Meilleurs Mots lUUs #7 et #8: Juliette et Guess Who

[NdUU: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs est toujours ouvert… Le règlement (archi-simple) est ].

Une surprise aujourd’hui et un poids lourd [sans jeu de mots aucun ;o)]

La surprise vient de Juliette qui, sans doute sans le savoir, propose un autre extrait d’un livre déjà sélectionné l’année dernière !

Il s’agit de Dalva, de Jim Harrison. Cela ne peut être coïncidence et la répétition de l’Histoire pourrait forcer le destin: ce roman est peut-être une machine à gagner si deux lecteurs l’ont choisi pour les Meilleurs Mots lUUs !

Le poids lourd: c’est l’éminent Guess Who. Poids lourd de par son éminence poétique [ce sympathique personnage est un poète incarné] et de par ses goûts littéraires que j’apprécie [on partage le même amour – littéraire – pour Proust…]

Une nouvelle sélection pleine de promesses !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent ! [oui, ça y est – j’ai vu enfin ma faute d’orthographe ;o)]

Be cool, be open.

UU

ps: N’oubliez pas le sondage ad hoc à droite, « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #7

Juliette – Extrait de « Dalva », de Jim Harrison

« Maintenant l’obscurité ne semblait pas tant descendre qu’engloutir lentement les montagnes à partir de leur base, comme si la terre elle-même diffusait les ténèbres. J’ai frissonné très légèrement de peur en entendant le premier appel de l’effraie qui vit dans les trous qu’elle creuse à l’intérieur du cactus saguaro. J’avais déjà campé là plusieurs fois, et toujours ce frisson me saisissait quand je ressentais l’immense étrangeté du paysage. Je n’avais jamais rencontré personne ici. Les éléments qui constituaient mon moi étaient livrés au désert, au quartier de lune et aux constellations de l’été qui apparaissaient lentement dans le ciel.

Comme j’avais toute la nuit devant moi pour regarder les étoiles, je me suis levée du lit de camp afin d’allumer un feu. Un scorpion, parent plus inamical de la crevette, a détalé pour échapper aux flammes. Je me suis retenue de lui dire bonsoir, à lui ou au coyote que j’entendais à quelques miles au sud. Malgré ma faim, je ne mangeais jamais quand je dormais là, désireuse de rester éveillée le plus longtemps possible pour regarder les étoiles. C’est oncle Paul qui m’a présenté les deux hommes qui m’ont fait connaître cet endroit. Mes yeux ont quitté le feu qui commençait de prendre, mon regard s’est levé et j’ai pensé à un passage d’un essai de Lorca : « La nuit énorme qui se déhanche contre la Voie Lactée » J‘ai baissé les yeux vers mon corps, mes bras, mon ventre et mes cuisses dorés par la lumière du feu. J’aimais infiniment la vie, mais rien en moi ne regrettait de vieillir. Quand je me suis allongée sur le lit de camp, j’étais en proie à une excitation physique aussi intense qu’inexplicable. J’ai senti une brise presque imperceptible me frôler les pieds puis remonter le long de mon corps. Je me refusais à reconnaître les effets évidents de cette nuit de juin sous cette latitude – curieuse manière qu’ont nos émotions de nous cacher certaines informations. »

Commentaire de Juliette

J’ai beaucoup aimé ce livre, le plus abouti du grand romancier américain Jim Harrison. A travers la vie de son héroïne, Dalva mi indienne mi blanche, femme de quarante cinq ans, meurtrie par la vie mais douée d’une ferveur, d’une sensualité et d’un amour poignant pour les terres sauvages du Michigan, Harrison met en scène le mythe du « Jardin d’Eden »sur fond de génocide de la nation indienne, dans un style extraordinaire de lyrisme de violence et de pudeur susceptible de déclencher chez ses lecteurs une rare émotion. L’édition lue: Chez Christian Bourgeois (1987).

Meilleurs mots lus #8

Guess Who – Extrait de « Les Amants d’ailleurs », de Siham Issami

Siham Issami

IX

Ce silence veille sur eux
Seul refuge de ces choses fugitives
Qui ne supportent pas d’être nommées, quand les noms tuent, et comme ils tuent parfois
Qui succombe sitôt définies ou prononcées
Evanouises sitôt vues
Des choses à l’abord périlleux, d’une fragilité précieuse
Comme l’aile fine d’un papillon qu’il ne faut caresser que des yeux, et être prudent tant le regard peut blesser.
Qui dans la main, vous alisse une poudre lumineuse, trace, passage de ce qui est au-delà de toute captivité, même celle des mots<

Le nom tue, le regard blesse, le toucher brise… que faire ?
Renoncer à ses sens et rentrer dans le silence
Un silence bienveillant
Ne pas dire pour continuer à être…
Quand « le mot » est l’arrêt, la fin, le bord du néant
Quand « le mot » est l’effondrement, la ruine

