De mon prénom, de la guerre, des poilus et des traces d’humanité

Cimg4851J’avais lu, il y a quelques jours, une très bonne note de JPC, belle et personnelle sur ces poilus de la der des ders.

Vous aussi, vous avez dû en lire des choses à ce sujet en ce long ouikende de commémoration du 11-novembre. En voir aussi. Et puis en entendre certainement.

Franchement, autant vous dire que cela me dépassait un peu tout ça. Cette guerre, si lointaine dans le temps. J’étais beaucoup plus consterné, plus révolté par l’autre guerre, la suivante.

Et puis, il y a eu cette note de JPC. Puis cet article quelques jours plus tard, dans l’édition du Monde daté du jeudi 10 novembre.

Dans le train qui nous amenait à très grande vitesse vers les territoires verdoyants du Doubs, j’ai lu cet article [lien abonnés] sur les « ders des ders ». Sur ces six derniers poilus [selon le baromètre officiel].

Des portraits ?
Des anecdotes ?
Des histoires de guerre ?
Non, rien de tout ça.
Non, on était ailleurs.
Non, c’étaient simplement des traces d’humanité.
A figer dans le marbre.

Pourquoi la simple lecture de ces quelques lignes m’a-t-elle bouleversé au point de me faire venir des larmes aux yeux ? Au point de ressentir ces frissonnements qui m’ont traversé les avant-bras et les côtes de part en part ?

Vous le savez, vous ne le savez peut-être pas… Mais j’ai peur des films de guerre… sur le Viêt-Nam. Peur de voir de quoi sont capables les hommes.

Ou bien est-ce toujours en raison de ce prénom que je porte depuis ma naissance.
Avec fierté, c’est sûr.
Il n’y a même pas de doute à ce sujet.
Il renvoie à la fois à une certaine légèreté et à un optimisme appuyé.
Ce qui me convient bien.
Il me rappelle aussi en permanence aussi d’où je viens.
D’un pays en guerre.
Littéralement, je suis « celui qui apporte la paix », celui qui est pacifique.

[Extraits des citations de ces poilus qu’a rencontrés le Monde]

« Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leur mère. Suppliaient qu’on les achève. C’était une chose horrible. Les Allemands, on les retrouvait quand on allait chercher l’eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez. » Louis de Cazenave, 108 ans.

« Il hurlait : "Venez me chercher, j’ai la jambe coupée." Les brancardiers n’osaient pas sortir. Je n’en pouvais plus. J’y suis allé avec une pince. Je suis d’abord tombé sur un Allemand, le bras en bandoulière. Il m’a fait deux avec ses doigts. J’ai compris qu’il avait deux enfants. Je l’ai pris et l’ai emmené vers les lignes allemandes. Quand ils se sont mis à tirer, il leur a crié d’arrêter. Je l’ai laissé près de sa tranchée. Il m’a remercié. Je suis reparti en arrière, près du blessé français. Il serrait les dents. Je l’ai tiré jusqu’à nos lignes, avec sa jambe de travers. Il m’a embrassé et m’a dit : "Merci pour mes quatre enfants." Je n’ai jamais pu savoir ce qu’il était devenu. » Lazare Ponticelli, 108 ans.

Le Monde écrit : Sur la table du salon traîne un numéro de Das Neue Blatt, un magazine people allemand. Ferdinand parle couramment cette langue, qu’il avait commencé à apprendre en 1914. « Ce peuple m’a toujours intéressé. Ce que je préfère chez les Allemands ? Les Allemandes… L’amitié entre nos deux pays, l’Europe sont la plus belle chose du XXème siècle, avec le jour où l’homme a marché sur la Lune. » Ferdinand Gilson, 107 ans.

