Luberon 2007 #4: Pleurer un homme

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Introduction: Au sujet de François Morenas, (re)lire cette précédente note écrite le surlendemain de sa disparition.

Il y a des choses dans la vie que nous faisons [tous] [plus ou moins] inconsciemment.

Celles-ci ne sont pas pour autant dénuées de sens.

Le choix du parcours pour notre unique grande randonnée du séjour n’était donc pas vraiment le fruit du hasard.

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Autant le dire simplement : je crois que nous cherchions François Morenas.

Son ombre.

Ses traces.

Ses pas.

Son visage.

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Nous avons d’abord tourné autour du plateau de Saignon, avant de nous rendre à l’auberge de jeunesse de Regain qu’il a tenu pendant plus de 50 [?] ans, avec son épouse Claude [qui avait la main sur l’écriture des guides].

C’est de cette auberge qu’étaient organisés les balisages du Luberon et des Monts de Vaucluse.

Pendant plus de 50 ans.

Un truc de dingue.

Artisanal.

Bénévole.

L’œuvre d’une vie.

L’œuvre d’un homme.

C’est cela que j’ai pleuré le soir même de cette randonnée lorsque j’y ai repensé avec douce Marie.

Entre le fromage et le dessert.

dsc_3156_29avril2007_saignon_nef.1180681763.JPGdsc_3147_29avril2007_saignon_nef.1180681642.JPGPrologue

Une page se tourne avec la disparition de François Morénas.

Une nouvelle s’ouvre.

Celle du blog de David L ., un ami de la vraie vie.

Celui là même qui nous a conseillé il y a près de 10 ans maintenant de suivre les sentiers de François Morénas.

Il nous avait alors prêté ses guides.

Et notre toute première randonnée démarrait alors de l’auberge de Regain, sur le plateau de Saignon.

Qui signa le début de notre attachement profond à cette terre et ses chemins de traverses.

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Be cool, be open.

UU

Légendes des photos (dans l’ordre)
– Tombe de François Morénas, au cimetière de Saignon [on y voit encore la gerbe que nous avons envoyé, avec le concours de David et Evelyne L.]
– 2 photos montrant la vue que l’on a de l’auberge de Regain – Vues sur l’autre rive de l’Aiguebrun
– 4 photos montrant l’auberge de Regain et ses alentours – Perle de verdure désormais paradis perdu
– Saignon et son rocher, dans toute leur splendeur de village perché

Luberon 2007 #3: Cités imaginaires

Quand j’étais petit, j’avais le vertige en regardant les fourmis.

Je me disais que si j’étais une fourmi, j’aurais eu très peur de ces humains géants qui ne cessaient de leur marcher dessus.

Aujourd’hui, je me dis que si j’avais été un papillon, j’aurais volontiers élu domicile dans ces jolies fleurs sauvages, aux profils fantastiques.

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Très bon ouikende à toutes et à tous, même s’il sera un peu plUUvieux…

Be cool, be open.

UU

Luberon 2007 #2: Les prairies du plateau de Saignon + jeu-concoUUrs

Le Luberon se vit différemment selon les saisons.

Le mois de Mai est celui des grandes prairies fleuries et verdoyantes.

C’est aussi la saison à laquelle on peut voir que Choupi est une fille. Vraiment.

Une vraie petite fille.Tout ce qu’il y a de plus « girly « .

Il n’y a qu’à voir la délicatesse avec laquelle elle cueille ces petites pâquerettes du plateau de Saignon

On se croirait déjà de retour dans « La petite maison dans la prairie « , vous ne trouvez pas ? ;o)

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Bande-son qui accompagne la photo:

1er extrait en mp3

2ème extrait en mp3

[NOTE : Suite à un problème technique inconnu, Choupi parle en… accéléré. Je vous invite donc à télécharger les fichiers audio sur votre disque dur local et les jouer avec votre lecteur MP3 préféré. Désolé, pas le temps de me pencher sur cet incident technique indépendant de ma volonté. ;o)]

Je vous propose à l’occasion de cette note [et pour vous occuper 2 ou 3 jours d’ici la prochaine note] le concoUUrs sUUivant:

– Ecouter le premier extrait audio…

– … et retranscrire le plus fidèlement possible [phonétiquement donc] ces quelques secondes

Question subsidiaire pour départager les finalistes:

– Mais que veulent bien dire ces charmants monologues enfantins ?