Mais, il arrive que le silence craque, se fracasse comme un château de cristal qui succombe sous le poids de sa transparence

Se taire… se taire avec des mots, ces mots, jetons de mots qui habitent l’espace séparant silence et parole, un lieux en éternel midi, en apesanteurs, sans lumières ni ombres, sans portées, sans poids, sans impact, sans mots justement
Culbutes de mots arrêtés en pleine fougue dont on n’aperçoit que l’impact de leur chute, un creux sombre granulé
Des mots qui ont perdu leurs formes, eux mêmes perdus comme la voix désespérée du ciel qui ne connaît aucune destination, ni ancienne bouche pour y retourner, mais sans bruit, sans lumière.

Entre elle et lui, des yeux fermés, une bouche perdue que cherche son visage et quatre mains agrippées au vide.

Commentaire de Guess Who

Vous rentrez dans votre librairie favorite, celle que sent bon la colle… vous faites le tour des nouveaux romans, des derniers essais politiques, vous jettez un coup d’œil au dernier roman policier de l’auteur à la mode, et avant de passer à la caisse vous passez pas loin du rayoj poésie.
Un tout petit livre attire votre attention, vous le prenez et lisez en diagonale quelques lignes; assez pour vous dire, tiens, pas mal… et en sortant il se trouve parmi tous les autres livres que vous avez acheté.
Ce petit livre, je l’ai pris souvent avec moi en voyage avec l’intention de le lire le soir à l’hôtel… mais ce n’est qu’avant hier, dans un troquet d’Amsterdam, un verre de genièvre à la main alors qu’il pleuvait dehors, que j’ai ouvert ce petit recueil de vers en prose par Siham Issami… ouvert, et je n’ai pas pu m’arrêter avant la fin !

J’avais trouvé mon texte pour le concours à UU !!!

Siham Issami, est une jeune femme marocaine qui a finit ses études de sciences à l’université de Rabat en 2001. Elle fait partie de la jeune génération de poètes marocains d’expression française et ce recueil « Les Amants d’ailleurs » est son premier coup d’essai … si si !

Meilleurs Mots lUUs #5 et #6: Breizhette et Jmesuiléssépoucélacravat

Ah… Le couple choUUchoUU de la blogosphère…

Bon, n’en tirez pas les conclusions que je fais du favoritisme là, hein…

Parce qu’ils n’ont pas besoin de moi pour savoir que leur choix est très bon.

Breizhette partage un coup de coeur sincère. Pour ma part, je trouve qu’on a véritablement envie de sauter dans la première librairie pour lire la suite…

Jmesuiléssépoucélacravat persiste et signe. Amin Maalouf à nouveau, après des Mots lUUs du même auteur l’année dernière. Il a raison: c’est comme au loto, faut jamais changer de combinaison ! ;o)

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Même si le nouveau sondage est plus proche de « Questions pour un Champion », n’hésitez pas à voter !…

Meilleurs mots lus #5

Breizhette – Extrait de « Happy Hand », de Guillaume Laurant

Il était né à Rabat et se prénommait Naoufel, mais on l’avait toujours surnommé Nafnaf.

Durant ses douze premières années, ses parents s’étaient échinés à lui inoculer le virus de la langue française. A quatre ans, ils lui lisaient L’Education sentimentale pour l’endormir. Un an plus tard, Nafnaf était déjà initié a bien des subtilités sémantiques, linguistiques, grammaticales ou syntaxiques. Il savait qu’une ombrelle n’est pas le féminin d’un nombril et que « l ‘asticot sur le camembert » ou « le pou sur la tonsure » étaient moins galvaudés que « la cerise sur le gâteau ». La langue française fut son premier jouet et cela faisait vingt-cinq ans qu’il s’ingéniait à le casser.

[…] Nafnaf débarqua dans sa patrie d’accueil la bouche pleine d’imparfaits du subjonctif et mieux initié aux subtilités de la vie à la cour des rois de France qu’à celle des cours de récréation. Le facteur Cheval, le sapeur Camember ou le spectateur Lambda faisaient depuis longtemps partie de sa famille d’élection, au même titre que Tartarin de Tarascon ou Roland de Roncevaux. Les « faquins », « butors », « cuistres » et autres « ruffians » qu’il asséna à ses camarades le jour de son entrée en CM2 firent de lui la risée générale. Il en pleura des rizières. Par dépit, il opta pour le mutisme. Le système scolaire, il faut être armé pour, ou armé contre. Désarmé, on n’a guère de chance d’échapper au laminoir.

