquoi pas du sport ? Olivier n’est pas hors sujet donc ! Par contre c’est dommage Olivier que tu n’aies pas joint les photos.

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  4. Petit mot aux lecteurs complexés, yo cox et annie claude notamment

    Envoyez nous vos extraits
    il faut de tout pour faire un concours des mots lus, sinon, c’est pas drôle !
    Moi même je vais envoyer un texte qui ne gagnera certainement pas, mais c’est pour la diversité des textes, le plaisir de se remémorer ces bons mots et ce beau livre lu et le plaisir de faire partager aux autres.
    Voilou voilou ! participez tous. C’est enrichissant !

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  5. Madame de Keravel>> Tout à fait exact ! La nouveauté de cette saison est une ouverture à d’autres textes que de la littérature ! Bien vUU !
    Les critères du jUUry vont dans ce sens de l’ouverture !

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  6. complètement d’accord avec Sweet Mary!!! Un des objectifs étant aussi de faire découvrir des auteurs non connus à d’autres, et pas seulement des grands noms de la littérature!!! ça changerait!

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  7. Hier j’ai laissé un com mais il n’apparait pas…
    J’ai bien lu le réglement. Et je me suis dit qu’apporter des paroles simples d’hommes, non-écrivains, mais où l’on ressent les émotions de la vie. Et dans ce cas là du rugby pouvait ouvrir l’esprit sur une autre vision de l’écriture.
    Chère Mme de Keravel, je ne peux mettre les photos, elles sont sur deux pages, désolé…
    Merci de vos mots de politesse envers ces deux textes, mais je vous trouve un peu dur. Car n’oubliez pas que le sport est une belle Ecole de VIE !
    Un grand merci, cher UU pour ton soutien.
    Amitiés,
    OLIVIER

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  8. Avec le traitement médiatique qu’on fait du monde du sport, et le sensationnalisme qui l’entoure, et la quête du dépassement archi-dopé, je n’ai pas la fibre tellement sportive. Par contre, quand j’en entends parler de la manière dont ces deux capitaines en parlent, on pourrait parvenir à me convertir!

    Au sujet de Gracq… le commentaire d’Augustin me plaît plus que l’extrait choisi!! En fait, les descriptions trop longues d’un quelconque décor, fussent-elles de la nature, d’une ville, ou de quoi que ce soit d’autre, ça me lasse. Ça ne met pas en cause la qualité littéraire de Gracq, mais ma sensibilité. Toutefois, s’agissant chez lui d’une « métaphore métaphysique », peut-être me laisserais-je entraîner…

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