On a beau lui causer un peu tous les jours, douce Marie et moi. On ne comprend pas toujours tout… Merci de nous aider un peu… héhé ;o)

Bonne fin de ouik’ à toutes et à tous.

Be cool, be open.

UU

Note 1: L’idée de ce jeu-concoUUrs est venu tout juste hier, n’arrivant pas à nous mettre d’accord, douce Marie et moi, sur la restranscription phonétique de ces nouveaux babillages de Choupi depuis notre séjour dans le Luberon… ;o)

Note 2: J’ai failli oublier… On gagne quoi à ce jeu ? Ben euh… le respect de toute la blogosphère et la reconnaissance [quasi éternelle] de la part des parents… C’est pas mal, non ? ;o) [vous ne croyiez quand même pas qu’on allait offrir un séjour tous frais payés à la bastide de Gordes , non ?]

Note 3 [la minUUte cUUlturelle]: Le machin blanc, là bas, tout au fond de la photo. C’est une borie. Architecture typique et incontournable dans le Luberon. Une explication brève et claire sur ce site . Ma photo ci-dessus, de manière quasi subliminale, plante ainsi son décor… C’est y pas du bon boulot de photographe, ça ? ;o)

Luberon 2007 #1: Gentil coqu’licot, Mesdames

J’ai descendu dans mon jardin (x2)
Pour y cueillir du romarin.
Gentil coqu’licot, Mesdames,
Gentil coqu’licot, nouveau ! (refrain)

Un standard de la chanson française pour commencer cette série sur le Luberon, où nous étions lors d’un week-end de 1er Mai improvisé à la dernière seconde.

Retour aux sources.

Retour à l’enchantement du monde.

Retour à la beauté simple de la nature.

Certaines et certains seront étonnés ici que je publie sur mon blog alors que je fais depuis plusieurs semaines (et encore pour des mois et des mois , amen) les 35 heures tous les … deux jours.

Et bien, voilà, je fais de la résistance.

Résistance à l’abrutissement et au renfermement de soi. Et toc.

Ce n’est pas parce que j’ai du boulot à n’en savoir que faire de mes nuits [fort courtes] qu’il faut arrêter de vivre [bordel].

Alors, j’ai décidé le temps de quelques jours de re-publier régulièrement ici [combien de temps tiendrai-je sur le blog avec la charge de mon taf ?] un nouveau cycle sur le Luberon.

Je renouvelle mes excuses du peu de commentaires que j’ai pu faire ces derniers mois.

Ce n’est pas à mon habitude et cela me culpabilise finalement toujours autant de vous lire, fidèles commentatrices/eurs…

Mais voilà, le blog [encore une fois] s’impose à moi et je ne peux cesser de publier.

Bref.

Aujourd’hui: les coquelicots de Mai.

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On les trouve en plaine, dans le Luberon, parfois solitaires, parfois en champs entiers.

Explosion de couleur.

Explosion d’émotion.

Douce Marie et moi étions si heureux de montrer le Luberon à notre petite Choupi.

Comme à chaque fois que nous sommes « trop plein » de bonheur [euphémisme], douce Marie et moi nous tenions très forts dans les bras l’un de l’autre.

Ce qui est nouveau par rapport à nos précédents séjours dans le Luberon, c’est que dans nos bras, il y avait aussi Choupi.

Et ça faisait du bien, beaucoup de bien.

La chansonnette « Gentil Coquelicot » ne dit pas autre chose dans ses derniers vers:

Pour y cueillir du romarin (x2)
J’ n’en avais pas cueilli trois brins
Qu’un rossignol vint sur ma main
Il me dit trois mots en latin
Que les homm’s ne valent rien
Et les garçons encor bien moins !
Des dames, il ne me dit rien
Mais des d’moisell’ beaucoup de bien.