Sur sa feuille de route pour les oubliettes de l’Education nationale, à la question « métiers envisagés », Nafnaf écrivit dans un dernier sursaut de panache : « gardien de pharaon », « bouilleur de crucifix », ou « derviche tourneur fraiseur ». Quand on lui demandait d’épeler Naoufel, il déclinait invariablement : Nécrose, Arthrite, Orgelet, Urticaire, Fistule, Eczéma, Lèpre. Il devint un cancre, las et solitaire.

Commentaire de Breizhette

Il s’agit d’un extrait du livre « Happy Hand » (ha ha ha!) de Guillaume Laurant (entre autres scénariste du Fabuleux destin d’Amélie Poulain), publié aux Editions du Seuil.

Je ne prétends absolument pas ici détenir les meilleurs mots lus de l’année 2006, mais si je peux déjà donner envie à quelqu’un de lire cet auteur à l’humour décalé, ce sera ça de gagné!!! J’ai choisi un extrait qui collait bien à la nature du concours, il se trouve que ce sont les premières lignes du livre.

Meilleurs mots lus #6

Jmesuiléssépoucélacravat – Préface de « Origines », d’Amin Maalouf

D’autres que moi auraient parlé de « racines »… Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot « racines », et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « tu te libères, tu meures ! »

Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines ; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nous convoitons le ciel, et quand nous nous enfonçons dans la terre, c’est pour pourrir. La sève du sol natal ne remonte pas par nos pieds vers la tête, nos pieds ne servent qu’à marcher. Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient – de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie.

A l’opposé des arbres, les routes n’émergent pas du sol au hasard des semences. Comme nous, elles ont une origine. Origine illusoire, puisqu’une route n’a jamais de véritable commencement ; avant le premier tournant, là derrière, il y avait déjà un tournant, et encore un autre. Origine insaisissable, puisqu’à chaque croisement se sont rejointes d’autres routes, qui venaient d’autres origines. S’il fallait prendre en compte tous ces confluents on embrasserait cent fois la Terre.

S’agissant des miens, il le faut ! Je suis d’une tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert aux dimensions du monde. Nos pays sont des oasis que nous quittons quand la source s’assèche, nos maisons sont des tentes en costume de pierre, nos nationalités sont affaire de dates, ou de bateaux. Seul nous relie les uns aux autres, par-delà les générations, par-delà les mers, par-delà le Babel des langues, le bruissement d’un nom.

Pour patrie, un patronyme ? Oui, c’est ainsi ! Et pour foi, une antique fidélité !

Je n’ai jamais éprouvé de véritable appartenance religieuse – ou alors plusieurs inconciliables ; et je n’ai jamais ressenti non plus une adhésion totale à une nation – il est vrai que là encore, je n’en ai pas qu’une seule. En revanche, je m’identifie aisément à l’aventure de ma vaste famille, sous tous les cieux. A l’aventure, et aussi aux légendes. Comme pour les Grecs anciens, mon identité est associée à une mythologie, que je sais fausse et que néanmoins je vénère comme si elle était porteuse de vérité.

Commentaire de Jmesuiléssépoucélacravat

Ce texte est la préface de Origines d’Amin Maalouf… oui je sais, c’est la deuxième année consécutive que je propose l’extrait d’un livre de cet auteur. Rassurez-vous, je lis aussi d’autres choses et la réflexion a été intense pour savoir quel livre et quel extrait je choisirai.

C’est finalement ce texte qui l’a emporté. Il est donc la préface d’un livre dans lequel Amin Maalouf nous entraîne dans l’histoire de sa famille, à travers les âges, les lieux, les religions… les mauvaises langues diront qu’il se fait payer ses recherches généalogiques par les lecteurs, mais je pense que le voyage dans lequel il nous entraîne est beau, émouvant et cela donne envie de se renseigner auprès de ses proches, surtout les plus anciens d’entre eux, avant qu’ils ne disparaissent, pour savoir à son tour quelles sont ses origines, qu’ont fait nos ancêtres de leur vivant pour que nous soyons là où nous sommes !

Meilleurs Mots lUUs #3 et #4: Chapeautée et Bourrique

Je le répète à l’envie.

Mais personne ne me croit. Ou bien si peu.

Des choses se passent, là.

Sous vos yeux.

Sur nos blogs.

De la télépathie blogUUesque, dira-t-on.

Pour ma part, je dirais des coïncidences non fortuites.

Et hop, pur hasard du calendrier de réception des Meilleurs Mots lUUs: Chapeautée et Bourrique, le même jour…

Et tous les deux invoquent le philosophe ultime, j’ai nommé Socrate [via Malraux et Aristophane] !

Dingue.

Cela dit, faire appel aux figures historiques [Colombey les deux Eglises hier avec CDG, mais aussi Mitterrand, Jaurès etc. de l’autre côté des urnes] est clairement dans l’air du temps

Alors quoi ? Socrate serait-il à la mode ?

