Diantre, les hommes ont déserté mon blog. Silence radio depuis les commentaires de nos dames hier. ;o)
Puisque c’est comme ça, on va continuer… dans un tout autre registre qui restera féminin. Tout le monde le sait, le Nan est toujours en tête des sondages. Ma douce Marie est montée hier soir sur son
immaculé dextrier, celui de ses grandes croisades personnelles, celles qu’elle entreprend pour embellir la société voire même la vie. Généralement les causes perdues qui sont victimes des injustices de ce monde, voilà ses combats quand elle sort sa bannière (étoilée aujourd’hui). Juste cette introduction pour vous donner une idée de la force qui l’envahit lorsque je la vois mettre le premier pied à l’étrier, puis le second, avant de partir cheveux au vent vers son combat, armée de ses mots et d’une lucidité déconcertante.
Va ma douce Marie, va défendre pour nous le Hui pour le TCE !
Be cool, be open.
UU
[Retranscription du courriel rédigé par ma douce Marie, adressé à un de nos amis, hier soir à une heure bien tardive]
*** DEBUT ***
Je voterai oui, justement par rêve et non par pragmatisme, car je crois en la belle aventure européenne qui ne fait que commencer, je l’espère et qui saura s’investir dans de tous nouveaux champs.
Je vote par rêve et non parce que la virgule est au bon endroit dans tel article du texte de la Constitution. Il me semble qu’en la matière, ce sont les idées nouvelles de fond qu’il faut retenir avant tout, sans juger ce qui existe déjà dans la construction européenne, à savoir la construction économique libérale.
Il n’y a pas que les non non-istes qui rêvent…La construction européenne est justement basée sur le volontarisme, que seule la profonde conviction qui relève du domaine du rêve, peut porter. Que la méthode soit ensuite pragmatique ne me choque pas. On pratique tous cela dans son job au quotidien, sans en être choqué, car quand on est d’accord sur l’objectif rêvé, on en rabat parfois momentanément sur l’état des réalisations. Une fois les 1ères avancées obtenues et consolidées, on reprend alors son bâton de pélerin pour aller plus loin et se rapprocher encore plus du rêve. C’est comme ça que je procède dans la mise en oeuvre de projets importants, professionnels et personnels auxquels je crois, et ce sans avoir l’impression de perdre mon âme.
Par ailleurs, j’ai le sentiment que dans tes arguments, tu as envie de dire zut au système global de globalisation et de libéralisme, au comportement des dirigeants et aux dysfonctionnements de notre système démocratique. Je partage une partie de tes analyses sur ces thèmes, même s’il me semble important de faire attention de ne pas tout dénigrer en bloc, et rester constructif sinon, gare au populisme et aux alternatives extrêmistes.
Ce n’est pas un hasard si le non est en tête après que le non aux hommes politiques traditionnels ait été asséné aux élections présidentielles que l’on sait…avec tous les risques de ce genre de messages envoyés aux dirigeants par le biais d’une élection : on a failli avoir Le Pen président. J’en tremble encore. On n’est pas si protégé que cela de ce que l’on croit aujourd’hui impossible. La deuxième Guerre Mondiale et son lot d’errances (tueries, extrêmisme, racisme…) n’est pas si lointaine qu’on le croit.
Cela illustre parfaitement la problématique du vote sur la Constitution : si l’on est très mécontent de notre système, que faire, quand on a deux hommes politiques de partis traditionnels en lice qui ne nous plaisent pas ? céder aux sirènes du populisme et de l’extrêmisme en votant pour une solution radicale ? s’abstenir ? voter blanc ? voter pour le moins mauvais de tous sans conviction, par pragmatisme, comme tu le dis ? (jusqu’ici, c’est ma position de citoyenne -sur laquelle je me garderai de donner des leçons, je ne suis sans doute pas un modèle- car je préfère éviter qu’un plus mauvais soit élu, puisque de toutes façons, on devra s’en farcir un).
Tu as envie de dire non au système donc, mais, est-ce vraiment la faute de la Constitution Européenne ? Est-ce elle qui doit payer le prix de ce contexte général ?
Ce n’est pas parce que les gens nous prennent pour des cons en nous parlant de la Constitution Européenne, et qu’ils l’instrumentalisent pour leurs carrières, ambitions et autres arrières-pensées peut-être peu catholiques que la pauvre Constitution est mauvaise.
Il me semble que la Constitution Européenne a vraiment bon dos. On dirait qu’elle est la responsable de tous nos malheurs. A-t-on vraiment bien identifié le « coupable » et le problème ? Ne se trompe-t-on pas de combat ? Ne mélange-t-on pas tout ?
Pourquoi n’a-t-on pas davantage manifesté contre le gouvernement actuel par exemple, plutôt que de s’en prendre au chiffon rouge agité de la Constitution.
L’autre, l’étranger lointain fait peur. L’inconnu d’un système intégré européen fait peur…Veut-on rêver que cela peut-être une belle aventure. Je rêve à cela… et sincèrement, sans vouloir jouer dans le catastrophisme facile, j’ai peur ce soir. L’Europe est une porcelaine fragile, comme le montre l’expérience de tout travail international. Cf les avancées sur la « guerre hors la loi » dans la communauté internationale et il suffit d’un con de Bush pour mettre par terre les patientes avancées « pragmatiques » que la communauté internationale avait mises en place sur de nombreuses années. Pourra-t-on s’en relever ou le château de carte s’écroulera-t-il ?
Je crains fortement le même phénomène pour l’Europe (cf mes commentaires sur la constitution européenne sur le blog de UU dans la rubrique « Vie dans la cité« ) car sans vouloir me vanter, j’ai eu la joie d’étudier en long en large et en travers la contruction européenne, et ce sans tabou et sans tomber dans le politiquement correct, pendant mes études. J’en ai retenu par de nombreuses études de cas sur des négo et constructions internationales et européennes combien les choses ne se construisent qu’après moults compromis et négociations, et non en rêvant à imposer des textes parfaits à nos yeux à nos partenaires.
Pour enlever un défaut sur le verre, vaut-il mieux jeter le verre par dessus l’épaule (plus de problème de défaut du verre puisqu’il n’y a plus de verre), ou prendre le verre, continuer à en profiter pour boire de bonnes bouteilles de vin (vive les armoires à vin !), tout en sortant son « polisseur » avec détermination, pour polir petit-à-petit l’aspérité et arriver in fine, à un verre peut-être pas nickel chrome, mais qui a du charme et du caractère et sur lequel on peut voir le travail des années, des joies et espoirs (les pères fondateurs, à la sortie de la guerre) et viscissitudes ?
Enfin, il est vrai que ce vote aura eu le mérite de permettre un débat démocratique, mais je trouve que les arguments populistes et manipulateurs pullulent dans les deux camps et que l’on s’adresse aux électeurs sur le registre de la peur et de la catastrophe, ce qui ne me semble pas garantir que le résultat du vote soit obtenu pour de bonnes raisons…
Cette semaine, l’histoire pourrait bien avoir Rendez-Vous avec nous. Qui aura été le visionnaire ? Le camp du oui ou du non ? Si le non l’emporte, je souhaite de tout coeur m’être trompée sur la suite des événements et l’avenir de la construction européenne, voire de la paix sur le continent. Dans ce cas, vous aurez même peut-être eu raison de demander plus…pari gagné ?
*** FIN ***