Meilleurs Mots lUUs #3 et #4: Chapeautée et Bourrique

Je le répète à l’envie.

Mais personne ne me croit. Ou bien si peu.

Des choses se passent, là.

Sous vos yeux.

Sur nos blogs.

De la télépathie blogUUesque, dira-t-on.

Pour ma part, je dirais des coïncidences non fortuites.

Et hop, pur hasard du calendrier de réception des Meilleurs Mots lUUs: Chapeautée et Bourrique, le même jour…

Et tous les deux invoquent le philosophe ultime, j’ai nommé Socrate [via Malraux et Aristophane] !

Dingue.

Cela dit, faire appel aux figures historiques [Colombey les deux Eglises hier avec CDG, mais aussi Mitterrand, Jaurès etc. de l’autre côté des urnes] est clairement dans l’air du temps

Alors quoi ? Socrate serait-il à la mode ?

A vous de jUUger…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Notez la nouvelle rubrique à droite « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #3

Chapeautée – Extrait de « Les chênes qu’on abat », d’André Malraux

« A quoi te sert, Socrate, d’apprendre à jouer de la lyre, puisque tu vas mourir ?
– A jouer de la lyre avant de mourir. »

Commentaire de Chapeautée

Alors pourquoi cette phrase ? Pour le contexte dans laquelle je l’ai retrouvée, exactement à la page 73 d’un livre d’André Malraux : les chênes qu’on abat…
Cette citation dans la conversation par Malraux à De Gaulle me touche. Elle, précisément et elle m’en rappelle d’autres venues me projeter en un minimum de mots, au fil de ce qui se dit et ce qu’il se vit, vers le noyau du fruit.

Meilleurs mots lus #4

Bourrique – Extrait de « Théâtre complet I » [Les Nuées], d’AristophaneAristophane - Couverture

Podcast ! Ne ratez surtout pas le podcast de Bourrique sur ses Meilleurs Mots lUUs. Moment d’hilarité moderne, s’il en est…

