Hier, douce Marie et moi vaquions à une sortie dominicale (« àààà bicyclettteeeuh », dit la chanson), ce qu’il y a de plus doux en ce dimanche redevenu ensoleillé en début d’après midi.
Direction : l’exposition itinérante du World Press Photo 2005.
De la photo de presse de très grande qualité. Les meilleurs photo-journalistes du moment.
Si vous ne l’avez pas vu, vous avez raté quelque chose.
Si vous l’avez vu, vous me comprendrez.
Si vous voulez tout de même ressentir le début d’une émotion, allez voir le site Internet qui reprend toutes les photos de l’exposition. Peut-être parviendrez-vous à saisir quelque chose de la froideur de votre écran. En tout cas, je peux vous dire que les agrandissements en grand format de certaines photos ont eu un effet terrible. Leur enchaînement, leur mise en valeur dans l’espace de l’exposition ont aussi contribué à tout cela.
Site Internet : www.worldpressphoto.nl
Allez peut-être y faire un tour, avant de continuer cette lecture.
(…)
1. Le constat est terrible. Mis à part quelques photos ‘décalées’, c’est une année 2004/2005 absolument terrible que nous avons vécu.
2. Même les photos de nature sont d’une énorme violence : violence d’une tornade, violence d’une invasion de criquets, violence d’un tsunami. Les images qui n’agressent pas sont tout de même empreintes d’une étrangeté bizarre (les pattes des animaux). Mais où est passée la beauté de ce monde ? (*)
(*) Note : Interrogation sous forme de cri poussé – un cri à décoller les poumons de votre poitrail.
3. Les hommes restent – on s’y attendait – terriblement violents. Ils sont des loups pour eux-mêmes. Ossétie, Darfour, Irak. Partout la guerre omniprésente.
4. Partout la mort. La mutilation. Le déchirement humain, au sens propre comme au sens littéral. Les blessures de guerre. Là, une balle dans le front, logé consciencieusement par un sniper.
4. Que de tristesse ! De colère. De peur aussi. Je ne me rappelle pas de véritable scène de joie ni de bonheur dans cette exposition. On ne raconte pas la vie des gens heureux, dit-on. Apparemment, on ne les photographie pas non plus. Par contre, on montre la folie, la maladie (Alzheimer), la toxicomanie, la prostitution.
5. Même le sport, réputé pour ses catharsis pleins de bonne humeur, est représenté par des pantins olympiques en noir et blanc, anonymes et distants comme des pions en plastiques. Ou bien la natation et la gymnastique deviennent des lieux de l’étrange. Cela brusque, heurte mais l’œil n’arrive pas à s’échapper. Il regarde comme hypnotisé. Comme ce champion paralympique de natation, amputé des quatre membres… On n’y croit pas alors on re-regarde à nouveau.
6. La mode n’y échappe pas non plus. Ce n’est plus le lieu du glamour. Un lieu plutôt synonyme de perdition, de grande frénésie, de mouvement brownien de la vie. Qui sont-elles réellement, ces mannequins ?
7. Même interrogation dans ce reportage photo dans les usines chinoises. Qui sont-ils/elles ? Cette photo d’une armée d’ouvriers parfaitement en rang fait penser à une fiction totalitaire – sauf que ce n’est pas de la fiction : 1984 est actuellement filmé à grande échelle en Chine avec plus d’un milliard de figurants. Le mépris de l’humanité dans ces usines qui exploitent : pourquoi ne dit-on pas que c’est de l’esclavage ? On peut bien sûr dire qu’ils ont le droit à leur part du gâteau économique. Est-ce forcément à tout prix ? Et ces cancers – niés par les gouvernements (pas forcément qu’en Chine) – qui sont le cadeau de la pollution industrielle…
8. Enfin, les portraits. Un moment de répit, se dit-on. D’humanité… Mais non, le moment le plus violent pour moi. L’organisme organisateur du World Press Photo ne souhaite pas que l’on reproduise les photos de l’exposition. Normal. C’est leur droit. C’est le travail de ces professionnels. J’en ai pris une quand même (avec les crédits mentionnés bien entendu), celle qui m’a le plus ému. J’ai failli pleurer hier, en la regardant. En la regardant entièrement, toute la photo, jusqu’à ses moindres détails. Puis, j’ai lu son commentaire, l’histoire de cette jeune femme au Darfour. Et là, l’envie a redoublé. J’ai dû me retourner. Eloigner mon regard. C’était simplement insoutenable.

Crédit : Adam Nadel – USA – Polaris Images – 1er Prix du WPP2005 (catégorie Portrait – Reportages)
Be cool, be open. (en tout cas, essayez).
UU