Ferdinand ajoute : « Aujourd’hui encore, je ne peux pas passer devant un cimetière militaire. Chaque fois, je me dégonfle. » [note : Vous rendez-vous compte, c’était pourtant il y a près de 90 ans… Et encore aujourd’hui…]

[Pause]
[Reprise de souffle]
[Le temps de réaliser, de ressentir]

Qu’y ai-je donc lu qui m’ait tant ému ? Que la guerre, les guerres ne peuvent pas être faites par les hommes. « On » les y oblige. On les endoctrine. On les y force. Au nom d’un pays. Oui c’est ça, ce sont des nations qui font les guerres. Aujourd’hui, ce sont des idéologies qui font aussi les guerres.

Mais ça ne peut être les hommes eux-mêmes.
Ce n’est pas envisageable.
Je veux le croire.
Je veux y croire.
L’homme ne peut naître avec la haine des autres.
L’homme porte consubstantiellement la mémoire de l’humanité.
Ou bien sinon, je ne serais pas digne de porter mon prénom.

Be cool, be open.

UU

22 commentaires sur “De mon prénom, de la guerre, des poilus et des traces d’humanité

  1. Hmm, douce Marie va dire que je n’ai pas déblogué… ;o)
    Ben non, trop essentiel ce sujet… Je me suis trouvé un ordinateur dans le Doubs [bien sûr que ça existe !]
    Et hop… posté l’article !
    Bon maintenant, je file pour de bon… ;o)

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  2. Idem, j’ai été particulièrement impressioné par ces témoignages et quelque peu en colère aussi avec cette histoire de légion d’honneur.
    Il est temps de relire « A l’ouest rien de nouveau ».

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  3. oui, pour quelqu’un qui ne devait pas être connecté pendant plusieurs jours…
    ;o)
    Soit dit en passant -puisque tu ne fais que passer- va lire Tardi et sa bédé sur la guerre des tranchées…

    bon week-end à vous deux.

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  4. je n’ai pas lu cet article, il faut être abonné pour y accéder maintenant.
    J’étais moins aussi plus sensible à la deuxième guerre mondiale qu’à la première, jusqu’au jour où j’ai vu un long dimanche de fiancaille…

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  5. Moi j’ai des problèmes de géographie ! Je te croyais à Amsterdam et je te retrouve dans le Doubs… quelqu’un va devoir m’expliquer !
    Je relis inlassablement tous mes livres pour participer à ton concours idiot ! Et puisque tout le monde parle en ce moment de 14/18 et de poilus je regarde ma bibliothèque. Dans un coin il y a un livre qui a écrit sur la guerre et sur la peur !
    Permets moi de citer hors concours un brève passage de « La peur » Poche nr°2385 pour ceux qui voudraient l’acheter :
    « Je vais assister à ma mort. Une seule chose me choque : le sentiment de pitié que la mort inspire aux vivants. Il sconsidèrent un cadavre comme une dépouille de vaincu. Je me ferai tuer dans une petite affaire locale, qui ne figuera même pas au communiqué, bêtement dans un boyeau. On dira : Dartemont c’était un type qui aurait pu faire quelque chose mais il n’a pas eu de chance. La terre recouvrira mon courps et le temps mon souvenir. Ils ne sauront pas ce qui s’est passé en moi au derier moment, que je suis mort volontairement en vainqueur de moi-même – le seul genre de victoir qui me fît précieux. Mais je suis bien habitué à me passer de l’opinion des autres. Qu’importe ce qu’on racontera ! »

    Voilà, une participation hors concours de Gabriel Chevallier, auteur de Clochermerle !

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  6. J’ai également lu cet article avec émotion. J’ai aussi été touchée par la grande photo qui montre l’exécution d’un soldat qui refus d’aller au combat. Sur le sujet, j’avais bien aimé La Chambre des Officiers.

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  7. Très belle ta note UU. Je suis très sensible à la der des der et vais souvent sur site « mémoire des hommes » du ministère de la défense qui a mis en ligne toutes les fiches des morts au champ d’horreur comme disait le grand jacques. J’y retrouve les ancêtres de la famille, ceux d’amis, etc… Faut voir le film de Ponte Corvo, « Des hommes contre » sur les mutineries de 17. Un chef d’oeuvre avec un Jean desailly magnifique dans le rôle de l’officier boucher. J’ai jamais rien compris à la guerre, c’est peut être pour ça que je travaille, à ma modeste mesure, pour ses victimes.

