Luberon – 4ème promenade : le GOÛT

Luberon – 4ème promenade : le GOÛT
Luberonmorenasvaucluse_1[‘Une journée sur les plateaux’, extraits, in Découverte des Monts de Vaucluse – guide écrit par François et Claude Morenas , préfacé en 1961 par Giono, encore… ]

Ensoleillé, ventilé, désert de ciel et d’espaces, vous cheminez dans un paysage grandiose, « hurlevent l’hiver ». L’air y est intact et vif en toute saison. Face au Ventoux bleu splendide toujours impressionnant : le Pays de Sault et en contrebas plongée sur le hameau de Sarraud. (…) A l’ancienne école, autrefois construite aux confins de trois communes limitrophes pour la commodité des habitants isolés des hautes plaines, prenez nos traits jaunes à gauche qui, par les hauteurs tourmentées se dirigent vers la grosse ferme de Champlong. Vous dominez à loisir la cuvette colorée et plus humaine, les belles terres cultivées du Plan de Castellet, régal des poumons et des yeux, contentement subtil de l’âme.
Sans vous faire remarquer, découvrez Champlong, grosse bastide typique de ces immensités très peu peuplées, flanquée de hangars et de tracteurs trahissant la vocation agricole encore active de la terre à cailloux et celle plus riche des anciens lacs. Contournez les châtaigniers immenses.

Luberonspot_pique_niqueC’est fin juin que cette plaine cachée, cernée de ces colles légèrement mamelonnées accumule le plus de richesses multicolores. Roux, verts tendres, jaunes pâles, grenats, bleus doux, violets, ors, terre de Sienne, en petits carrés dosés par le pur hasard du travail des paysans, disposés harmonieusement en coteaux de lavandes précoces, de genêts tardifs, de champs de blés somptueux, d’avoines mûrissantes, d’orges, de seigles, de trèfles incarnats, de sainfoin, de terres rouges fraîchement labourées, fleurs partout, fleurs champêtres, bleuets, coquelicots et leurs sœurs anonymes, bruyères, alouettes, transparence de l’air, limpidité des formes, vent que l’on sent vivifiant de toute la force de l’été qui s’épanouit et au loin aux confins d’un Ventoux immatériel, l’azur éclatant dont la lumière blesse. (…) Album inépuisable d’images nourricières de vos fringales de beauté.

Non, je ne me suis pas trompé dans le choix de l’extrait du guide (un autre, sur les Monts de Vaucluse, tout en restant dans le parc régional du Luberon) de François et Claude Morenas.

J’ai choisi volontairement ce passage pour vous parler du goût parce qu’effectivement ma douce Marie et moi avons fait en mai 2000 un mémorable pique-nique à proximité de cette ferme de Champlong. Et comme à chaque promenade que nous faisons dans le Luberon, nous sacrifions aux rites du désormais sacro-saint pique-nique et de la recherche exigeante du meilleur spot

Mais il ne faut pas s’y méprendre : ne sont pas mémorables les pique-niques les plus fastes, mais ceux dont votre esprit se rappelle parce que, ce jour-là, tous vos sens étaient en résonance : une superbe vue, un silence apaisant seulement dérangé par le vent et les oiseaux, une douce chaleur et les senteurs provençales des herbes aromatiques et des fleurs épanouies… C’est tout cela qui fait, selon moi, les meilleurs pique-niques.

Bonheur simple d’un pique-nique dans le Luberon… Une tomate fraîche, quelques tranches de pancetta, un banon (fromage de chèvre du Luberon, entouré d’une feuille odorante de châtaignier), quelques cerises de saison (parfois cueillies durant nos randonnées, lorsque le hasard nous fait croiser une exploitation), le tout accompagné d’une fougasse, encore chaude à la boulangerie du village le matin de la randonnée. C’est tout. Le reste, vous l’avez en vous : tous vos sens, en éveil.

Be cool, be open.

UU

ps : Les trois premières promenades étaient autour de la vue, de l’ouïe ou du toucher. Restent celles sur l’odorat et le 6ème sens.

Luberon – 3ème promenade : le TOUCHER

C’est à une promenade bien particulière que je vous invite aujourd’hui, toujours dans le Luberon. Après la vue et l’ouïe, c’est maintenant au tour du toucher, bien que le blog ne permette pas, encore, une matérialisation physique des choses.

Mais cela nous aurait été de toute manière inutile car ce que nous allons toucher du doigt est bien insaisissable… Le Mistral, non, ne se capture pas. Et pourtant, il est si palpable certains jours de l’année. Ce vent, par sa puissance et sa droiture, est la quintessence même de la liberté, traçant son chemin par monts et par vaux, sillonnant entre les silhouettes des arbres, de tous les arbres !… Un nom définitivement inséparable de la Provence.

