Apothéose au féminin pour ce dernier Devoir de Vacances. Mais je vous rassure tout de suite. L’aventure des MAC continue… Mireille from London a déjà réservé. Who’s next ?… Je vous rappelle : il suffit de m’envoyer une photo de pieds, un MAC quoi. Et je me charge du reste (le texte qui l’accompagne…). ;o)
Un devoir collectif au féminin, cette fois. Après l’épopée masculine du précédent Devoir de Vacances (le #16, vous vous rappelez ?), Virgile-Virginie, comtessa Piumalvento et Sic m’ont envoyé leurs MAC de vacances. Place aux dames…
On est dimanche. Prenez le temps… ;o)
Sujet du devoir du jour : Beauté de la vieillesse
Djamilia était née avec la beauté du monde sur son visage. Elle avait grandi dans le bruit de l’existence tumultueuse. Nageant à contre-courant. S’abreuvant de l’eau déversée par les âmes en peine.
Survivre. Et se construire une vie, une vraie.
Solide comme ces galets qui résistent au temps. Aux temps. Au mauvais temps. Au piétinement. Enfant, elle rêvait de dolce vita. Adulte, elle rêvait toujours. Debout. Grande. Forte. Face à tout ce qui a voulu la mettre à terre. Seule, sans son père.
Se relever. Aller plus loin dans sa vie. Marcher. Aller de l’avant. Avec entrain. Avec passion. Avec séduction. Drame à l’italienne ou commedia dell’arte ? Le bruit des talons aiguilles qui s’approchent. Qui résonnent. Qui sonnent. Qui effleurent à la recherche de l’âme soeur. Déjà dans les vitrines de la grande ville.
Hésiter. Ne plus savoir où aller. Des journées entières à se prélasser. Soleil caressant. Fontaine vivifiante. La douce vie, dont elle rêvait enfant, s’installait, anesthésiante. Aller et venir. Aller sans avoir rien à dire.
Mais l’heure du choix était venu. Le choix d’une direction. D’un sens. Eviter le sens interdit. Préférer le sens de sa vie. Devenue quête. Non pas du saint Graal. Trop facile… La quête du bonheur éternel. C’est décidé. Aujourd’hui, après l’église, elle mettra les voiles. S’y enveloppera. S’y cachera.
Juste le temps de dire adieu au monde connu. A celle qui a toujours cru en elle. Celle qui a toujours été son amie, sa fille et sa mère. Celle qui savait tout. Qui comprenait tout. Sauf aujourd’hui. « Pourquoi partir maintenant ? ». « Parce qu’il le faut. Parce que j’ai entendu le vent souffler au creux de mon oreille quel sera mon destin ».
Le vent l’emporte ainsi vers sa terre promise. Retourner à l’Origine du monde. Là où les choses sont, ont été et puis seront. Une terre forcément brute, pensait-elle. Abrupte. Brutale. Inhospitalière. Violente. Il n’en sera rien : ce sera une terre d’accueil. Où l’on recueille les restes d’une humanité perdue. Des restes servis pour l’ultime Cène. Au crépuscule de notre ère.
Elle débarque dans un autre monde. Elle le découvre jour après jour. Un monde humain.
Profondément humain. L’Asie Centrale. Le pays kirghize. Centre du monde. L’appel de ses origines premières. Retour aux sources. Aux origines du monde. A la chose essentielle. A la source du temps. Remonter le temps. Avec une monture. Et chevaucher le temps. A sa recherche. Mais que cherche-t-elle vraiment ? Le temps est déjà perdu. Cette quête semble perdue d’avance.
De sommet en sommet. De col en col. Parfois dominant les nuages. Elle galope.
Altière face au défi céleste. Elle vole littéralement sur son dextrier. Parfois, elle redescend. Sur Terre. Parmi les hommes. Se laisse glisser sur la pente de la montagne. Doucement. Douceureusement. Bienheureusement. Comme un nuage caressant. Pente glissante. Sans retour. Pente de la vie qui vous échappe, inexorablement comme ce sable entre vos doigts.
Une chevauchée par monts et par vaux. Haletante. Soudain, l’arrêt. La rencontre. La fin de la quête. Le charmeur de vents…
Je m’approche à pas feutrés. Ecartant les cailloux de mon chemin. M’efforçant de fondre le bruit de mes pas dans le silence de la terre. A nouveau, ce vent qui me parle. Ce vent qui m’avait déjà soufflé la teneur de mon destin. Puis il raconte au creux de mon oreille l’histoire de cet homme, posté sur sa butte face à l’immensité des choses. Sentinelle du temps. Veilleur de l’humanité toute entière. Ah ce charmeur de vents… Qui les a domptés. Caressés. Tutoyés. Charmer le vent, c’est devenir l’égal d’un Dieu. Envoûtant… Je suis charmée à mon tour… Soudain amoureuse… Et je deviens Déesse au côté de ce Dieu, charmeur de vents.
Des siècles et des siècles passent. Même les Déesses prennent le trait de la vieillesse. Mais elles gardent le trait de leur beauté originelle. Rides du temps. Crevasses à même la peau. Comme des racines qui s’étirent sur mon visage-tronc. Comme pour mieux enraciner la beauté de ce monde. Ma quête du bonheur éternel a pris le masque de la beauté du temps qui passe… Ah… beauté de ma vieillesse.
