Devoir de vacances #15 par Aurélie

Appel solennel à toute la blogosphère. Cet été, le MAC change de ligne éditoriale. Entre le 22 Juin et le 1er Septembre, ne seront acceptés par le jUUry que les MAC de vacances !

L’élève Aurélie est particulièrement attentive, attentionnée et … douée ! Allez d’abord voir son magnifique blog intitulé Oreillette. Et seulement après, la lecture de son Devoir de Vacances ci-dessous…

Sujet du devoir du jour : Le stigmate d’Apollon, dieu des Arts

Aujourd’hui, elle y voyait plus clair dans sa vie. Elle le savait. Elle tourna ses talons et s’en alla, sans prendre le temps de dire au-revoir au cyprès. Elle avait le sourire aux lèvres. Elle savait qu’il comprendrait…

C’était il y a plus de trente ans, lorsqu’elle vit pour la première fois la colline au cyprès. Cette colline où elle reçut le stigmate d’Apollon. Ce jour-là, elle n’était pas seule. Ils devaient faire un pique-nique et tout le monde avait convenu que c’était bien le meilleur endroit pour leur déjeuner champêtre. Pourtant, elle qui n’entendait pas depuis sa naissance eut cette impression étrange qu’on lui parla. Dans son dos qui plus est. Elle se retourna et vit le cyprès. Stoïque. Flamboyant. Dardant le ciel azuré.

Elle y retourna le lendemain. En montant la colline, la voix se faisait plus claire. Etrangement, elle qui n’était pas habitué à entendre le moindre son avait pour la première fois de sa vie la certitude que le bruissement qu’elle entendait venait distinctement du cyprès. « Du mußt dein Leben ändern… Du mußt dein Leben ändern… Du mußt dein Leben ändern…» (*)

Qui pouvait bien lui parler ? En allemand qui plus est… Et elle vit tout d’un coup le torse archaïque d’Apollon qui surgit littéralement du cyprés. Elle jeta un rapide coup d’œil alentours. Seule. Terriblement seule. Face à Apollon, dieu des Arts. Elle partit en courant. Elle voulait hurler mais ne pouvait pas. Son cœur serré, elle dévala la pente jusqu’au village.

Devoirdevacances14aurliePourtant, elle y retourna le lendemain. Toujours seule. La même chose se produisit. Exactement… Le bruissement, puis la voix. Enfin, le torse Apollon… Rapidement, elle fit le tour du cyprès. Non pas de doute, elle venait de rencontrer son dieu-totem. Quelques jours plus tard, elle découvrit la trace sur son orteil. Non pas de doute, c’était le stigmate d’Apollon.

Pendant près de trente ans, elle monta cette colline. Tous les jours (ou presque). Elle parla intérieurement au torse d’Apollon. Il lui répondit, intérieurement. De longues discussions. Parfois, juste un bonjour avant de filer. Bien sûr, au début, elle avait peur. Elle, la jeune fille sourde de naissance… Et puis parler à un dieu. Qui pourrait comprendre cela ?

Le torse d’Apollon lui apprit tout. Accepter la cruauté du destin, la solitude face au néant. Mais elle avait de la chance d’être tombé sur ce dieu-totem. Sa vie aurait été complètement bouleversée si cela eut été Dyonisos… Apollon, dieu des Arts, lui dit un jour ceci : « Si quelque chose, en dehors de l’amour et de l’amitié, est capable de donner un sens à la vie, c’est la beauté de l’art. Du mußt dein Leben ändern…» Ah changer de vie… Elle eut enfin la révélation, le message qui expliquait ce stigmate au pied : changer de vie et inséminer la beauté de l’art dans sa vie !…

Dorénavant, la beauté apollinienne inonderait sa vie – en plus de l’amour et de l’amitié. Elle apprit à dessiner, à peindre. Tout ce qu’elle créait avait cette lumière de son dieu-totem qui l’irradiait. Pour donner de la réalité éphémère une apparence d’éternité.