A vous de jUUger…

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: Notez la nouvelle rubrique à droite « Une idée de jUUry popUUlaire »…

Meilleurs mots lus #3

Chapeautée – Extrait de « Les chênes qu’on abat », d’André Malraux

« A quoi te sert, Socrate, d’apprendre à jouer de la lyre, puisque tu vas mourir ?
– A jouer de la lyre avant de mourir. »

Commentaire de Chapeautée

Alors pourquoi cette phrase ? Pour le contexte dans laquelle je l’ai retrouvée, exactement à la page 73 d’un livre d’André Malraux : les chênes qu’on abat…
Cette citation dans la conversation par Malraux à De Gaulle me touche. Elle, précisément et elle m’en rappelle d’autres venues me projeter en un minimum de mots, au fil de ce qui se dit et ce qu’il se vit, vers le noyau du fruit.

Meilleurs mots lus #4

Bourrique – Extrait de « Théâtre complet I » [Les Nuées], d’AristophaneAristophane - Couverture

Podcast ! Ne ratez surtout pas le podcast de Bourrique sur ses Meilleurs Mots lUUs. Moment d’hilarité moderne, s’il en est…

TOURNEBOULE [Avisant Socrate, qui est suspendu en l’air dans un grand panier] Mais dis donc, qui est-ce, là-haut, dans le couffin, le type qui est suspendu ?
LE DISCIPLE Socrate.
TOURNEBOULE Hé, Socrate! [Au disciple] Vas-y, toi, hèle-le-moi un bon coup !
LE DISCIPLE Hèle-le toi-même, moi je n’ai pas le temps. [// s’en va]
TOURNEBOULE Hé ! Socrate ! Hé ! Socratinet !
SOCRATE Pourquoi me hèles-tu, créature d’un jour ?
TOURNEBOULE Mais d’abord, qu’est-ce que tu fais ? Je t’en supplie, explique-moi.
SOCRATE J’arpente les airs, et, en esprit, j’enveloppe le soleil…
TOURNEBOULE Alors tu montes sur un caillebotis pour traiter les dieux du haut de ton esprit ? et tu n’as pas les pieds sur terre, en tout cas.
SOCRATE Non, car jamais je n’eusse découvert en toute justesse le secret des célestes réalités, si je n’avais mis mon intellect en suspension, et amalgamé la subtilité de ma méditation à l’air qui lui est consubstantiel. Si j’étais resté au sol pour scruter d’en bas les choses d’en haut, jamais je n’eusse rien découvert. Certes non, car la terre draine irrésistiblement à elle la sève de la méditation. C’est tout juste ce qui se passe pour le cresson.
TOURNEBOULE Quoi ? la méditation draine la sève dans le cresson ? Mais voyons, Socratinet, descends de ces hauteurs jusqu’à moi, pour me donner les leçons que je suis venu chercher.
SOCRATE Et tu es venu pourquoi ? TOURNEBOULE Je veux apprendre à parler. C’est que j’ai des intérêts à payer, des créanciers mauvais coucheurs qui me pillent, qui me saignent; mes biens sont saisis. SOCRATE Et d’où vient que tu te sois endetté comme ça ? Où avais-tu la tête ?
TOURNEBOULE C’est une fièvre de cheval, dévorante, qui m’a mis sur les boulets. Allons, enseigne-moi l’un de tes deux raisonnements, celui qui obtient de ne rien rembourser. Fixe à ton gré tes honoraires : sous la foi du serment, je te les verserai, par les dieux !
SOCRATE Les dieux ? quelle idée ? en voilà un serment ! D’abord les dieux, chez nous, ça n’a pas cours.
TOURNEBOULE Alors, en quelle monnaie les faites-vous, vos serments ? En fer-blanc ‘, comme chez les sauvages ?
SOCRATE [dédaignant la question] Tu veux savoir, bien au clair, les choses divines ? ce qu’elles sont, bien au juste ?
TOURNEBOULE Oui, grand dieu, s’il y a moyen.
SOCRATE Et prendre langue avec les Nuées — nos divinités à nous ?
TOURNEBOULE Parfaitement. […] Mais Zeus, à votre compte, dis, au nom… de la Terre, l’Olympien, il n’est pas dieu ?
SOCRATE Qui ça, Zeus? Trêve de balivernes! Il n’existe même pas, Zeus.
TOURNEBOULE Qu’est-ce que tu dis ? Alors, qui c’est qui pleut ? [D’un ton assuré, car il croit tenir un argument décisif] Explique-moi un peu ça pour commencer !
SOCRATE Elles, bien sûr! Et moi, je vais t’en donner une preuve magistrale. Voyons, où l’as-tu déjà vu pleuvoir. Lui, sans nuées ? c’est pourtant ce qu’il devrait faire : pleuvoir par ciel bleu, quand elles sont en vacances.
TOURNEBOULE Jour de dieu ! Pour cette question-ci, tu m’as rivé mon clou ! Moi qui jusqu’ici croyais pour de bon que c’était Zeus qui pissait dans une passoire ! Mais qui c’est qui tonne, dis-moi, que ça me fait frémifrissonner ?
SOCRATE Elles, par leur roulis : c’est ça le tonnerre.
TOURNEBOULE Comment ça, dis, toi que rien n’intimide ?
SOCRATE Quand, gorgées d’eau, elles sont forcées de se mouvoir, la masse qui les imbibe les fait brimbaler, nécessairement : alors elles se cognent lourdement les unes aux autres, et elles éclatent à grand fracas.
TOURNEBOULE Mais celui qui les force à se mouvoir, n’est-ce pas Zeus ?
SOCRATE Pas du tout : c’est un tourbillon de l’éther.
TOURNEBOULE Tourbillon ? Je n’avais pas la moindre idée de ça : alors Zeus, y en a pas ? Et à sa place, c’est Tourbillon qui règne à cette heure!… Mais sur le vacarme du tonnerre, tu ne m’as rien appris encore !
SOCRATE Tu n’as pas entendu ce que je t’ai dit ? Je te répète que ce sont les nuées, pleines d’eau, qui en se cognant les unes aux autres, font ce vacarme, par effet de compression.
TOURNEBOULE Dis donc, tu veux me faire croire ça ?
SOCRATE C’est sur ta propre personne que je vais fonder ma démonstration. Il t’est bien arrivé, après avoir fait ton plein de brouet, au moment des Fêtes, d’avoir le bedon en tohu-bohu, traversé tout à coup d’un tintamarre borborythmique ?
TOURNEBOULE Jour de Dieu ! Pour ça oui ! Ça ne tarde pas : il m’en fait de belles, c’est un tohu-bohu, ça tonitrue, ça brouette là-dedans, un vacarme, un beau hourvari ! Piano, pour commencer : pappax… pappax… Et puis accelerando… parapappax… Et quand je chie, c’est un vrai tonnerre… paraparappax… exactement comme Elles !
SOCRATE Eh bien juge un peu : une telle pétarade sortant d’un petit bedondinet pas plus gros que ça ! Alors l’immensité des Airs, là partout, c’est naturel qu’elle fasse un énorme tonnerre, pas vrai ?

