Meilleurs Mots lUUs #7 et #8: Juliette et Guess Who

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs est toujours ouvert… Le règlement (archi-simple) est ].

Une surprise aujourd’hui et un poids lourd [sans jeu de mots aucun ;o)]

La surprise vient de Juliette qui, sans doute sans le savoir, propose un autre extrait d’un livre déjà sélectionné l’année dernière !

Il s’agit de Dalva, de Jim Harrison. Cela ne peut être coïncidence et la répétition de l’Histoire pourrait forcer le destin: ce roman est peut-être une machine à gagner si deux lecteurs l’ont choisi pour les Meilleurs Mots lUUs !

Le poids lourd: c’est l’éminent Guess Who. Poids lourd de par son éminence poétique [ce sympathique personnage est un poète incarné] et de par ses goûts littéraires que j’apprécie [on partage le même amour – littéraire – pour Proust…]

Une nouvelle sélection pleine de promesses !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent ! [oui, ça y est – j’ai vu enfin ma faute d’orthographe ;o)]

Be cool, be open.

UU

ps: N’oubliez pas le sondage ad hoc à droite, « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #7

Juliette – Extrait de « Dalva », de Jim Harrison

« Maintenant l’obscurité ne semblait pas tant descendre qu’engloutir lentement les montagnes à partir de leur base, comme si la terre elle-même diffusait les ténèbres. J’ai frissonné très légèrement de peur en entendant le premier appel de l’effraie qui vit dans les trous qu’elle creuse à l’intérieur du cactus saguaro. J’avais déjà campé là plusieurs fois, et toujours ce frisson me saisissait quand je ressentais l’immense étrangeté du paysage. Je n’avais jamais rencontré personne ici. Les éléments qui constituaient mon moi étaient livrés au désert, au quartier de lune et aux constellations de l’été qui apparaissaient lentement dans le ciel.

Comme j’avais toute la nuit devant moi pour regarder les étoiles, je me suis levée du lit de camp afin d’allumer un feu. Un scorpion, parent plus inamical de la crevette, a détalé pour échapper aux flammes. Je me suis retenue de lui dire bonsoir, à lui ou au coyote que j’entendais à quelques miles au sud. Malgré ma faim, je ne mangeais jamais quand je dormais là, désireuse de rester éveillée le plus longtemps possible pour regarder les étoiles. C’est oncle Paul qui m’a présenté les deux hommes qui m’ont fait connaître cet endroit. Mes yeux ont quitté le feu qui commençait de prendre, mon regard s’est levé et j’ai pensé à un passage d’un essai de Lorca : « La nuit énorme qui se déhanche contre la Voie Lactée » J‘ai baissé les yeux vers mon corps, mes bras, mon ventre et mes cuisses dorés par la lumière du feu. J’aimais infiniment la vie, mais rien en moi ne regrettait de vieillir. Quand je me suis allongée sur le lit de camp, j’étais en proie à une excitation physique aussi intense qu’inexplicable. J’ai senti une brise presque imperceptible me frôler les pieds puis remonter le long de mon corps. Je me refusais à reconnaître les effets évidents de cette nuit de juin sous cette latitude – curieuse manière qu’ont nos émotions de nous cacher certaines informations. »

Commentaire de Juliette

J’ai beaucoup aimé ce livre, le plus abouti du grand romancier américain Jim Harrison. A travers la vie de son héroïne, Dalva mi indienne mi blanche, femme de quarante cinq ans, meurtrie par la vie mais douée d’une ferveur, d’une sensualité et d’un amour poignant pour les terres sauvages du Michigan, Harrison met en scène le mythe du « Jardin d’Eden »sur fond de génocide de la nation indienne, dans un style extraordinaire de lyrisme de violence et de pudeur susceptible de déclencher chez ses lecteurs une rare émotion. L’édition lue: Chez Christian Bourgeois (1987).