TOURNEBOULE [Avisant Socrate, qui est suspendu en l’air dans un grand panier] Mais dis donc, qui est-ce, là-haut, dans le couffin, le type qui est suspendu ?
LE DISCIPLE Socrate.
TOURNEBOULE Hé, Socrate! [Au disciple] Vas-y, toi, hèle-le-moi un bon coup !
LE DISCIPLE Hèle-le toi-même, moi je n’ai pas le temps. [// s’en va]
TOURNEBOULE Hé ! Socrate ! Hé ! Socratinet !
SOCRATE Pourquoi me hèles-tu, créature d’un jour ?
TOURNEBOULE Mais d’abord, qu’est-ce que tu fais ? Je t’en supplie, explique-moi.
SOCRATE J’arpente les airs, et, en esprit, j’enveloppe le soleil…
TOURNEBOULE Alors tu montes sur un caillebotis pour traiter les dieux du haut de ton esprit ? et tu n’as pas les pieds sur terre, en tout cas.
SOCRATE Non, car jamais je n’eusse découvert en toute justesse le secret des célestes réalités, si je n’avais mis mon intellect en suspension, et amalgamé la subtilité de ma méditation à l’air qui lui est consubstantiel. Si j’étais resté au sol pour scruter d’en bas les choses d’en haut, jamais je n’eusse rien découvert. Certes non, car la terre draine irrésistiblement à elle la sève de la méditation. C’est tout juste ce qui se passe pour le cresson.
TOURNEBOULE Quoi ? la méditation draine la sève dans le cresson ? Mais voyons, Socratinet, descends de ces hauteurs jusqu’à moi, pour me donner les leçons que je suis venu chercher.
SOCRATE Et tu es venu pourquoi ? TOURNEBOULE Je veux apprendre à parler. C’est que j’ai des intérêts à payer, des créanciers mauvais coucheurs qui me pillent, qui me saignent; mes biens sont saisis. SOCRATE Et d’où vient que tu te sois endetté comme ça ? Où avais-tu la tête ?
TOURNEBOULE C’est une fièvre de cheval, dévorante, qui m’a mis sur les boulets. Allons, enseigne-moi l’un de tes deux raisonnements, celui qui obtient de ne rien rembourser. Fixe à ton gré tes honoraires : sous la foi du serment, je te les verserai, par les dieux !
SOCRATE Les dieux ? quelle idée ? en voilà un serment ! D’abord les dieux, chez nous, ça n’a pas cours.
TOURNEBOULE Alors, en quelle monnaie les faites-vous, vos serments ? En fer-blanc ‘, comme chez les sauvages ?
SOCRATE [dédaignant la question] Tu veux savoir, bien au clair, les choses divines ? ce qu’elles sont, bien au juste ?
TOURNEBOULE Oui, grand dieu, s’il y a moyen.
SOCRATE Et prendre langue avec les Nuées — nos divinités à nous ?
TOURNEBOULE Parfaitement. […] Mais Zeus, à votre compte, dis, au nom… de la Terre, l’Olympien, il n’est pas dieu ?
SOCRATE Qui ça, Zeus? Trêve de balivernes! Il n’existe même pas, Zeus.
TOURNEBOULE Qu’est-ce que tu dis ? Alors, qui c’est qui pleut ? [D’un ton assuré, car il croit tenir un argument décisif] Explique-moi un peu ça pour commencer !
SOCRATE Elles, bien sûr! Et moi, je vais t’en donner une preuve magistrale. Voyons, où l’as-tu déjà vu pleuvoir. Lui, sans nuées ? c’est pourtant ce qu’il devrait faire : pleuvoir par ciel bleu, quand elles sont en vacances.
TOURNEBOULE Jour de dieu ! Pour cette question-ci, tu m’as rivé mon clou ! Moi qui jusqu’ici croyais pour de bon que c’était Zeus qui pissait dans une passoire ! Mais qui c’est qui tonne, dis-moi, que ça me fait frémifrissonner ?
SOCRATE Elles, par leur roulis : c’est ça le tonnerre.
TOURNEBOULE Comment ça, dis, toi que rien n’intimide ?
SOCRATE Quand, gorgées d’eau, elles sont forcées de se mouvoir, la masse qui les imbibe les fait brimbaler, nécessairement : alors elles se cognent lourdement les unes aux autres, et elles éclatent à grand fracas.
TOURNEBOULE Mais celui qui les force à se mouvoir, n’est-ce pas Zeus ?
SOCRATE Pas du tout : c’est un tourbillon de l’éther.
TOURNEBOULE Tourbillon ? Je n’avais pas la moindre idée de ça : alors Zeus, y en a pas ? Et à sa place, c’est Tourbillon qui règne à cette heure!… Mais sur le vacarme du tonnerre, tu ne m’as rien appris encore !
SOCRATE Tu n’as pas entendu ce que je t’ai dit ? Je te répète que ce sont les nuées, pleines d’eau, qui en se cognant les unes aux autres, font ce vacarme, par effet de compression.
TOURNEBOULE Dis donc, tu veux me faire croire ça ?
SOCRATE C’est sur ta propre personne que je vais fonder ma démonstration. Il t’est bien arrivé, après avoir fait ton plein de brouet, au moment des Fêtes, d’avoir le bedon en tohu-bohu, traversé tout à coup d’un tintamarre borborythmique ?
TOURNEBOULE Jour de Dieu ! Pour ça oui ! Ça ne tarde pas : il m’en fait de belles, c’est un tohu-bohu, ça tonitrue, ça brouette là-dedans, un vacarme, un beau hourvari ! Piano, pour commencer : pappax… pappax… Et puis accelerando… parapappax… Et quand je chie, c’est un vrai tonnerre… paraparappax… exactement comme Elles !
SOCRATE Eh bien juge un peu : une telle pétarade sortant d’un petit bedondinet pas plus gros que ça ! Alors l’immensité des Airs, là partout, c’est naturel qu’elle fasse un énorme tonnerre, pas vrai ?