Be cool, be open.

UU

Luberon en deuil – La mort de François Morenas

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Note introductive : François Morenas et son épouse Claude ont ouvert il y a bien longtemps une auberge de jeunesse à Regain, près de Saignon dans le Luberon. Ils ont commencé à défricher et baliser les premiers sentiers de randonnée dans cette région il y a plus de 50 ans, étant tombés amoureux de pays. Ils ont édité de magnifiques guides de randonnées, peu diffusés en dehors du Vaucluse, sur le Luberon, les Monts de Vaucluse, le Mont Ventoux et le Colorado Provençal à Rustrel. Douce Marie et moi avons découvert sur les conseils d’amis [voir les remerciements en fin de note] ces guides voilà plus de 7 ans. Et chaque année, on fait un séjour plus ou moins prolongé [de 2 jours à 3 semaines] dans ce coin de paradis qu’est le Luberon des chemins de traverse.

La mort s’est invitée dans mon emploi du temps chargé.

Cette mort s’est imposée à moi et me pousse à sortir du silence auquel je devais m’astreindre cette semaine pour motif professionnel.

La mort est injuste. Même si – on le sait tous – son existence rend la vie d’autant plus précieuse. Phrase oxymore à laquelle on voudrait tant croire, en particulier aujourd’hui.

Mais aujourd’hui, je suis triste. Profondément triste.

Quelques larmes se bousculent derrière ma paupière.

Pour douce Marie aussi.

Je lui ai annoncé ce matin, au réveil. Avant l’arrivée de la nounou. Un peu comme si vous balanciez un éléphant dans un magasin de porcelaine…

Le choc est rude pour douce Marie et moi.

Mais ces larmes ne peuvent, ne veulent sortir.

Par pudeur peut-être.

Peut-être parce qu’on n’ose pas, tout simplement. N’étant pas dans l’entourage intime de François Morenas…

On l’a pourtant rencontré il y a 3 ou 4 ans. Lui et son épouse Claude Morenas. On a longuement discuté avec eux en cette fin d’après-midi du mois d’août. Surtout avec Claude à vrai dire.

François se reposait, à la suite d’un petit accident banal. Il faut dire que sa vue baissait à le rendre quasiment aveugle. Et il avait chuté tout simplement. Sur l’un des escaliers qui parsèment le terrain en plein pente près du lit de l’Aiguebrun.

Il allait avoir 90 ans à l’époque.

On tenait à les rencontrer pour les remercier de tant d’amour pour leur pays, leur royaume qui s’étalait du Luberon magique jusqu’aux splendides Monts de Vaucluse.

Les remercier pour ce qu’ils ont donné. Ce qu’ils nous ont donné. Le don de leur poésie et le partage de tant de beauté, avec nous, simples randonneurs anonymes.

On a appris à marcher avec François et Claude Morenas. Avant eux, nous n’aimions pas particulièrement la randonnée. Après eux [i.e. après avoir lu leur guide], nous ne savions plus marcher autrement qu’avec leurs mots dans la tête.

Une temporalité poétique pour marcher, tant dans l’espace que dans le temps.

Je vais vous avouer un secret de fabrique. Lorsque nous compulsions les guides de François et Claude Morenas, nous choisissions [on le fait encore aujourd’hui] la randonnée en fonction de la puissance poétique du texte qui accompagnait le parcours. Car c’était beaucoup plus qu’une simple liste d’indications topographiques pour se repérer.

L’émotion nous emplissait lorsque nos sensations, nos sens se mettaient à l’unisson de ce que l’on lisait dans le guide. Leur guide…

On en avait parfois la chair de poule tellement on pouvait être émus.

D’autres fois, douce Marie et moi devions nous serrer fort dans les bras l’un de l’autre pour ne pas être renversés par la vague de bonheur qui nous envahissait sur un de ces sentiers balisés par François Morenas.

Hommage donc à lui, François Morenas, le « Petit Prince » du Luberon aujourd’hui en deuil.

