Meilleurs Mots lUUs #15 et #16: Fred [de Toulouse] et Dom’

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs touche à sa fin… Sgjc, Marine, il est encore temps si vous voulez participer ! Après la livraison de ce jour, seront publiés dans l’ordre, Candide et Marie-Dan’ le 28/11, puis Ossiane et Annie-Claude le 29/11. Si je ne reçois pas d’autres Mots lUUs, je clôturerai l’édition 2006 avec douce Marie et moi-même. Le règlement (pour les retardataires) est toujours …]
[Addendum: Pour ma part, je pars demain matin en déplacement professionnel à Chicago pour la semaine, puis le week-end à San Diego chez… ZeBigBro ! En mon absence, les notes vont se publier automatiquement sur le blog les jours prévus. J’essaierai de poster une note de Chicago en fin de semaine… Take care, folks ! ].

Aujourd’hui, une livraison de Mots lUUs qui me trouble et me tient à coeur.

Me trouble par la coïncidence des dates, autour des années 1860 pour les deux. [Personne ne me fera croire que le hasard existe…].

Me tient à coeur aussi car les deux extraits ont un écho particulier.

Les Lettres de mon Moulin, je les avais oubliés jusqu’à ce que cet extrait de Fred [de Toulouse] me soit envoyé. Et pourtant !… Alphonse Daudet figure ainsi avec Marcel Pagnol parmi les auteurs inévitables pour les écoliers du Sud de la France [le Sud commençant soit à Orléans, soit à Montauban ou encore Montélimar en fonction des familles et de leur vision du monde… ;o)]. Je me rappelle même aujourd’hui avoir fait un voyage de classe en primaire pour aller voir ce fameux moulin… Et cet extrait me fait particulièrement plaisir car aujourd’hui, je retrouve une certaine idée du bonheur de l’enfance à chaque fois que je cours dans le parc au pied de chez nous et que je vois ces petites queues blanches détaler en vitesse devant moi…

Quant à l’extrait de Dom’, qui n’a rien à voir, il me touche profondément par l’humanité qui s’en dégage. A premier abord, c’est un texte descriptif, relativement simple. En deuxième lecture, c’est l’horreur – face cachée du mythe de la conquête de l’Ouest – qui se montre petit à petit. Et le commentaire de Dom’ finit d’enfoncer ce couteau dans cette plaie béante de notre bestialité moderne… Et dire que dans moins d’une semaine, je remets mes pieds en Californie…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Nouveau sondage ad hoc à droite…

Meilleurs mots lus #15

Fred [de Toulouse] – Extrait de « Lettres de mon Moulin », d’Alphonse Daudet (1866)

« Ce sont les lapins qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins… La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espère bien qu’ils reviendront. »

Commentaire de Fred [de Toulouse]

Dans le cadre professionnel, j’ai fait la rencontre de Laetitia, graphiste de son état. Pour mon plus grand plaisir, sans le savoir, en m’offrant « Lettres de mon Moulin », elle m’a offert des souvenirs d’enfance. Ahhh très chères dictées…

Clin d’oeil 😉

rêveur
Uunivers Uunique
hUumeur homérique

Uu elle aime
l’Uutopie des vols
d’Uurubus frivoles

Uu aime TS
Uunion underground
penseur de nos maux

voyageur
HUulule à tue-tête
d’oniriques mots

Meilleurs mots lus #16

Dom’ – Extrait de « Ishi », de Théodora Krober [chez Plon Terre Humaine]

« Ishi entre dans notre vie à tous à l’aube du 29 août 1911, par la cour d’un abattoir. Le brusque aboiement des chiens tire les bouchers de leur sommeil. Dans le jour qui se lève, on distingue un homme traqué, tapi contre la barrière du corral. C’est Ishi.

On calme les chiens. Quelqu’un se précipite pour téléphoner au shérif d’Oroville, à cinq kilomètres de là. « Nous avons capturé un sauvage. Venez. Nous ne savons pas quoi en faire. » Bientôt, le shérif et ses adjoints arrivent. Ils s’approchent du corral, prêts à tirer. Mais le sauvage n’offre aucune résistance et se laisse passer les menottes sans broncher.

J.B Webber, le shérif, voit bien qu’il a devant lui un indien épuisé et terrorisé, mais il ne peut rien en tirer : son prisonnier ne comprend pas un mot d’anglais. Ne sachant que faire de lui, il lui fait signe de monter dans sa voiture à cheval s’installe à côté de lui avec ses adjoints et retourne à Oroville, où se trouve la prison du comté. L’indien est enfermé dans la cellule réservée aux fous. Le shérif Webber se dit que là, au moins, pendant qu’il examinera le cas de son prisonnier, celui-ci sera à l’abri de la curiosité malsaine des habitants de la ville et des gens qui affluent déjà de toute la région pour voir le sauvage.

