Aujourd’hui, nous revenons dans la littérature. Mais nous ne sommes toujours pas dans le classique.
D’ailleurs, comment déterminer arbitrairement qu’un choix est "classique" ou pas. Cela dépend des époques, de la façon dont vieillissent les oeuvres elles-mêmes.
Bien sûr, on ne se trompe pas en disant que Zola, Balzac sont des "classiques". Mais Quignard sera certainement un classique, bientôt, un jour…
En tout cas, deux auteurs majeurs : Quignard pour di Brazza [ô monstre sacré – (…) entre nous : l’ami di Brazza, soit il va s’énerver en lisant ça, soit il va en rougir jusqu’aux oreilles ! ;o)] et Vian pour Breizhette [je lui envoie aussi des fleurs un peu plus bas… ;o)].
Allez, continuez vos lectures. On fera sûrement aussi un vote du public à la fin du festival concours. A main levée. Comme au temps rougissant où on croyait tous encore aux lendemains chantants.
Be cool, be open.
UU
ps : Pour ceux et celles qui n’ont pas encore participé, vous pouvez continuer à envoyer vos meilleurs mots lus d’ici la fin de
la publication des textes déjà reçus. Disons encore quelques jours…
et c’est à envoyer là : huuan@yahoo.com
Meilleurs mots lus #5
Ces meilleurs mots lus sont extraits de : "Petits Traités", de Pascal Quignard (chapitre intitulé « Taciturio », p. 87, Folio)
Mots lus par : di Brazza
Blog : Mémorial de la Rue d’Où-Suis-Je
"Le livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur.Celui qui écrit se tait. Celui qui lit ne rompt pas le silence.
*
C’est une époque ancienne, qui est périe, que celle où le lecteur lisait à haute voix, où l’écrivain à voix forte dictait, où les volumes se déroulaient, transcrits à la main, et ne se multipliaient pas. Ils sont arrivés ensemble: le moulin à papier, la page typographique, les libraires-imprimeurs, et ce taisir du livre. La voix dans le livre est retraite dans un désir de se taire, un taisir sans abord, sans proximité autre que celle, taciturne de part en part, d’une distance due au silence. Le livre se retrait à partir d’un silence qui naît par contrecoup en lui aussitôt que la langue (non un souffle) s’est métamorphosée en lui, et il naît sous un ciel autre que celui où les voix sonnent, où le monde s’ébruite. Le livre est ce suppôt de contagion où le silence dans le visible gagne le visible à sa propre invisibilité, et (de même la vie veillant, terrifiée, sur la mort) témoigne du désir de se taire."
Commentaire du participant: Je n’ai pas choisi ce texte parce qu’il est le plus beau que j’ai pu lire en 2005.
En 2005 je n’ai lu que des textes qui ne cessaient de jouer à se dépasser les uns les autres, à me dépasser aussi. Dire lequel m’a ému ou m’émeut encore le plus relève de l’impossible. Autant dire à ton fils que tu le préfères à ta fille ou vice versa. ça n’a pas de sens. Les textes que je lis , par une alchimie dont eux seuls détiennent le secret , deviennent miens. Me prolongent. Je leur appartiens comme ils m’appartiennent. Tout en gardant chacun nos Jardins de Mémoires, nos arbres d’O.mbres.
Si j’ai choisi ce texte, extrait des "petits traités" de Pascal Quignard c’est parce qu’il parle, dans une langue qui me parle , du "taisir" du livre.
Il y a longtemps – c’était en juin , j’avais écrit ceci :
"Ainsi les mots sont ils les meilleurs alliés du Silence. Par les mots : Il demeure"
Et tu m’avais répondu "Caudalie".
Cette Caudalie du Silence, cette "permanence aromatique du silence en bouche " que je n’arrive pas à poser sur mes nouvelles toiles puisqu’il n’y a plus de nouvelles toiles ( je n’arrive pas à travailler. Je m’y prépare et ne peins pas ), cette caudalie du silence, expression qui est tienne : le texte suivant en est plein.
Comme on dit d’une femme qu’elle est Pleine.
amications quignardes
Meilleurs mots lus #6
Ces meilleurs mots lus sont extraits de : " L’écume des jours ", de Boris Vian (1947)
Mots lus par : Breizhette
Blog : pas de blog, mais un couple d’enfer [avec Herr jmesuiléssépoucélacravat] sans lequel les blogs du monde.fr ne seraient pas ce qu’ils sont !
– Prendras-tu un apéritif ? demanda Colin. Mon pianocktail est achevé, tu pourrais l’essayer.
– Il marche ? demanda Chick.
– Parfaitement. J’ai eu du mal à le mettre au point, mais le résultat dépasse mes espérances. J’ai obtenu à partir de la Black and Tan Fantasy un mélange vraiment ahurissant.
– Quel est ton principe ? demanda Chick.
– A chaque note, dit Colin, je fais correspondre un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l’œuf battu et la pédale faible à la glace. […] Et d’ailleurs, en plus, le piano fonctionne réellement.
– C’est merveilleux ! dit Chick.
– Il n’y a qu’une chose gênante, dit Colin, c’est la pédale forte pour l’œuf battu. J’ai dû mettre un système d’enclenchement spécial, parce que lorsque l’on joue un morceau trop hot, il tombe des morceaux d’omelette dans le cocktail et c’est dur à avaler. Je modifierai ça. Actuellement il suffit de faire attention. Pour la crème fraîche, c’est le sol grave.
– Je vais m’en faire un sur Loveless Love, dit Chick. Ca va être terrible.
[…]
Chick se mit au piano. A la fin de l’air, une partie du panneau de devant se rabattit d’un coup sec et une rangée de verres apparut. Deux d’entre eux étaient pleins à ras bord d’une mixture appétissante.
– J’ai eu peur, dit Colin, un moment, tu as fait une fausse note, heureusement, c’était dans l’harmonie.
– Ca tient compte de l’harmonie ? dit Chick.
– Pas pour tout, dit Colin. Ce serait trop compliqué. Il y a quelques servitudes seulement. Bois et viens à table.
Commentaire du participant : Extrait choisi premièrement parce que "L’écume des jours" est un de mes livres cultes que je relis régulièrement, mais surtout ici parce que j’ai toujours rêvé qu’un tel instrument existe ! ! ! Je trouvais cette invention géniale ! Mêler et lier Musique (ici le Jazz avec Duke Ellington) et Gastronomie (enfin, plutôt l’alcool ici), c’est tout bonnement génial !