Et nos plus sincères condoléances à la grande dame qu’est Claude Morenas. Sans ses mots, nous n’aurions jamais vécu avec douce Marie ces moments qui font le bonheur des couples heureux, vraiment et profondément heureux.

Je dois arrêter là.

Car ça y est, les larmes me sont finalement venus. Et finalement, c’est très bien ainsi.

Be cool, be open.

UU

Note:
Pour lire ou relire une sélection personnelle d’extraits des guides de François et Claude Morenas, vous pouvez parcourir ce cycle de promenades sensorielles que j’ai publié l’année dernière sur ce blog.
La Vue
L’Ouïe
Le Toucher
Le Goût
L’Odorat
Le Sixième Sens

Remerciements:
– Encore une fois, mais on leur a déjà dit : Merci à David et Evelyne d’avoir partagé avec nous les guides de François et Claude Morenas voilà 7 ans.
– Merci infiniment à cette lectrice attentive de mon blog – Carolin – qui m’a averti hier par émile du décès de François Morenas. Merci de tant d’attention et de gentillesse.
– Merci à André, le frère de Claude, avec qui j’ai échangé ce matin au téléphone et qui a partagé ce matin avec beaucoup de gentillesse un peu d’intimité qui m’a fait chaud au coeur.

Il m’a chargé de transmettre ce message à toutes et à tous : Que celles et ceux qui veulent continuer à faire vivre la mémoire de François Morenas se manifestent. Ils ont besoin de volontaires – même que pour un seul jour, même avec une petite serpe – pour entretenir les sentiers secrets de François Morenas qui ne seront pas repris par le Parc Naturel Régional du Luberon. Contactez André à l’auberge de jeunesse de Regain. Tél: 04 90 74 39 34.

Informations complémentaires:
– Les obsèques ont lieu demain, jeudi 19 Octobre 2006, en l’église de Saignon (Vaucluse) à 10h30.
– Cliquer ici pour lire l’article publié dans la Provence dans son édition de lundi 16 Octobre 2006 [scan par Carolin sus-cité].
– Pour envoyer vos condoléances à Claude Morenas, écrivez lui encore à l’auberge de jeunesse de Regain, son frère André fera suivre [adresse: Auberge de jeunesse de Regain 84400 Saignon]
– Pour une gerbe de fleurs ou une carte, contacter les pompes funèbres AMIC à Apt. Tél: 04 90 04 79 45.

« A vous, François, qui avez su trouver des chemins secrets et magnifiques, à travers cette superbe région, où la nature vous enserre dans ses bras bienveillants.
Les randonneurs qui ont musardé avec délice sur ces chemins de traverse vous garderont dans leur coeur.
Merci encore pour votre passion que votre épouse Claude et vous avez su retranscrire dans vos guides. »
signée  douce Marie

MISE A JOUR DE LA NOTE (JUIN 2009) – Cérémonie d’hommage à Claude Morenas, en l’église de Saignon le lundi 29 juin 2009, à 10h.

A lire également: Une note écrite par Ibo, en hommage à Claude Morenas.

Luberon – 6ème promenade : le SIXIEME SENS

Aujourd’hui, s’achève le cycle sur les promenades sensorielles dans le Luberon.
Je dois dire que c’était avec une joie immense que je vous ai vu/lu m’accompagner ces jours-ci en ce lieu que j’aime tant (sweet mary bien sûr, mais aussi jmesuisléssépoucédéenvies2vacances, jpc, ludecrit, dibrazza, bourrique, merry, prof Hrundi, même le doc Huff s’est baladé avec nous ! et puis tous les anonymes qui se sont joints à nous sans se montrer…), le long des sentiers créés par François et Claude Morenas. Merci donc à vous tous d’avoir partagé ces moments sensibles.

Cette dernière étape à laquelle je vous convie aujourd’hui est particulière. Elle vise à vous faire sentir autre chose que les cinq sens traditionnels. Ma douce Marie et moi l’avons réellement vécu, sur le lieu même qui est décrit dans l’extrait ci-dessous, à la Roque des Bancs, lieu facile d’accès à partir de la touristique route forestière des Cèdres, sur les hauteurs de Bonnieux (si beau au soleil couchant). LuberonroqueLaquelle route forestière est un haut lieu de promenades familiales, sur une ligne de crête du Luberon, tellement carrossable que les poussettes se doublent allègrement, les talons féminins n’étant pas non plus absents.