Commentaire de Bourrique

En l’occurence, ce sera les meilleurs mots Relus en 2006, à l’occasion d’une soirée lecture à laquelle j’étais conviée.

Que lire?

Je ne connaissais presque personne à cette soirée, j’ai donc choisi quelque chose qui me ressemble le plus, comme une carte de visite. Cette année, j’ai pas mal lu Onfray. Me suis fait plaisir. Et les théories d’Onfray quant à la dualité et la philosophie platonicienne, on les trouve déjà chez Aristophane, auteur du comédies à Athènes au IV° siècle avant J.C.

Autant vous le dire, tout Aristophane est régalant.

Et surtout dans le texte. Des jeux de mots en cascades, des allitérations, des jeux de mots musicaux et cocasses.

Debidour en propose une excellente traduction collant au plus près de la dérision de la langue utilisée par Aristophane. Un traducteur génial et en édition de poche, de surcroît.

Que je vous cause donc de l’extrait…

Tourneboule est un bon paysan athénien qui est couvert de dettes par la grâce d’un fils irresposable féru de chevaux.

On lui a donc conseillé de se faire enseigner l’art de la parole juste et injuste afin d’embrouiller ses créanciers et parvenir ainsi à ne pas les payer. Il vient donc chercher cet enseignement auprès de Socrate… qu’il propose de rétribuer une fois acquis l’art de ne pas payer ses créanciers! J’adoooore…

Socrate est représenté dans un panier suspendu… J’adooooore aussi.

Et il développe une interprétation du mythe de la caverne toute botanique! Tourneboule va même prendre une leçon de théologie : Zeus n’existe pas mais les Nuées, si. Preuve en est faite : le tonnerre n’est que le pet des Nuées.

J’adoooooooore.

Meilleurs Mots lUUs #1 et #2: Roméo et Brigetoun

Ca y est ! C’est parti les enfants !…

L’édition 2006 du Concours des Meilleurs Mots lUUs est lancé !

Pour celles et ceux qui veulent rattraper le train en marche avant la date limite de participation du 20 novembre, n’hésitez pas à participer dès aujourd’hui: les règles sont .

Pour ce que j’ai vu [déjà 4 participations à ce jour], le concours part sur les chapeaux de roue avec un très bon niveau ! ;o)

Aujourd’hui, une très belle page par Roméo et un Flaubert comme on le connaît pas habituellement par Brigetoun !

Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

Meilleurs mots lus #1

Roméo – Extrait d’« Une trop bruyante solitude », de Bohumil Hrabal

[Depuis 35 ans, Hanta écrase de vieux livres sous une presse hydraulique…]

Voilà trente-cinq ans que je travaille dans le vieux papier, et c’est toute ma love story. Voilà trente-cinq ans que je presse des livres et du vieux papier, trente-cinq ans que, lentement, je m’encrasse de lettres, si bien que je ressemble aux encyclopédies dont, pendant tout ce temps j’ai bien comprimé trois tonnes ; je suis une cruche pleine d’eau vive et d’eau morte, je n’ai qu’à me baisser un peu pour qu’un flot de belles pensées se mette à couler de moi ; instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j’ai lues. C’est ainsi que, pendant ces trente-cinq ans, je me suis branché au monde qui m’entoure : car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu’à ce que l’idée se dissolve en moi comme l’alcool ; elle s’infiltre si lentement qu’elle n’imbibe pas seulement mon cerveau et mon cœur, elle pulse cahin-caha jusqu’aux racines de mes veines, jusqu’aux radicelles des capillaires. Et c’est comme ça qu’en un seul mois je compresse bien deux tonnes de livres, mais pour trouver la force de faire mon travail, ce travail béni de Dieu, j’ai bu tant de bière pendant ces trente-cinq ans qu’on pourrait en remplir une piscine olympique, tout un parc de bacs de carpes de Noël. Aussi, bien malgré moi, je suis devenu sage : je découvre maintenant que mon cerveau est fait d’idées travaillées à la presse mécanique, de paquets d’idées. Ma tête dont les cheveux se sont tous consumés, c’est la caverne d’Ali Baba, et je sais qu’ils devaient être encore plus beaux, les temps où toute pensée n’était inscrite que dans la mémoire des hommes. En ces temps là, pour compresser des livres, il aurait fallu presser des têtes humaines, mais même cela n’aurait servi à rien, parce que les véritables pensées viennent de l’extérieur, elles sont là, posées près de vous comme une gamelle de nouilles, et tous les Konias, tous les inquisiteurs du monde brûlent vainement les livres : quand ces livres ont consigné quelque chose de valable, on entend encore leur rire silencieux au milieu des flammes, parce qu’un vrai livre renvoie toujours ailleurs, hors de lui-même…

Commentaire de Roméo

Ce petit livre (‘Points’, Robert Laffont 1983, 125p) a été pour moi une découverte émerveillée, par un style simple et plein d’humour féroce, et d’un sens de l’absurde, qui touche le cœur du lecteur, et remue beaucoup de choses sur et autour de la lecture et des livres, mais va plus loin encore…Il illustre tragiquement la condition de l’esprit dans les pays soumis aux ‘bienfaits’ de la normalisation soviétique à Prague. On pense à Kafka. J’ai vraiment beaucoup aimé : une humanité et une sensibilité à fleur de peau et aussi enracinée et désabusée.

Meilleurs mots lus #2

Brigetoun – Extrait d’une lettre à Louise Colet le 15 juillet 1853, de Gustave Flaubert

Il n’a pas l’instinct de la vie moderne, le cœur lui manque ; je ne veux pas dire par là la sensibilité individuelle ou même humanitaire, non, mais le cœur, au sens presque médical du mot. Son encre est pâle. C’est une muse qui n’a pas assez pris l’air. Les chevaux et les styles de race ont du sang plein les veines, et on le voit battre sous la peau et les mots, depuis l’oreille jusqu’aux sabots. La vie ! la vie ! bander tout est là ! C’est pour cela que j’aime tant le lyrisme. Il me semble la forme la plus naturelle de la poésie. Elle est là toute nue et en liberté. Toute la force d’une œuvre gît dans ce mystère, et c’est cette qualité primordiale, ce motus animi continuus (vibration, mouvement continuel de l’esprit, définition de l’éloquence par Cicéron) qui donne la concision, le relief, les tournures, les élans, le rythme, la diversité. Il ne faut pas grande malice pour faire de la critique ! On peut juger de la bonté d’un livre à la vigueur des coups de poing qu’il vous a donnés et à la longueur de temps qu’on est ensuite à en revenir. Aussi, comme les grands maîtres sont excessifs ! Ils vont jusqu’à la dernière limite de l’idée. Il s’agit, dans Pourceaugnac, de faire prendre un lavement à un homme. Ce n’est pas un lavement qu’on apporte, non ! mais toute la salle sera envahie de seringues ! Les bonshommes de Michel-Ange ont des câbles plutôt que des muscles. Dans les bacchanales de Rubens on pisse par terre. Voir tout Shakespeare, etc., etc.,… Je crois que le plus grand caractère du génie est, avant tout, la force. Donc ce que je déteste le plus dans les arts, ce qui me crispe, c’est l’ingénieux, l’esprit. Car pour avoir ce qui s’appelle du mauvais goût, il faut avoir de la poésie dans la cervelle. Mais l’esprit, au contraire, est incompatible avec la vraie poésie.