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  8. Bien sûr il y a les dirigeants qui envoient d’autres se faire tuer et l’horreur des guerres, des boucheries, de tout ce qui s’est passé mais il y a aussi que le même homme est capable du meilleur comme du pire. Les expériences qui montrent que des citoyens comme vous et moi prennent du plaisir à infliger de la souffrance (expériences qui ont été faites dans certains laboratoires où la souffrance était simulée mais les gens qui appuyaient sur les boutons ne le savaient pas)
    ça interroge fortement sur la nature humaine…

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  9. Candide>> Peut être as tu vu le film allemand Das Experiment, qui relate une expérience de ce type. Un groupe d’une vingtaine d’homme est divisé en deux, les uns seront les goeliers et les autres les prisonniers… cela ne te surprendra pas et ne dévoilera rien du film si je te dis que l’expérience tourne mal… l’intérêt du film est de montrer comment l’homme devient animal et à quel point il peut pousser le vice.

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  10. La haine naît de l’ignorance, donc de la peur. Difficile de le croire, mais l’Europe d’il y a un siècle se méfiait de ses voisins comme depuis les grandes invasions ! Il n’y avait pas d’ouverture des frontières, ni internet, ni les blogs, ni tout ce que le « libéralisme » issu des Lumières nous a apporté.

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  11. Guess Who>> Décidément, tu prépares bien ce concours ! Mais j’attends toujours ton envoi ;o)
    Merci pour ta référence en tout cas.

    Holoturie>> Je ne connais pas… de qui est-ce ?

    Bourrique>> Oui, le cri du peuple. Je connais mais pas encore lu. Par contre, rien à voir, j’ai tous les Nestor Burma de Tardi. Et c’est très bien !

    Fab>> Ben t’étais où, je ne t’ai pas vu ce ouikende en Franche Comté ??? Par contre, on a bien mangé. De la saucisse de Morteaux, du comté, du vin de paille, etc.

    jmesuiléssépoucélacravat>> Merci de ta présence et ta gestion des comm’ chez moi. On dirait presque Tony dans « Madame est servie »… tu connais ? poil au nez, héhé ;o)
    Sinon, voir ma réponse à Candide ci-dessous.

    Chantal>> Alors quand c’est un proche, ça doit prendre une toute autre dimension. Tout cela, lorsque cela renvoit à des trajectoires personnelles, provoque encore plus d’émotions, c’est sûr.

    Ossiane>> merci de ton passage. Mais je n’ai pas vu la Chambre des officiers. De façon générale, je ne cours pas après les films de guerre, sauf grande exception. Ou bien sauf quand il y a des extra-terrestres (j’exagère à peine).

    Hrundi>> Je ne savais pour cette initiative du Ministère. En même temps, je ne connais pas grand chose de cette der des der. Le choc de la lecture de l’article n’en a été que plus fort apparemment.

    François>> Merci François de ta référence sur ton blog… A bientôt (chez Ossiane ou ailleurs) !

    Candide>> Ravi de vous revoir par ici. Je comprends bien ce que vous écrivez sur la nature humaine, leur penchant naturel au mal si on les y autorise. Mais c’est bien à la société de les empêcher, de les cadrer, etc. Suis-je trop optimiste ?

    Argoul>> Paradoxalement, avec les nouveaux medias, on ne diminue pas l’ignorance. On attise même certaines peurs.

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  12. UU, vous dites: « Je comprends bien ce que vous écrivez sur la nature humaine, leur penchant naturel au mal si on les y autorise. Mais c’est bien à la société de les empêcher, de les cadrer, etc. Suis-je trop optimiste ? »
    je ne pense pas à un penchant naturel pour le mal.
    Amour, haine, forces de vie, forces de mort, élan, retrait font partie de notre complexité.