Et là, derrière une citerne, un petit sentier discrètement balisé vous enfonce dans la forêt, à travers les bosquets odorants… Petit à petit, on ressent une atmosphère particulière, contraste étonnant entre le trafic piétonnier un peu dense en été de la route forestière et l’impression grandiose de recueillement à l’arrivée à la Roque des Bancs, la vue dégagée sur toute la vallée de la Durance jusqu’à l’étang de Berre, étoile tombée du ciel et encore scintillante à l’horizon, probablement jetée à terre par cet azur magnifique et plombant du mois d’Août.

Le silence se fait soudain. On pourrait presque entendre le battement d’ailes de l’aigle de Bonelli qui valse, seul, au dessus de la montagne. A terre, une trace en filigrane d’une récente présence humaine (un feu de bois éteint). Puis la perception de quelque chose d’étrange, comme un sixième sens… Nous nous sommes assis en regardant l’horizon. Nos cœurs se sont alors mis à battre plus lentement mais plus lourdement, en fait pour nous signaler que le Luberon venait de leur parler. Il (le Luberon) venait de nous murmurer que l’amour que ma douce Marie et moi lui vouons était partagé… On a été tellement heureux ce jour-là.

Be cool, be open.

UU

ps : Si vous voulez vous remémorer les 5 premières balades, cliquez là pour la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat

Luberon – 6ème promenade : le 6ème sens
Luberonmorenas_3[‘La Roque des Bancs’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Après le plateau de lapiaz et de buis rouge du Pré de Roustan où s’élèvent ça et là des bosquets de cèdres qui repeuplent dru, le sentier bien marqué dessine un virage et s’enfonce en direction de la falaise de Roque des Bancs qui se dresse, irradiant de soleil au cagnard de midi. (…)
Ce chemin large, inattendu, impressionne. Le silence est si grand qu’on peut marcher debout à l’intérieur sans le rompre. Pas un souffle d’air, seul un vrombissement double de mouches. L’atmosphère est masse d’inertie blanche. Des crottes dans le chemin disent passage paisible de sauvagine. Le fourré dense s’agite d’ailes à mon approche muette qui cherche à amortir l’événement de mon intrusion. Ne puis-je pas être une présence naturelle parmi d’autres ?
La falaise des rochers réverbère la chaleur qui annihile toute pensée autre qu’un bien-être, détente au cœur de cet hiver si doux comme un été. A l’extrémité de la falaise, sous une baume, des murs éboulés, ruines de bergerie, une provision de bois mort, des traces de feu, de chasseurs, sans doute.
De grosses touffes d’euphorbes se dressent dans l’herbe rase, silhouettes de palmiers sur leurs tiges rouges. Il faut s’asseoir là et rêver. Lieu magique et bucolique à la fois dans cette atmosphère mystérieuse, si particulière aux romans de Bosco, qui rend aux choses et aux gestes leurs forces vives, leur pouvoir neuf d’étrange, parce que regardés au delà des apparences.
Il faut attendre là, que le silence s’accomplisse, lent et inépuisable.

Luberon – 5ème promenade : l’ODORAT

L’odorat… Certainement, le sens le plus stimulé lorsque vous faites une randonnée dans le Luberon !

Ce Luberon olfactif est pluriel : il vous apportera son lot d’odeurs, de parfums et d’arômes, tous différents selon la saison, la température de l’air et la douceur du vent. Mille senteurs, aurais-je envie d’écrire… Souvent puissantes, très aromatiques, passionnées même.