Commentaire de Brigetoun

Envoyé par Brigetoun qui se demande bien pourquoi elle a choisi ça. Parce qu’on est bien dans la correspondance des écrivains et, entre autres, dans celle de Flaubert, quand il oublie de jouer les bourgeois égoïstes.

Concours 2006 des Meilleurs Mots lUUs – Un petit rappel

Rappel: Le Concours des Meilleurs Mots lUUs 2007 est lancé.

Les règles: Cliquer [enfin bon en bref, c’est me soumettre la meilleure page que vous avez lue en 2006, quelque soit le style]
D’autres précisions: Cliquer [enfin, le plus important étant que le jUUry est cool et open, et prendra tous les textes qui leur seront soumis]
Délai ultime: Le plus vite possible [et au plus tard, le lundi 20 novembre 2006]

Lancement du concours 2006 des Meilleurs Mots lUUs

Ayé !

 

Alors que les prix littéraires font l’objet de discussions passionnées et sérieuses, il était temps de lancer la nouvelle édition 2006 du Concours des Meilleurs Mots lUUs.

 

A la clé, le Prix BlogOnCourt ! ;o)

 

 

Cliquez sur l’édition 2005 pour savoir de quoi il en retournait l’année dernière.

 

Les règles (à peu près les mêmes que l’année dernière):

 

– Un extrait (court – environ une page max.)

– Tiré d’un livre que vous avez lu *personnellement* en 2006

Le jury:

 

– Sur base de volontariat [merci de vous manifester ici ou par émile]
– Au nombre de 4/5 jurés

– Pas de critère de parité

– Doit noter en son âme et conscience, mais surtout avec une grande liberté de coeur

Les critères de notation:

 

– A la différence de l’année dernière, ils seront réduits à deux ou trois critères uniquement…

– … Et ce pour donner toutes leurs chances aux textes philosophiques, sociologiques, psychanalytiques, politiques face aux poèmes et aux envolées littéraires [toujours bienvenues !]
– Les deux critères seront à définir par concensus entre les jurés – à huis clos

– Les notes seront données à huis clos également [i.e. par émile]
– Un juré peut participer au concours mais ne peut se noter lui même

– Le lauréat sera celui qui aura obtenu la meilleure moyenne issue des notes des jurés

Comment participer ?

 

– M’envoyer le texte qui concourt par émile là: huuan@yahoo.com

– Joindre un descriptif bref de quelques lignes qui explique le choix de ce texte

– Je publierai au fur et à mesure tout le mois de Novembre, dans l’ordre de réception et tant qu’il y aura des participants !…

– Le concours s’auto-arrêtera au tarissement naturel de vos émiles [i.e. donc, ne tardez pas pour m’envoyer vos textes !]

– Première publication : dans la semaine du 6 novembre…

En attendant, nous nous envolons avec Choupi et douce Marie demain, pour les noces de diamant des arrière grands-parents de Choupi.

 

Be cool, be open.

 

UU

Tout arrive à qui sait attendre…

Plus personne n’y croyait… Mais pourtant : chose promise, chose due !

Les éditions papier du Grand Concours 2005 des Meilleurs Mots Lus ont été imprimées début Mai [après mon travail de mise en page, de choix des polices de caractères, etc.], puis expédiées hier soir à tous les participants de cette édition 2005.

Gc2005dmml

Merci encore une fois aux participants de l’édition 2005, à savoir :

Kanji, La Tartine, Annie-Claude, Elisanne, di Brazza, Breizhette, Jmesuiléssépoucélacravat, doc Huff, Ossiane, Nat, Olivier, Guess Who, Condorcée, Virginie Virgile, Bourrique, Yann Hoffbeck, ZeBigBro, Marine, Sweet Mary.

Que l’édition 2006 apporte son lot de nouveaux textes et des mots en forme de coups de coeur comme ceux qu’on a eu l’année dernière ! J’espère que vous serez encore plus nombreux à proposer vos Meilleurs Mots Lus [i.e. les plus beaux mots lus par vos soins en 2006]. Rendez-vous est donc pris en Octobre-Novembre 2006 pour décerner le 2ème prix *Blogoncourt*.

D’ici là, bonne lecture estivale sur les plages. Car ce que vous lirez cet été sera peut-être le lauréat du cru 2006 !

Le Grand Concours des Meilleurs Mots Lus, c’est pas la Star Ac’, mais c’est peut-être mieux. ;o)

Bon ouikende à toutes et à tous. Nous, on se carapate vers la Maison de la Poésie à Guyancourt.

Be cool, be open.

UU

ps : Pour celles et ceux qui le souhaitent, je mets à disposition le fichier informatique original de cette édition papier. Vous pouvez m’en faire la demande par émile par exemple.

