Luberon – 6ème promenade : le SIXIEME SENS

Aujourd’hui, s’achève le cycle sur les promenades sensorielles dans le Luberon.
Je dois dire que c’était avec une joie immense que je vous ai vu/lu m’accompagner ces jours-ci en ce lieu que j’aime tant (sweet mary bien sûr, mais aussi jmesuisléssépoucédéenvies2vacances, jpc, ludecrit, dibrazza, bourrique, merry, prof Hrundi, même le doc Huff s’est baladé avec nous ! et puis tous les anonymes qui se sont joints à nous sans se montrer…), le long des sentiers créés par François et Claude Morenas. Merci donc à vous tous d’avoir partagé ces moments sensibles.

Cette dernière étape à laquelle je vous convie aujourd’hui est particulière. Elle vise à vous faire sentir autre chose que les cinq sens traditionnels. Ma douce Marie et moi l’avons réellement vécu, sur le lieu même qui est décrit dans l’extrait ci-dessous, à la Roque des Bancs, lieu facile d’accès à partir de la touristique route forestière des Cèdres, sur les hauteurs de Bonnieux (si beau au soleil couchant). LuberonroqueLaquelle route forestière est un haut lieu de promenades familiales, sur une ligne de crête du Luberon, tellement carrossable que les poussettes se doublent allègrement, les talons féminins n’étant pas non plus absents.

Et là, derrière une citerne, un petit sentier discrètement balisé vous enfonce dans la forêt, à travers les bosquets odorants… Petit à petit, on ressent une atmosphère particulière, contraste étonnant entre le trafic piétonnier un peu dense en été de la route forestière et l’impression grandiose de recueillement à l’arrivée à la Roque des Bancs, la vue dégagée sur toute la vallée de la Durance jusqu’à l’étang de Berre, étoile tombée du ciel et encore scintillante à l’horizon, probablement jetée à terre par cet azur magnifique et plombant du mois d’Août.

Le silence se fait soudain. On pourrait presque entendre le battement d’ailes de l’aigle de Bonelli qui valse, seul, au dessus de la montagne. A terre, une trace en filigrane d’une récente présence humaine (un feu de bois éteint). Puis la perception de quelque chose d’étrange, comme un sixième sens… Nous nous sommes assis en regardant l’horizon. Nos cœurs se sont alors mis à battre plus lentement mais plus lourdement, en fait pour nous signaler que le Luberon venait de leur parler. Il (le Luberon) venait de nous murmurer que l’amour que ma douce Marie et moi lui vouons était partagé… On a été tellement heureux ce jour-là.

Be cool, be open.

UU

ps : Si vous voulez vous remémorer les 5 premières balades, cliquez là pour la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat

Luberon – 6ème promenade : le 6ème sens
Luberonmorenas_3[‘La Roque des Bancs’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Après le plateau de lapiaz et de buis rouge du Pré de Roustan où s’élèvent ça et là des bosquets de cèdres qui repeuplent dru, le sentier bien marqué dessine un virage et s’enfonce en direction de la falaise de Roque des Bancs qui se dresse, irradiant de soleil au cagnard de midi. (…)
Ce chemin large, inattendu, impressionne. Le silence est si grand qu’on peut marcher debout à l’intérieur sans le rompre. Pas un souffle d’air, seul un vrombissement double de mouches. L’atmosphère est masse d’inertie blanche. Des crottes dans le chemin disent passage paisible de sauvagine. Le fourré dense s’agite d’ailes à mon approche muette qui cherche à amortir l’événement de mon intrusion. Ne puis-je pas être une présence naturelle parmi d’autres ?
La falaise des rochers réverbère la chaleur qui annihile toute pensée autre qu’un bien-être, détente au cœur de cet hiver si doux comme un été. A l’extrémité de la falaise, sous une baume, des murs éboulés, ruines de bergerie, une provision de bois mort, des traces de feu, de chasseurs, sans doute.
De grosses touffes d’euphorbes se dressent dans l’herbe rase, silhouettes de palmiers sur leurs tiges rouges. Il faut s’asseoir là et rêver. Lieu magique et bucolique à la fois dans cette atmosphère mystérieuse, si particulière aux romans de Bosco, qui rend aux choses et aux gestes leurs forces vives, leur pouvoir neuf d’étrange, parce que regardés au delà des apparences.
Il faut attendre là, que le silence s’accomplisse, lent et inépuisable.

