
C’est parti ! L’Internationale des transports a commencé. Cela fait plusieurs jours que je mûris les modalités de ce soulèvement. Que je prends même le risque de l’annoncer discrètement. SiLuis a donc commencé : España va mal apparemment, ils (les espagnols) ont eux aussi un problème à règler avec les voitures.
C’est contre ce climat ambiant genre « ¿Los coches? No pasarán aqui ! » que je veux m’insurger. Oui, je préfère une ville (Paris en l’occurence) où les transports en commun marchent mieux, où il y a moins de pollution, plus d’espaces verts, plus de vélos, moins d’insultes jetées à la figure des automobilistes de tous bords, plus d’espaces piétons pour faire son marché avec son cabas sous le bras et in fine, moins de voitures. Oui, pour ça (aussi), je vote Oui.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, moins de voitures ne doit pas passer par l’élimination, le ‘repoussement’ quasi allergique des automobilistes à la porte de Paris. Jpc l’illustre très bien sur son blog. Et puis c’est aussi un peu nous (les banlieusards, euh les Parisiens extra-
muros) qui contribuont au développement du PIM (*). Je veux bien faire de Paris une ville-musée, une ville pour piétons et cyclistes. Mais vous imaginez ? Qu’est-ce que ce serait triste !
Donc faisons les choses dans l’ordre :
1 – Más transportes públicos por favor. Plus de transports en commun SVP.
2 – Menos coches más tarde. Moins de voitures ensuite.
Et bien, je me suis trouvé un porte-parole, qui parle/écrit tellement mieux que moi de tout ça : David Mangin. C’est un peu long, mais tous les mots qui suivent se boivent à grande gorgée !
« Quartiers verts », « quartiers tranquilles », « zones 30″, autant de termes choisis par des professionnels de la communication qui unissent, souvent dans une même idéologie antiurbaine et une même communion fonctionnaliste, ingénieurs de voirie et élus verts. Fréquemment en charge des problèmes de circulation et d’environnement, ces derniers chassent la circulation de transit et spécialisent les flux, au risque de fossiliser des quartiers entiers. Outre leurs conséquences urbaines regrettables, ces actions vont à l’encontre des études de comportement des automobilistes. Elles ont montré que la perception de nombreux intervenants dans un champ de vision rapproché favorise l’attention et la prudence (ndlr : David Mangin donne les références de ces études]. Elles plaident donc pour une mixité d’usage des voies, avec en matière de stationnement des voitures rangées le long des trottoirs : cela permet très simplement de desservir commerces et habitations riveraines, garer les voitures, empêcher le stationnement sauvage sur les trottoirs, protéger les piétons, notamment les enfants, de traversées impulsives. De même, il est admis que les voies à double sens irriguent davantage les quartiers, ralentissent les vitesses et permettes les livraisons en double file qui, de fait, s’avèrent souvent plus efficaces que des emplacements spécifiques peu ou mal utilisés. Autrement dit, il faut favoriser l’autorégulation du trafic plutôt que sa canalisation forcée dans des voiries mono-fonctionnelles ».
Vous reconnaissez une certaine tendance parisienne dans le paragraphe précédent ? Et David Mangin nous assène son coup de grâce :
Qui veut garantir la mixité des quartiers et des villes, qui est attaché à une ville passante et ouverte au renouvellement doit se garder de ce nouveau fonctionnalisme vert, qui risque de fossiliser les centres-villes, tout comme de rendre mort-nées les périphéries. Les plans de circulation ne sont pas neutres : ils accélèrent ou freinent les évolutions, préfigurent certaines formes urbaines, induisent implicitement des types d’architecture. Les remèdes à la forte dépendance automobile se trouvent davantage dans une offre alternative de transports en commun, dans une localisation des services de proximité qui les rend accessibles à pied ou en deux-roues, dans une limitation de l’offre de stationnement, dans des systèmes d’échanges fluides, dans la densité dans les lieux multimodaux.
Pour un premier livre d’urbanisme, je dois dire que je suis plus qu’agréablement surpris. Le livre de Daniel Mangin mériterait d’étre enseigné en cours d’éducation civique. Je sais, j’ai déjà parlé de David Mangin, mais je ne m’en lasse pas. Surtout ce chapitre intitulé la « Ville Passante ».
Sea tranquilo, sea abierto (*)

UU
Dernière minute ! Je ne sais pas trop quoi penser de ça : http://www.milanosantagiulia.com. C’est un petit encart publicitaire dans le Monde ces derniers jours qui m’a mis la puce à l’oreille. La « ville idéale », vantent-ils ! Un mix d’espaces verts, de transports en commun (« efficient mass transit system that guarantees smooth circulation inside the area, coming in and coming out« ), de lieux de résidences et de bureaux – tout près de Milan. Ca a l’air intelligent (Norman Foster, tout de même)… Mais bon, ce n’est pas dans le 9-cube. Trop loin pour moi (surtout en vélo).
(*) Be cool, be open. Merci SiLuis et cellb15 pour les cours d’espagnol ;o)