Commentaire de Bourrique

En l’occurence, ce sera les meilleurs mots Relus en 2006, à l’occasion d’une soirée lecture à laquelle j’étais conviée.

Que lire?

Je ne connaissais presque personne à cette soirée, j’ai donc choisi quelque chose qui me ressemble le plus, comme une carte de visite. Cette année, j’ai pas mal lu Onfray. Me suis fait plaisir. Et les théories d’Onfray quant à la dualité et la philosophie platonicienne, on les trouve déjà chez Aristophane, auteur du comédies à Athènes au IV° siècle avant J.C.

Autant vous le dire, tout Aristophane est régalant.

Et surtout dans le texte. Des jeux de mots en cascades, des allitérations, des jeux de mots musicaux et cocasses.

Debidour en propose une excellente traduction collant au plus près de la dérision de la langue utilisée par Aristophane. Un traducteur génial et en édition de poche, de surcroît.

Que je vous cause donc de l’extrait…

Tourneboule est un bon paysan athénien qui est couvert de dettes par la grâce d’un fils irresposable féru de chevaux.

On lui a donc conseillé de se faire enseigner l’art de la parole juste et injuste afin d’embrouiller ses créanciers et parvenir ainsi à ne pas les payer. Il vient donc chercher cet enseignement auprès de Socrate… qu’il propose de rétribuer une fois acquis l’art de ne pas payer ses créanciers! J’adoooore…

Socrate est représenté dans un panier suspendu… J’adooooore aussi.

Et il développe une interprétation du mythe de la caverne toute botanique! Tourneboule va même prendre une leçon de théologie : Zeus n’existe pas mais les Nuées, si. Preuve en est faite : le tonnerre n’est que le pet des Nuées.

J’adoooooooore.

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6 commentaires sur “Meilleurs Mots lUUs #3 et #4: Chapeautée et Bourrique

  1. L’extrait de Chapeautée me fait immédiatement penser à un texte de Georges Steiner que j’avais lu il y a quelque temps.

    Il m’avait inspiré le texte accompagnant le MAC d’Aurélie.

    Voici l’extrait de Steiner: « Si quelque chose, en dehors de l’amour et de l’amitié, est capable de donner un sens à la vie, c’est la beauté de l’art. Du mußt dein Leben ändern…»

    Ces derniers mots en allemand [Tu dois changer ta vie] sonnent comme un impératif urgent et peut-être un peu cruel. Ce sont les mots provenant d’un poème de Rainer Maria Rilke, resté dans leur langue d’origine dans le texte de Steiner.

    En fait, la concision de cet extrait n’enlève rien à la puissance de l’évocation. Aller à l’essentiel, au coeur de ce qui est: le noyau du fruit, comme dit Chapeautée.

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  2. Bourrique>> Héhé ;o)
    Moi aussi, j’adooooooooooore ton choix. « It’s a killer, babe »

    Je vois maintenant clairement que tes maîtres de pensée sont les grands philosophes grecs. D’où toute cette culture qui s’étale sur ton blog et cette ligne éditoriale si déconcertante ! haha ;o)

    En tout cas, un sacré coup que tu fais là. Chapeau !

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  3. même sans la voix de Bourrique Aristophane est toujours gouteux à l’extrème (mais pour la mode : il veut charger Socrate dans cette pièce) – j’aime beaucoup la collique du ciel et la logique qui précède
    Comme la logique de la citation de Malraux

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  4. Alors comme je l’ai dit au reste du jury, chapeau bas pour Chapeautée ! Je suis conquise !
    Quant au texte de Bourrique, qui va certainement détenir le record des mots lus les plus longs (le record des plus courts va à Chapeautée!), au lieu de m’essoufler, il m’a coupé le souffle (de rire!).

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