Le sauvage, émacié par les privations, les cheveux flambés court, était nu sous un morceau de toile de tente déchirée, un pan de capote de chariot qui lui tombait des épaules comme un poncho. Taille moyenne. Des os longs, droits, robustes sans être lourds, qui saillaient douloureusement. Une peau d’une teinte légèrement plus pâle que la profonde couleur de cuivre caractéristique de la plupart des indiens. Des yeux noirs, sur leur garde, bien espacés dans un large visage, une bouche charnue et d’un dessin agréable. Quant au reste, l’extrême épuisement et la terreur de l’Indien, tout en figeant la mobilité de l’expression, ne faisaient que souligner une sensibilité toujours présente. »

Commentaire de Dom’

Cet homme, ce « sauvage », c’est le dernier des indien yana. Il était né vers 1860, et à cette époque les siens étaient plus de 2000 dans cette région de la Californie. En 1911, il est le dernier survivant d’une extermination systématique. Quelques jours après son arrestation, on va s’apercevoir que personne ne parle plus sa langue. Il est seul au monde, plus seul que personne ne l’a jamais été. Deux ethnologues vont le recueillir à l’université de Californie : ils seront ses derniers et seuls amis. Mais quand Ishi mourra, après leur avoir raconté son histoire, ils ne réussiront pas à empêcher les scientifiques de conserver le crâne de l’indien au musée. Ce musée d’anthropologie qui lui foutait la trouille avec tous ces objets de son peuple qu’il savait sacrés et ces ossements dans les vitrines.
Ce livre est magnifique et terrible, comme beaucoup de la collection Terre Humaine, il nous raconte la tragédie que fut si souvent la rencontre avec l’homme blanc. Ce n’est pas de la littérature, ni de l’histoire, juste des récits, des témoignages, une vision intérieure de cette confrontation.
Ah, oui, j’oubliais. Il n’a jamais voulu dire son nom, le vrai : Ishi, ça veut seulement dire homme, dans sa langue.

8 commentaires sur “Meilleurs Mots lUUs #15 et #16: Fred [de Toulouse] et Dom’

  1. Bon Vent to the windy city 😉
    J’adore San Diego, il y a un festival d’opera dement la-bas
    Desole pour les meilleurs mots lus mais je ne desespere pas de participer un jour, trop de taf dernierement 😦

    Bisous les UUs xxx

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  2. pour 11% des sondés 2007 est synonyme de voyage au Marquises… encore une preuve qu’il ne faut pas trop croire au sondage!
    Bon voyage aux States… ta première semaine sans Choupi! Courage!

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  3. 11% de 14 votants = 1,5 personne !
    En gros, c’est moi qui ai voté, et Choupi [la moitié d’une place en avion ;o)].

    Non, c’est cohérent comme sondage. D’ailleurs, Ségo est bien passée finalement…

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  4. bon Daudet à la rigueur, pour les souvenirs d’enfance moi aussi, mais pas Pagnol !
    merci de m’avoir rappelé Ishi (comme souvent dans les livres de la collection je n’avais pas retenu le nom de l’auteur). J’aime ce ton détaché mais pas froid des ethnologues

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  5. Le commentaire que fait Dom place l’extrait dans son contexte et lui donne tout son sens … être le dernier homme de son espèce! Quelle immense et infinie solitude il a du ressentir! C’est terrible!

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  6. Ah Daudet et ses Lettres, c’est également un souvenir d’enfance, pour moi. Pagnol, je ne l’ai découvert que par des films, beaucoup plus tard, alors que devenue urbaine, mais dans ma Gaspésie natale, petit bout de femme pas plus haute que trois pommes, je me revois, ravie, tenant un grand grand (pour la petite) livre illustré des Lettres de mon moulin… Le charme agit toujours sur moi, merci à Fred!

    Je serais curieuse de savoir si, à notre époque, des enfants nés en ville et ne connaissant guère la campagne seraient intéressés par de pareilles histoires?

    Avec l’extrait de Dom, la curiosité est pîquée, d’autant plus quand on est sensible à la disparition des langues, de modes de vie, de cultures, d’espèces animales, de… Well, you got the picture, I think! Faudrait que je fouille dans mes notes, mais dans un cours traitant de l’interculturel, nous avions visionné un documentaire montrant un Indien que des Blancs, des chercheurs, avaient ramené avec eux, à la civilisation, l’exhibant, Quelle désolation… Je vérifie ça, et vous en recause. En tout cas, si la collection Terre humaine est de la même eau que cet extrait, je m’y colle!

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  7. Je ne goûte guère le provincialisme faussement bonhomme de Daudet, ce réctionnaire extrême et peu amène duant aux idées. Je lui préfère Giono. On ne se refait pas.

    Très beau texte de Dom, dont le propos est grave et saisissant.

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