L’odorat… Certainement, le sens le plus stimulé lorsque vous faites une randonnée dans le Luberon !
Ce Luberon olfactif est pluriel : il vous apportera son lot d’odeurs, de parfums et d’arômes, tous différents selon la saison, la température de l’air et la douceur du vent. Mille senteurs, aurais-je envie d’écrire… Souvent puissantes, très aromatiques, passionnées même.
Commençons par l’odeur doucement mielleuse des genêts qui embaument l’air des chaudes fins d’après midi d’été.
Et puis ces randonnées qui nous mènent à travers les océans de lavande, tapissant le plateau de Sault, face à Albion la belliqueuse. Ces bouquets ronds comme autant de boules mauves alignées à l’infini gravent nos mains de sillons fortement odorants – entre fin Juin et début Août seulement.
Qui n’a jamais marché sur de grands tapis de thym en fleur n’a certainement pas encore connu l’ivresse olfactive… Enivrantes, les effluves qui se dégagent de la fleur de thym… Et quand c’est sur des centaines de ces fleurs que vous foulez vos pas, vos yeux se ferment, comme par magie, comme pour mieux apprécier le voyage auquel elles vous convient.
Le romarin maintenant : inséparable de la Provence également. Sa fleur dégage aussi un parfum très chaud… J’en ai toujours un brin dans ma poche, cueilli à même la roche, que je trifouille, que je farfouille du bout des doigts en permanence pour les porter ensuite à mon nez. Quel plaisir de marcher ainsi, le nez grand ouvert à la proue du navire que vous portez sur vos jambes, tremblantes d’émotions à chaque nouveau pas dans ce Luberon sensible.
Je ne pourrais finir cette promenade sans évoquer le figuier, ses fruits charnus et ses grandes feuilles qui laissent échapper une aura olfactive discrète, un peu coquette mais si envoûtante. Souvent, on le découvre au nez, par hasard, comme une rencontre inattendue, en tournant avidement la tête à la recherche de son parfum subtil qui est toujours en filigrane, jamais sur le devant de la scène… Mais d’où peut bien venir cette senteur si familière du figuier ? Et là, dans un recoin rocheux, on voit ses racines, puis son tronc et enfin ses feuilles, en train de se reconstruire une nouvelle vie sur un mur, un peu croulant, de pierres sèches.
Je pourrais aussi évoquer toutes ces autres plantes méditerranéennes, anonymes pour la plupart d’entre nous, mais qui contribuent elles aussi à ce feu d’artifice auquel notre nez assiste, impuissant mais heureux (et ce dès la sortie de la gare TGV d’Avignon, n’est pas JPC ?)…
L’extrait que je vous propose aujourd’hui, toujours de François et Claude Morenas, est une belle balade à faire, au printemps lorsque tout le Luberon est en fleurs, c’est à dire au début du mois de Mai. Le Mai, le joli Mai… Ivresse des yeux, ivresse du nez, ivresse des sens…
Be cool, be open.
UU
Luberon – 5ème promenade : l’ODORAT
[‘Les gorges de Badarel’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]
Dominant le cours, banc de pierre et romarin en fleurs, le vieux village des Taillades se dresse, prolongeant la muraille de roche, profil des murs arasé, tranché dans le vif. La taille de la pierre a construit des ruines à pans vigoureux, fenêtres de ciel, niches où s’accrochent les giroflées, château creusé pour la belle étoile, où l’on pénètre sous une arche aux voussoirs hauts perchés. En piaillements aigres, les merles font une ventrée de baies bleues dans le lierre. Demeures nobles, cyprès, contreforts, anges sculptés, banc, puits, margelle et amandiers fleuris, arcs et porches. (…)
Le vent emporte la poussière de pollen, nuage de soufre au cyprès. Perfection que l’on croyait grecque. Fleurs cultivées à profusion, violettes, pervenches, iris, jonquilles, viornes, lavandes, yucca et corbeille d’argent. Mésanges. Le regard plonge dans les cours, tuiles rondes, terrasses dallées de pierre et carrelages cuits comme un bon pain.
Les figuiers et les pins éclatent dans les fissures et couronnent les pans de murs, minéral et végétal sans frontière.
Marcher à pas lent, ou l’été les pieds nus, pour n’être qu’une forme de vie parmi les autres et écouter le merle moduler une longue phrase comme un chant de victoire, gonflé de joie, gonflé de ciel bleu, les yeux sur le Luberon, vers les rochers qui cachent la Brèche. Et la plaine (…). Puis c’est une descente assez malaisée mais jamais dangereuse, traces perdues et retrouvées d’anciens sentiers muletiers, à peine devinés, que l’on sent avec un peu de flair plus qu’on ne les voit.