Meilleurs mots lus #8

Guess Who – Extrait de « Les Amants d’ailleurs », de Siham Issami

Siham Issami

IX

Ce silence veille sur eux
Seul refuge de ces choses fugitives
Qui ne supportent pas d’être nommées, quand les noms tuent, et comme ils tuent parfois
Qui succombe sitôt définies ou prononcées
Evanouises sitôt vues
Des choses à l’abord périlleux, d’une fragilité précieuse
Comme l’aile fine d’un papillon qu’il ne faut caresser que des yeux, et être prudent tant le regard peut blesser.
Qui dans la main, vous alisse une poudre lumineuse, trace, passage de ce qui est au-delà de toute captivité, même celle des mots<

Le nom tue, le regard blesse, le toucher brise… que faire ?
Renoncer à ses sens et rentrer dans le silence
Un silence bienveillant
Ne pas dire pour continuer à être…
Quand « le mot » est l’arrêt, la fin, le bord du néant
Quand « le mot » est l’effondrement, la ruine

Mais, il arrive que le silence craque, se fracasse comme un château de cristal qui succombe sous le poids de sa transparence

Se taire… se taire avec des mots, ces mots, jetons de mots qui habitent l’espace séparant silence et parole, un lieux en éternel midi, en apesanteurs, sans lumières ni ombres, sans portées, sans poids, sans impact, sans mots justement
Culbutes de mots arrêtés en pleine fougue dont on n’aperçoit que l’impact de leur chute, un creux sombre granulé
Des mots qui ont perdu leurs formes, eux mêmes perdus comme la voix désespérée du ciel qui ne connaît aucune destination, ni ancienne bouche pour y retourner, mais sans bruit, sans lumière.

Entre elle et lui, des yeux fermés, une bouche perdue que cherche son visage et quatre mains agrippées au vide.

Commentaire de Guess Who

Vous rentrez dans votre librairie favorite, celle que sent bon la colle… vous faites le tour des nouveaux romans, des derniers essais politiques, vous jettez un coup d’œil au dernier roman policier de l’auteur à la mode, et avant de passer à la caisse vous passez pas loin du rayoj poésie.
Un tout petit livre attire votre attention, vous le prenez et lisez en diagonale quelques lignes; assez pour vous dire, tiens, pas mal… et en sortant il se trouve parmi tous les autres livres que vous avez acheté.
Ce petit livre, je l’ai pris souvent avec moi en voyage avec l’intention de le lire le soir à l’hôtel… mais ce n’est qu’avant hier, dans un troquet d’Amsterdam, un verre de genièvre à la main alors qu’il pleuvait dehors, que j’ai ouvert ce petit recueil de vers en prose par Siham Issami… ouvert, et je n’ai pas pu m’arrêter avant la fin !

J’avais trouvé mon texte pour le concours à UU !!!

Siham Issami, est une jeune femme marocaine qui a finit ses études de sciences à l’université de Rabat en 2001. Elle fait partie de la jeune génération de poètes marocains d’expression française et ce recueil « Les Amants d’ailleurs » est son premier coup d’essai … si si !

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12 commentaires sur “Meilleurs Mots lUUs #7 et #8: Juliette et Guess Who

  1. Juliette:
    Bravo pour Harrison, choix fort bon, bien que réitéré semble-t-il.

    Poétique de l´espace, sensualité de l´univers.

    Une belle (re) découverte.

    Merci Juliette.

    La perfection avec Guess who.

    Sublime texte. Un coup de coeur partagé. Le texte de Guess Who
    est très beau…
    « Les Amants d´ailleurs », de Siham Issami
    Merci guess… Ca me donne envie de discuter avec toi !

    AMitiés bloguesques

    Augustin

    PS: Mon com sur ma participation au jUUry ici:

    http://augustindercrois.canalblog.com/archives/2006/11/16/3180338.html#comments

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  2. Ca fait du bien de lire de la belle littérature ! Je vote pour Dalva la magnétique évidemment – ah bon c’est pas comme au PS, tous les militants ont pas le droit de vote à égalité ?? Sans blague, si jamais vous aviez pas bien saisi le matraquage : Dalva est un livre à lire absolument et en entier.