Mention concernant les élèves Virginie-Virgile, comtessa Piumalvento et Sic :
Tout le monde le sait. Les meilleures notes en classe, c’est toujours les filles qui les ont ! Et ce n’est pas prêt de changer… ;o)
Crédits photographiques :
– 1ère photo : comtessa Piumalvento au pays de la dolce vita
– 2ème photo : Virginie-Virgile dans le Sud de la France (enfin, je crois)
– Les 4 suivantes : comtessa Piumalvento au pays de la dolce vita
– Les 5 dernières : Sic en contrée kirghize
Merci à toutes les trois d’avoir joué le jeu des Devoirs de Vacances. Je suis infiniment flatté que vous (ainsi que tous ceux qui ont déjà participé aux Devoirs de Vacances) ayez eu cette petite pensée, ce petit déclic photographique à destination de ce blog. Bises et gratitude. ;o)
Explication sur l’exégèse kirghize :
Un remerciement appuyé, circonstancié et remarqué pour Sic. Elle avait joint à ses photos de MAC un magnifique texte d’un auteur kirghize, mondialement connu et reconnu (apparemment !) : Tchinghiz Aïtmatov. Je vous le livre ci-dessous. C’est lui qui m’a inspiré pour la rédaction de cette histoire. Ce texte devait accompagner sa photo de l’homme solitaire, posté sur sa butte kirghize. Celui que j’ai nommé « charmeur de vents ». Pour la beauté de son texte, la dérogation à la publication de photos non-MAC (le portrait de la vieille femme kirghize et l’homme solitaire sur sa butte) dans ce Devoir de Vacances s’imposait tout naturellement…
« Et soudain, tout me devint compréhensible, toutes ces étrangetés qui avaient engendré chez les gens et doutes et moqueries: sa tendance à la rêverie, son goût de la solitude, son caractère taciturne. Je comprenais maintenant pourquoi il dépensait des soirs entiers sur la "butte des sentinelles", et pourquoi il demeurait seul la nuit près de la rivière, pourquoi constamment il tendait l’oreille à des sons pour les autres imperceptibles, et pourquoi soudain il avait les yeux qui s’allumaient, et s’envolaient ses sourcils, d’habitude sur la réserve. C’était un homme profondément amoureux. Et amoureux, il l’était, je le sentais bien, pas seulement d’un autre être humain: il s’agissait là de je ne sais quel amour tout autre, d’un énorme amour, de la vie, de la terre. » . [Extrait de “Djamilia”, roman écrit par Tchinghiz Aïtmatov en 1959. « Le plus beau roman d’amour du monde », selon Aragon…]
Réflexion sur le Devoir de Vacances que j’ai écrit aujourd’hui :
J’ai essayé de faire en sorte que chaque paragraphe soit une correspondance (*) quignardesque avec son MAC, sa photo. Une bien prétentieuse entreprise… ;o) *Essayer* ne veut pas dire *réussir*.
Assonances, allitérations, jeux de mots, jeux de mains sur mon clavier, jeux de pieds…
Ce genre de texte est comme un chemin dans mon esprit. Dédale neuronal. Chaque MAC que vous m’envoyez est une invitation au voyage. Mon voyage intérieur. Dans les méandres de l’écriture fictionnelle. Il est vrai que mes associations d’idées ne tiennent parfois qu’à un fil. Un mot. Une image.
Mais allez donc voir « là bas » si j’y suis… Je vous y accueillerai les bras ouverts, en toute amitié et en toute simplicité. « Là bas », dans cet espace où mes projections imaginaires forment une mosaïque multicolore de choses lues, vues, entendues, vécues. Sur plusieurs continents, en plusieurs langues et dans plusieurs vies.
Comme je l’ai déjà écrit sur ce blog, il me tient à cœur de prendre le temps de chérir ces MAC que vous m’envoyez. D’où, ce temps, qui peut parfois paraître infiniment long, pour les publier… Le temps de mon inspiration. Le temps de l’expiration aussi ou plus exactement le temps de l’ex-pectoration de mon inspiration (pour reprendre un mot que m’a un jour écrit, très gentiment comme toujours, l’ami di Brazza).
Ah ces MAC que je continue à m’émerveiller de recevoir… ;o)
Be cool, be open.
UU
(*) « Correspondance » prise dans son assertion baudelairienne. Correspondance par les mots pour évoquer, rendre sensible des liens cachés, des liens secrets. Comme dans la « Vie secrète » de Pascal Quignard, que je suis en train de lire. Doucement. Tranquillement. De savourer, devrais-je plutôt écrire : à lire, au coin d’une cheminée, with a cup of tea…
ps : Bon, pour ceux de mes lecteurs que ça rebute de lire des notes aussi longues. J’ai deux choses à leur dire pour les rassurer:
1/ Y en a d’autres qui en font des plus longues (Virginie-Virgile, brillamment d’ailleurs).
2/ Je ne pourrai pas poster ce genre de notes tous les jours non plus. Le temps m’en manquerait… ;o)