LuberonsaumanegentsCommençons par l’odeur doucement mielleuse des genêts qui embaument l’air des chaudes fins d’après midi d’été.
Et puis ces randonnées qui nous mènent à travers les océans de lavande, tapissant le plateau de Sault, face à Albion la belliqueuse. Ces bouquets ronds comme autant de boules mauves alignées à l’infini gravent nos mains de sillons fortement odorants – entre fin Juin et début Août seulement.
Qui n’a jamais marché sur de grands tapis de thym en fleur n’a certainement pas encore connu l’ivresse olfactive… Enivrantes, les effluves qui se dégagent de la fleur de thym… Et quand c’est sur des centaines de ces fleurs que vous foulez vos pas, vos yeux se ferment, comme par magie, comme pour mieux apprécier le voyage auquel elles vous convient.
LuberonromarinLe romarin maintenant : inséparable de la Provence également. Sa fleur dégage aussi un parfum très chaud… J’en ai toujours un brin dans ma poche, cueilli à même la roche, que je trifouille, que je farfouille du bout des doigts en permanence pour les porter ensuite à mon nez. Quel plaisir de marcher ainsi, le nez grand ouvert à la proue du navire que vous portez sur vos jambes, tremblantes d’émotions à chaque nouveau pas dans ce Luberon sensible.
Je ne pourrais finir cette promenade sans évoquer le figuier, ses fruits charnus et ses grandes feuilles qui laissent échapper une aura olfactive discrète, un peu coquette mais si envoûtante. Souvent, on le découvre au nez, par hasard, comme une rencontre inattendue, en tournant avidement la tête à la recherche de son parfum subtil qui est toujours en filigrane, jamais sur le devant de la scène… Mais d’où peut bien venir cette senteur si familière du figuier ? Et là, dans un recoin rocheux, on voit ses racines, puis son tronc et enfin ses feuilles, en train de se reconstruire une nouvelle vie sur un mur, un peu croulant, de pierres sèches.
Je pourrais aussi évoquer toutes ces autres plantes méditerranéennes, anonymes pour la plupart d’entre nous, mais qui contribuent elles aussi à ce feu d’artifice auquel notre nez assiste, impuissant mais heureux (et ce dès la sortie de la gare TGV d’Avignon, n’est pas JPC ?)…

L’extrait que je vous propose aujourd’hui, toujours de François et Claude Morenas, est une belle balade à faire, au printemps lorsque tout le Luberon est en fleurs, c’est à dire au début du mois de Mai. Le Mai, le joli Mai… Ivresse des yeux, ivresse du nez, ivresse des sens…

Be cool, be open.

UU

Luberon – 5ème promenade : l’ODORAT
Luberonmorenas_2[‘Les gorges de Badarel’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Dominant le cours, banc de pierre et romarin en fleurs, le vieux village des Taillades se dresse, prolongeant la muraille de roche, profil des murs arasé, tranché dans le vif. La taille de la pierre a construit des ruines à pans vigoureux, fenêtres de ciel, niches où s’accrochent les giroflées, château creusé pour la belle étoile, où l’on pénètre sous une arche aux voussoirs hauts perchés. En piaillements aigres, les merles font une ventrée de baies bleues dans le lierre. Demeures nobles, cyprès, contreforts, anges sculptés, banc, puits, margelle et amandiers fleuris, arcs et porches. (…)
Le vent emporte la poussière de pollen, nuage de soufre au cyprès. Perfection que l’on croyait grecque. Fleurs cultivées à profusion, violettes, pervenches, iris, jonquilles, viornes, lavandes, yucca et corbeille d’argent. Mésanges. Le regard plonge dans les cours, tuiles rondes, terrasses dallées de pierre et carrelages cuits comme un bon pain.
Les figuiers et les pins éclatent dans les fissures et couronnent les pans de murs, minéral et végétal sans frontière.
Marcher à pas lent, ou l’été les pieds nus, pour n’être qu’une forme de vie parmi les autres et écouter le merle moduler une longue phrase comme un chant de victoire, gonflé de joie, gonflé de ciel bleu, les yeux sur le Luberon, vers les rochers qui cachent la Brèche. Et la plaine (…). Puis c’est une descente assez malaisée mais jamais dangereuse, traces perdues et retrouvées d’anciens sentiers muletiers, à peine devinés, que l’on sent avec un peu de flair plus qu’on ne les voit.