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  3. J’ai déjà exprimé que ça volait très haut, dans les sélections, mais là, celui de Guess Who, je fonds littéralement. Ou devrais-je écrire poétiquement. D’une ligne à l’autre, que des caresses pour l’âme et le cœur… Magnifique. L’avais lu ce matin, le relis ce soir, et les impressions sont encore tout aussi fortes en douceur…

    Toutefois, si les scènes racontées par Harrison sont toutes de cette eau-là, de belle incarnation, on a envie de lire.

    Je n’avais pas fait de commentaire sur les premières participations (y a des jours comme ça où je n’ai pas la dent commentateuse), mais je dois dire que jusqu’ici, les choix de Chapeautée, Bourrique et GuessWho comptent dans mes préférences, sans rien enlever à ceux des autres, question de sensibilité. Si j’étais jUUry, mes critères tenteraient d’aller un peu plus au-delà du cœur, mais justement, j’le suis pô!

    Sinon, c’est pas pour la ramener, mais pour ceux qui sont venus lire ma note du jour, personne n’a manifesté qu’il avait une aussi grande connaisance des lettres françaises que je l’aurais cru… On peut plus ou moins estimer ce que j’ai écrit, mais ne pas s’être rendu compte de qui j’avais… plagié… mazette!!

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  4. j’aime beaucoup Harrison mais le choix de Guess who me met en état de vénération totale, délicate. Si je pouvais voter.
    Et c’est le début de ma cure de détente dans la détresse d’une autre vote. Merci à la beauté

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  5. Je demande officiellement l’exclusion de Guess Who du coucoUUrs pour dopage… un texte d’une telle dimension poétique choisi dans un « troquet » en Hollande, cela ne me parait pas très clean ;o) !

    Et puis en plus cela fera un candidat TRES sérieux de moins…

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  6. Brig’, LaParizienne et Marie-Dan’>> Vous pourrez toutes voter lors du dernier texte publié. Il y aura un temps alloué au vote d’un jUUry popUUlaire !

    Le jUUry officiel des Meilleurs Mots lUUs a récemment entériné [off-line] la création, en plus de l’officiel BloGoncourt, d’un Prix Spécial Populaire !

    Rendez-vous donc [environ début décembre] pour ce vote collectif et pUUblic !

    jmesuiléssépoucélacravat’>> Ouh la la, je crois que ça va pas être possible. Parce que, sur le papier c’est en fait possible, mais en tout cas, ça va coûter vraiment très cher… héhé ;o) Chauffe l’Amex, l’ami… [ou bien donne moi les coordonnées directement de ton compte sUUisse ;o)]

    Elisanne>> Oui, c’est assez fortiche cette année là… J’ai aussi du mal à noter… Mais ce sont là deux très bonnes propositions !

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  7. Ah non non non, jmesuiléssépoucélacravat, l’exclusion de Guess Who du coucoUUrs pour dopage is completely out of question (même si j’fais pas partie du jUUry, pis que j’ai pô de carte Amex à faire chaUUffer). Salsifis, j’voterais pour légaliser le dopage, si la dope était garantie Top Qualité de telle sorte!

    (UU, dû à un concours de circonstances – tu as lu CKCK qui, hier, avait lu Passou… -, j’ai consacré ma note du jour à Hrundi. Mais ChoUUpi ne perd rien pour attendre, ni ta Douce ni toi, you’ll SEE! Je l’aurais fait bien avant si j’avais été en forme, mais là, d’ici l’an prochain… nah! bien avant ça, mais pas demain. Bises à vous trois.)

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  8. Yeahhh La Poésie vaincra !
    Le monde appartient aux poètes, à bas les amex !

    Vous allez rigoler et ne pas me croire, mais pendant ce voyage là, quelques petits soucis m’ont copnduit à faire opposition sur mon … amex !

    Et tu as raison Jemesuilesseetcetc, la douce béatitude provoqué par le genièvre rend ce poème encore plus beau…

    Ceci dit, comme MOI, je suis INCORRUPTIBLE, je vais avoir du mal à ne pas mettre Juliette sur un piédestal et aller dare dare acheter ce livre de Harrison

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