Hier, elle s’est approchée du torse d’Apollon. Elle lui confia sa douleur devenue insupportable de ne jouir du sens de l’ouïe. Cette fois, elle entendit la voix d’Apollon en elle. « Le silence est comme une main invisible tendue entre deux êtres, qui les rapproche, qui leur permet de se dire des choses sans les préjugés dont s’entachent socialement les mots et les intonations, sans non plus les mensonges. Quand le silence s’installe, durablement, c’est la porte de l’âme de chacun qui s’ouvre à l’autre : se mettre à nu au dessus du puits vertigineux de la conscience pour dire quelques mots, non pas à l’oreille de l’autre, mais directement à son cœur qu’on entend battre, qu’on voit battre, là, juste devant ses yeux ébahis…»

Aujourd’hui, en prenant le chemin de la colline, elle y voyait plus clair dans sa vie. Elle le savait. Elle repensait à ce que lui avait dit hier le torse d’Apollon. Elle eut une idée. Elle tourna ses talons et s’en alla, sans prendre le temps de dire au-revoir au cyprès. Elle avait le sourire aux lèvres. Elle savait qu’il comprendrait…

La_colline_au_cyprsLégende : Photo en sépia – La colline au cyprès, au sud de Sienne (Nikon)

Mention concernant l’élève Aurélie : Dire que je suis sans voix serait un euphémisme. Mais c’est, avant tout, mes voeux de bonheur que je lui souhaite. Pour aujourd’hui et pour après. ;o)

(*) Explication (brève) de texte : Cette citation est restée en version originale car elle est issue des Nouveaux Poèmes de Rainer Maria Rilke. Elle m’avait tellement frappé – lorsque je l’ai lu dans un essai sur l’Europe (de Georges Steiner) il y a quelques jours – qu’elle me revient sans cesse en mémoire. Je crois lui avoir trouvé sa place avec ce Devoir de Vacances. Elle signifie : "Tu dois changer ta vie". Etrangement, en français, elle ne sonne plus pareil. Il y a moins ce sentiment d’urgence, de nécessité vitale. En allemand, elle arrive à nous faire sentir l’impératif de faire effectivement entrer dans sa vie la beauté de l’art (en sus de l’amour et de l’amitié – mais cela va presque sans dire).

Be cool, be open.

UU

ps : l’ordre des Devoirs de Vacances a été temporairement renversé. Yann&Ckck et professeur Hrundi ayant déserté la blogosphère, je préfère attendre leur retour… ;o) Quant à Fred de Mai, 35Heures, JMP et Jlhuss, patience, patience… Votre Devoir de Vacances est enregistré en bonne et due forme…

Entendre la Toscane…

[Cette note a – exceptionnellement – une dédicace : à Jmesuisléssépoucéunecravate et Breizhette qui ont accueilli cette nuit sur Terre leur bout d’chou, prénommée Eva. Enfin une qui a un prénom normal dans cette famille suisso-teuton-breizhienne ! Paix et bonheur à eux trois !]

Prescription (*) pour faire entrer la dolce vita dans votre maisonnée :
Mettre en boucle cette bande-son toscane.
Ajuster le volume, juste ce qu’il faut.
Pour s’y croire.
Pour voir apparaître les cigales.
Pour entendre la cloche de l’église du village.
Pour entendre les cloches qui sonnent la messe du soir.
Pour caresser le doux gazouillis des oiseaux perchés dans les arbres.
Pour voir surgir les mamas italiennes, sur le perron de leur maison.
Pour les entendre sonner le rappel pour la cena sacrée.
Pour effleurer de l’oreille les chiens du village que l’on entend subrepticement, au loin.
Ca y est… Vous êtes en Toscane…. Et vous ne voulez plus en partir…

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Légende : Photos prises à Chisure, dans les Crete Senesi (Casio). A l’endroit même de l’enregistrement audio.