    Cet adolescent violent par trois fois au collège, à tel point qu’il a du être évacué la dernière fois, en fait est un enfant solitaire, qui ne s’exprime pas de façon habituelle, qui aurait voulu faire un sport mais personne ne peut le conduire, il voit ses parents se séparer, et garde tout cela pour lui. Il explose en ce moment, explique bien qu’il arrive à se contrôler au début lorsqu’un camarade le traite de gros ou autre remarque mais après, ça le dépasse et il devient violent.

    Le cadrer, oui en rappelant la loi, le cadre et les sanctions, et aussi les appliquer, mais surtout rencontrer les parents pour que la parole circule dans la famille, rappeler son désir de sport, voir le prof qui n’arrête pas de lui faire des remarques ou lui lancer des piques, voir le prof de français car ce jeune écrit des nouvelles en secret et ne les a jamais montrées, lui rappeler l’équilibre alimentaire pour qu’il grandisse plus que grossisse, signaler à tel pion que cet élève l’aime bien pour ne pas manquer l’ouverture d’un dialogue si l’occasion s’en présente, revoir cet ado au besoin, envisager, si l’ouverture ne se fait pas, une orientation vers un spécialiste….
    Cet ado d’aujourd’hui est un adulte de demain (vive la Palice!

    Je ne pense pas du tout qu’un être soit naturellement mauvais. Il est complexe avec amour, haine…. La vie peut l’abîmer, le bousiller parfois.
    Une rencontre peut changer le cours des choses. Je pense que les êtres peuvent se remettre en mouvement, sortir de l’enfermement. Garder leurs blessures en eux bien sûr mais se construire avec, comme ils peuvent, capables d’échanges constructifs avec l’autre.

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  13. Ben alors… Serions-nous d’accord Candide ?
    La société peut en effet ne pas se satisfaire d’un état de faits, et faire courber les trajectoires de certains.
    Il faut continuer à croire cela. Sinon, les lendemains qui chantent n’existeront plus.

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  14. C’est tout d’abord le roman de Marc Dugain adapté au cinéma par François Dupeyron. Le film se passe dans la chambre des officiers d’un hôpital et non sur la champ de bataille car ces hommes ont été affreusement blessés à la tête. On les appelle les « gueules cassées ». Les têtes sont sous les bandages pour te rassurer. C’est très émouvant car bon nombre d’entre eux ont été rejetés à cause de leur apparence physique.

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  15. Ossiane>> Tiens, ça me fait penser au Patient Anglais. Un film qui tourne aussi du même thème [blessé de guerre, défiguré, etc.]. Bouleversant aussi. Et puis Kristin Scott-Thomas y est envoûtante… mais je m’éloigne du sujet là. ;o)

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  16. les tableaux d’Otto Dix sur ces gueules cassées sont impressionnants, et j’ai retenu la remarque de Fernand Léger, je crois, sur le cubisme, et qui dit en substance: comment pourrait-on ne pas être cubiste en ayant connu les tranchées et vu les êtres humains voler en morceaux sous les obus.
    merci à UU, à Ossiane, à Jean, à tant d’autres de ces blogs où des échanges se font. Permettre que la parole circule c’est tellement important

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  17. >UU: C’est un beau film également et puis s’il y a Kristin, c’est encore mieux:-)

    >Candide: C’est aussi grâce à des gens comme toi qui ont envie de partager leur vécu que ces échanges d’idées sont possibles, Candide.

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  18. Très belle note… Trés juste…Comme d’habitude…

    en plus ces articles rappellent à ceux qui l’ont oublié ce qu’était l »horreur des tranchées, cette extrème violence…

    Mon enfance a été baignée par les souvenirs – indirects – de mes grands pères, qui ont fait l’un 4 ans l’autre 2 ans de tranchées, et qui en sont revenus, vivants, mais définitivement traumatisés…

    A +
    Philippe

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