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12 commentaires sur “Luberon – 6ème promenade : le SIXIEME SENS

  1. je n’ai pas là pour commenter, mais j’avais une bonne excuse…

    Cette émotion que tu as ressenti c’est celle que je ressens en haut de la tour de brison en soir de printemps, d’été ou d’automne, en écoutant chanter le mont tanargue…

    C’est trés joli.

    bravo

    Philippe

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  2. J’arrive par la note brillantissime que tu as laissée chez moi et dont j’avais envie de te remercier et qu’est ce que je trouve sur mon chemin ?
    Je trouve un astre tombé du ciel, probablement jeté à terre par l’azur plombant du mois d’aout!!
    Si tu es bien sage, Youyou, je te raconterai – mais à noël pas avant – ma petite histoire à moi d’une petite étoile un peu trop dissipée que Supernova ( qui est la Reine des Etoiles comme chacun sait) fit tomber du haut du ciel dans une télé.
    Mais il faudra être bien sage : c’est à dire continuer à publier ici et là quelques autres fulgurances dont nous puissions tous emplir nos paniers.

    amications tapauneuropourlecaddie?

    dB

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  3. Philippe>>Merci – je suis allé voir sur le Oueb à quoi ressemble l’Ardèche dans ce coin-là. Je me doutais que ça pouvait ressembler au Luberon. Faudra qu’on y aille un jour, avec ma douce Marie.
    Le fait est que nous avons eu une rencontre déterminante, en l’occurence avec François et Claude Morenas, qui nous ont fait *aimer* le pays en même temps qu’on le découvrait sur leurs sentiers.
    J’ai toujours pensé que le Luberon n’était pas le plus beau pays au monde. Loin de là. (la Corse, déjà à qq centaines de kms, est certainement plus photogénique). C’est une histoire personnelle que nous avons vécu avec le Luberon, pleine de *sens* et que j’ai essayé de retranscrire.
    Ce qui me fait particulièrement plaisir dans ton commentaire, c’est de *sentir* que mes notes t’ont évoqué d’autres lieux que le Luberon. Un lieu qui te semble personnel. Cela montre, si j’ose m’aventurer sur ce terrain, une certaine universalité de notre (le tien et le mien) rapport *sensible* à la terre et à la nature.

    dibrazza>>Tu es toujours le bienvenu. Surtout quand c’est par des compliments que tu m’interpelles ! ;o)
    Soyons clair sur 2 choses : la première, c’est que ton blog m’inspire (et ça, j’y peux rien, c’est de ton côté qu’il faut creuser); la deuxième, c’est que je te remercie de ton indulgence sur le « ici et là quelques autres fulgurances » parce que le lyrisme luberonnesque se prête à l’envolée poétique, d’autres sujets moins (quoique les MAC…).
    Mais sinon, faut pas pousser Mémé dans les orties : Noël, c’est trop loin. Vite vite, la note sur la p’tite étoile pas sage…

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  4. en fait, quand j’ai lu ta note, j’ai entendu ce refrain permanent qui m’habite quand j’éprouve des choses extraordinaires :

    « Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un
    bohémien, Par la nature, heureux comme avec une femme. .. »

    C’est cette émotion que j’ai en ardèche (mon plus beau pays du monde) mais j’avais fait aussi une note sur une route du Cantal, je me souviens aussi d’une route d’Aubrac…)

    A bientôt…

    PS : désolé de mon orthographe pas trés claire de ma première note (en plus je voulais dire je n’étais pas là pour commenter…) c’était l’émotion…

    Et à l’occasion je te raconterai l’Ardèche, enfin sur le blog de Philéas.

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  5. philippe>>J’avais mis un filtre orthographique devant mes yeux et tout compris !… Au plaisir pour l’Ardèche !
    Oh merci encore d’avoir partagé ce que tu avais dans la tête, ou plutôt dans le coeur. C’est vrai que ça fait un certain écho à ma note… ;o)
    Je viens de trouver sur le Oueb d’où est tirée ta belle citation. Et paf, là, le poème de Rimbaud qui me tombe sous le nez. Et étonnamment, il l’a intitulé *SENSATION*.
    Merci merci Philippe… Quel plaisir que de partager cette beauté de la nature et cette poésie.
    Voici donc, Arthur Rimbaud, que vous connaissez tous :

    Sensation

    Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
    Picoté par les blés, fouler l’herbe menue,
    Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
    Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

    Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
    Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
    Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
    Par la nature, heureux comme avec une femme.

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  6. Ben oui, si tu étais mon père et moi ta mère, ça f’rait bizarre quand même… Mais bon, pour faire simple, disons :

    Han Solo, je suis ta tante !

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  7. cette balade se termine trop vite mais en apothéose, j’ai aimé emprunter ces chemins, me laisser griser par les odeurs, les couleurs, le vent, les fleurs, marcher dans ces sentiers lumineux où l’âme des poètes nous accompagne. Merci pour ce beau cadeau.

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  8. Ohh merci ludecrit… Je suis presque gêné maintenant de publier des notes comme la suivante (Star Wars : A Lost Hope…).
    Ca fait désordre dans cette belle finale poétique. ;o)

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  9. Quel bouquet quelle apothéose!!!
    C’est avec un peu de retard que j’assiste à la fin de la série des ballades, mais quel bonheur!!!
    Merci UU de nous avoir transporté dans une autre dimension qui n’est pas pleine de tours de verre, Porsche Cayenne et bruits de marteaux piqueurs!!!
    Pourquoi n’avons nous pas 10 sens??? Cela nous aurait permis d’avoir 4 ballades en rab…!

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