(*) A consommer sans aucune modération donc… Vous ne me croirez peut-être pas mais nous avons mis cette bande de 1 minute et 1 seconde en boucle hier après-midi dans sur la chaîne hi-fi de notre salon et le silence s’est installé entre douce Marie et moi. Pour laisser la Toscane nous parler…

Et si vous n’êtes pas encore convaincus, laissez ma douce Marie vous décrire pourquoi c’était si émouvant. Nos bras en tombaient à la vue de ces paysages : “ Les Crete Senesi ont un pouvoir d’enchantement du fait de leur lumière très particulière, due à la terre argileuse, qui donne une teinte bleutée à la terre selon les angles d’attaque des yeux avides de dévorer toute cette beauté. Teinte bleutée qui se marie superbement avec le doré des champs et qui devient sublime au jour déclinant… Nos meilleurs moments en Toscane. Un bol de grand air, de grands espaces et de grande beauté.”

Be cool, be open.

UU

La sieste à plusieurs (Ckck, Jlhuss et UU)

La sieste… Ah la sieste… Instant de bonheur en suspens…

Et pourtant, j’en connais qui ne l’apprécient guère. Soit vécue comme une perte de temps, soit comme une faiblesse, soit comme une fatigue du fait d’un réveil parfois approximatif, soit comme une inutilité.

La sieste est tout sauf cela. Nos trois voix se sont élevées pour une polyphonique bloguesque sur ce thème : Ckck, Jlhuss et moi-même.

Ckck s’est fendue d’une très belle note sur le sujet aujourd’hui…
Jlhuss en avait déjà fait l’apologie juste avant…

Allez les voir pour vous cultiver ou lire de belles choses. Moi, je vous laisse. La pratique doit parfois prendre le pas sur la théorie. A bon entendeur, salUUt.

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Légende : Photo prise par douce Marie à San Giovanni d’Asso, un petit village près de Montalcino (Nikon)

Note (comme ça, en passant) : Des statistiques sérieuses de la part d’institutions mondialement compétentes ont démontré que le dimanche était le meilleur jour de la semaine pour s’adonner à la pratique de la sieste. Laquelle serait d’autant plus bénéfique que le repas qui la précède (le fameux déjeuner dominical) est gourmand, gastronomique. Si si, je vous assure. D’ailleurs, demain…

Be cool, be open.

UU

Sabato 6 agosto : i Crete senesi

La distribution des rôles tient une place essentielle dans un film. Alors, douce Marie et moi avons fait un casting du temps à notre arrivée en Toscane. La distribution fut simple et rapide :
temps couvert > direction les villages
temps ensoleillé > direction la campagne toscane
temps pluvieux > direction une exposition ou bien une dégustation

Et mon film, celui que je voulais tourner, dans ma p’tite tête, se devait être à la hauteur du cliché dont se pare l’évocation de la Toscane dans la mémoire collective. Ca devait beau, très beau ou bien sinon… Sinon… Sinon je ne sais pas en fait car le Beau s’est matérialisé, un samedi 6 août, sur une petite route départementale.

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Il faut dire qu’on avait tout fait pour… Le jour de plus beau temps, on l’avait gardé pour les Crete senesi. Ce nom d’autant plus évocateur que l’assonnance qui la compose souligne une profondeur, un mystère qu’il faut savoir forcer en vadrouillant partout, absolument partout dans la campagne toscane pour dénicher ces cadrages photogéniques.

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Ce sont ainsi quelques collines au sud de Sienne qui étalent leur minéralité, leur beauté formelle. Une double composition de l’homme et de la nature. Saisissant. Un moment d’émotion qu’il faut savoir gérer lorsqu’on est en train de conduire avec un volant entre les mains et les yeux qui ont déjà quitté la route depuis plusieurs secondes. Paradoxalement, on a même envie de les fermer (ses yeux), pour que s’imprime cette image comme sur une plaque photographique. La persistance prégnante de la beauté, une sensation douce et enivrante à la fois.

Be cool, be open.

UU

ps : Un jour, je parlerai sur ce blog des cyprès. Les cyprès toscans, i ciprese participent largement à la puissance d’évocation du paysage toscan.

note : Allez voir aussi chez Oreillette. Un texte magnifique sur la Toscane. Sur une autre sensation personnelle très forte.