C’en est presque devenu une connaissance intime tellement il nous a entourés, soufflés, bousculés ou tout juste caressés sur les sentiers des Monts de Vaucluse ou dans le Luberon. On l’a aimé sous le soleil des mois d’Août, mais on l’a aussi haï, de toutes nos forces, quand il jouait à redoubler la force des orages du mois de Mai qui nous transperçaient de toutes parts sur les hauts plateaux du pays de Sault.

Lisez l’extrait ci-dessous du guide de François et Claude Morenas. Vous serez sûrement envoûtés, vous aussi, par sa force.

Be cool, be open.

UU

Luberon – 3ème promenade : le TOUCHER
Luberonmorenas_2[‘Le promontoire des hautes plaines’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Luberontoucher_cornicheA 3 km 500, vous êtes sur la crête et vous trouvez le GR6 au Bastidon du Pradon. Buis, thym, lapiez… Aujourd’hui les cavales sont échevelées sur les crêtes, le mistral sauvage mène un train d’enfer et ce ne sont pas les quelques buissons coriaces qui feront écran. Les nuages s’effilochent au dessus de l’étang de Berre au loin, phosphorescente tache de lumière. Les montages sont transparentes, d’un bleu noyé, léger, de plus en plus diaphane. Les courbes se chevauchent, meurent en vagues et se dissolvent. Il est presque impossible de se tenir debout. Il faut s’arc-bouter, donner de l’épaule contre la formidable poussée qui vous déporte et vous emporte. Plus rien ne compte que ce souffle puissant dont chaque accalmie, l’espace d’un instant, redouble la tempête. Cette fureur convient au paysage limpide et démesuré, comme une dimension de grandiose.

Luberontoucher_corniche3S’avancer sur le promontoire qui se prolonge au dessus des vallons de Roumiguié et de l’Aigado, comme une presqu’île sur l’océan en bataille. Les récifs des montagnes tourmentées forment un cirque qui se referme derrière vous. Tout est excessif, emporté, violent, brutal. Malmené, taraudé, bousculé, on marche sans oser s’aventurer au bord de la falaise, à-pic vertigineux, dangereux aujourd’hui. Yeuses, filarias, cistes, rouvet, genêt de Villars, brachypodes, en îlots dispersés. La Durance, Sainte Victoire, les Alpilles, la mer. Avant l’extrême pointe de cette proue, un passage fait brèche dans le biais de la falaise que l’on dévale rapidement en petits lacets pentus et l’on perd vite de l’altitude. Après hurle-vent, c’est la pause.

Luberon – 2ème promenade : l’OUÏE

Notre promenade dans le Luberon continue aujourd’hui… Après la vue hier, je vous propose maintenant une promenade avec votre ouïe.

Surprenant, n’est-ce pas, que de mettre en avant le sens auditif pour une randonnée ! Claude Morenas a souvent laissé la tâche ardue du défrichage et du balisage à son mari, François Morenas, ainsi que ses pensionnaires de l’auberge de Regain. Pour lui, c’était la liberté d’un magnifique espace de jeux, de découvertes pédestres infinies. A elle, la liberté de l’écriture ! Peut-être une des plus belles libertés… Et l’émotion qu’elle a essayé de transcrire avec ses mots se ressent si fort qu’on a souvent, à la lecture de leurs guides, cette impression doucement étrange qu’ils vous accompagnent le long des chemins de traverse du Luberon.

Ma douce Marie et moi avons rencontré, en 2001, François et Claude Morenas, chez eux, à l’auberge de Regain, perdue sur les hauteurs d’Apt et de Saignon, au centre d’un magnifique plateau couvert de lavandes. Nous leur avons parlé que quelques minutes. Ils avaient déjà 80 ans, je crois. Mais l’évocation des passages du guide que nous ressortions par cœur à Claude Morenas l’avait tellement émue que ses yeux commencèrent à s’embrumer d’un joli voile, particulièrement émouvant. Elle ne pouvait plus marcher, bien sûr. Et ses mots qu’elle entendait de notre bouche l’avait immédiatement transportée, sur le lieu précis où elle s’était assis pour écrire et à la saison où tout cela se déroulait…

Nous leur avons donc dit toute la joie qu’ils nous avaient procurée avec ces guides. Ce qui est remarquable, dans cet extrait, comme dans tous les autres que je partage avec vous à l’occasion de ce cycle, c’est que nous avons entendu durant cette randonnée tous les sons qui sont évoqués… Ecoutez donc ce passage. Il vous donnera, j’espère, l’envie d’aller explorer les recoins les plus secrets du Luberon. Et d’écouter ses bruits, son silence.

Be cool, be open.

UU

Luberon – 2ème promenade : l’OUÏE
Luberonmorenas_1[‘Les Druides’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Un énorme cyprès ; tout de suite après, à droite, entre deux murets, envahi de ronces, clématites et pruneliers, s’ouvre l’ancien chemin muletier d’Apt à Sivergues, qui monte plein Sud vers le plateau des Claparèdes. (…) Beaux champs de blé vert, jeune verger d’amandiers en fleurs, cerisiers. A gauche se profile la silhouette bleu de Saignon et plus proche le rocher de Rocsalière. (…)
Luberonchemin_muletierUn bruit sourd de moteurs monte, rumeur assourdie, où se précise une voix de coq, un chien, la cloche de la cathédrale. Le vieux chemin pavé s’accroche à la montagne, bordé tout le long de murs de pierres sèches et l’on regrette que les genêts cendrés écartés de la main ne soient pas fleuris pour ajouter leur clarté à cette harmonie. Que dire ? Les mots sont pauvres, y trouveriez-vous toutes les senteurs de ce printemps qui naît à peine de l’hiver ? Entendriez-vous le bruit de l’eau qui s’égoutte sous le rocher rongé de lichens gris ? Fi des promenades pour l’hygiène, il s’agit de bien autre chose. Coller à l’élément pour une re-création en esprit, par tous les sens éveillés, qui ne concrétise par aucune œuvre palpable.

Luberon – 1ère promenade : la VUE

Aujourd’hui débute un récit sous la forme de six promenades quotidiennes. Voilà quelque temps que j’y pense et que je laisse mon esprit vagabonder jusqu’à trouver comment partager un des plus grands bonheurs de notre vie. Je dis « notre » parce que ce bonheur, je le partage chaque année avec ma douce Marie depuis sept ans.

Voilà donc ce jour venu pour vous faire découvrir en six promenades sensorielles (la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût et un sixième sens pour clore ce récit à la fin de la semaine) nos randonnées dans le Luberon.

Tout se fera en compagnie de François et Claude Morenas qui ont écrit des guides hors du commun pour faire aimer leur région : ils ont balisé, marqué et écrit sur le Luberon de leur cœur depuis plus de 50 ans, à partir de l’auberge de jeunesse de Saignon (Vaucluse), dite Auberge de Regain. C’est aussi de ce Luberon là dont ma douce Marie et moi sommes tombés amoureux. Celui où l’on ne croise ni stars de la télé, ni jet-setters, ni richissimes hommes d’affaires, tous enfermés dans leur bastide provençale de luxe dans la banlieue de Gordes. On y croise seulement de la poésie, de la beauté naturelle et simple, et tellement d’émotions à n’en savoir que faire…

Merci à David L. de nous avoir, un jour de 1999, mis sur les traces de François et Claude Morenas : la lecture de leurs guides ne ressemblent à aucun autre guide. On y trouve des repères pour se guider, bien sûr, mais surtout, chose rare, du bonheur à lire en marchant…

Pas de photo pour illustrer. Tout est là, en vous. La première promenade se trouve un peu plus bas dans cette note. Suivez moi…

Be cool, be open

UU

Luberon – 1ère promenade : la VUE
Luberonmorenas[‘Le vallon de Taverne et Robion’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

(…) A la Bergerie, prenez à gauche pour gagner les hauteurs, par un grand chemin forestier. Passez au Collet. Le grand chemin devient sentier, attention, obliquez à droite, tout droit la trace se perd dans les buis, et descendez dans le vallon de la Brayette, cèdres magnifiques. Arrivée sur la plate-forme abrupte sur les Rochers de Baude qui s’annoncent d’abord comme une cassure infranchissable. Si vous ne craignez pas le vertige, avancez-vous jusque sur la pointe en plongée terrible sur le vide. On se sent aigle en plein ciel.
Un passage existe, confortable, taillé naturellement en corniche dans la roche, virage sur l’horizon immense et la plaine aux petits champs découpés et Robion en gros plan aux toitures groupés, beau à couper le souffle que l’on reçoit en plein cœur comme une surprise heureuse, extasié d’une grande joie qui se lit sur le visage.
Le sentier dégringole, facile, et l’on se sent chèvre en cabriolant dans les rochers, les yeux sur le village en contrebas où s’allument déjà une à une les lampes du crépuscule. (…)