And ze 2005 winner is…

Ah la la la la la… Ca ne va pas du tout !

Pendant des semaines, le texte de Guess Who menait la tête… Et patatra, à la dernière publication, mon texte de Camus qui le devance de très très peu…

Je me retrouve … lauréat du premier prix Blogoncourt ! Avec ce [superbe] extrait de l’Eté de Camus

Pourtant ça a beaucoup débattu au sein du jUUry ! J’ai même protesté en refusant une première fois le prix mais Breizhette m’a rappelé à l’ordre !

Quand j’y repense, que de péripéties dans ce concours qui s’est déroulé sur 2 semaines : la polémique autour de Marc Lévy, les deux Marcel Proust [dont un qui a failli gagner], la belle surprise de Virgile-Virginie, l’incompréhension voire le rejet de Quignard, le coup de théâtre de ZeBigBro et le poème de ma nièce, la dernière minute de Marine

Il faudrait reprendre chaque texte pour les commenter un à un finalement… Personnellement, j’ai trouvé vraiment très intéressant le choix des textes qui nous ont été envoyés. Mélangeant originalité, qualité d’écriture et émotions… Il y en avait pour tous les goûts et cette diversité fait bon à goûter par les temps qui courent.

De la diversité, de la diversité ! Notre monde crie sa révolte pour une plus grande mixité culturelle. Entendons le !

En tout cas, il faut que je remercie la qualité du travail de notation du jUUry dans son ensemble : merci à Elisanne, Breizhette, Bourrique, Sweet Mary et doc Huff [tout perdu qu’il était au milieu de ces sirènes ;o)]. Merci à eux d’avoir été présents tout au long de ce jeu au [long] cours, d’avoir partagé leurs coups de cœur, leurs coups de gueule aussi ! Les remercier d’avoir pris tout ça à cœur tout simplement. Au final, on s’est bien marrés et on a eu un débat on ne peut plus ouvert [par émiles parfois, sur ce blog d’autres fois].

Par ailleurs, les prix spéciaux du jUUry sont :
– Prix Spécial de la Qualité de l’Ecriture : Kanji et le texte de Marguerite Yourcenar
– Prix Spécial de l’Originalité : Virgile-Virginie et le texte de Jean-Pol Lefèbvre
– Le Prix Spécial de l’Emotion et celui du Plaisir de la Lecture : UU [moi] et le texte de Camus.

J’imagine que l’Histoire ne retiendra [comme souvent] que le lauréat. Mais quand même, j’avais envie de partager avec vous ce qui composait le trio quasi-gagnant :
    Guess Who et son magnifique texte sur la mer
    ZeBigBro et le poème en anglais de ma nièce américaine de 17 ans
    et enfin last but not least, ze BOURRIQUE et son décapant texte balzacien !

Le cadeau promis [i.e. impression de tous les textes qui ont participé au Grand Concours 2005 des Meilleurs Mots Lus – reliés artisanalement] à tous les participants se fera bien sûr, p’têt pas avant Noël comme annoncé initialement mais il se fera ! S’ils souhaitent recevoir ce cadeau, ils peuvent me faire parvenir leur adresse postale par émile [huuan@yahoo.com] ainsi qu’un *vrai* nom pour la Poste ;o) !

Encore un dernier et

GRAND MERCI

à tous les participants qui m’ont suivi dans cette aventure littéraire ! ;o)

Be cool, be open.

UU

ps : Pour tout relire à Noël ou tout imprimer d’un bloc et ainsi passer véritablement un bon moment de lecture, on retrouve groupés  ici tous les textes ayant participé au Grand Concours 2005 des Meilleurs Mots Lus…

Meilleurs mots lus #19 et #20 : Sweet Mary et UU

Bon ben voilà… Après le ouikende londonien [post demain à ce sujet], j’ai enchaîné pour deux jours avec un déplacement en Pologne [à Lodz plus précisément, grande ville industrielle à 2 heures de voiture de Varsovie].

La connexion Internet marche merveilleusement ici. Heureusement parce qu’aujourd’hui est un jour particulier. Pas forcément à marquer d’une pierre blanche [blanche comme cette belle neige nonchalante qui tombe de l’autre côté de ma fenêtre …] mais on arrive à la fin du festival des meilleurs mots lus… Une sacrée aventure de mots tout de même avec ses rebondissements tout au long des publications des un(e)s et des autres.

Pour Sweet Mary et moi, il est plutôt difficile de passer après tout ce qui a déjà été publié auparavant pour ce Grand concours des meilleurs mots lus [même si certains avaient déjà lu mon extrait de Camus voilà quelques semaines]. On a déjà tout eu : de l’émotion intense, de la forte originalité, de la grande qualité littéraire et souvent du plaisir à lire, tout simplement…

Je tenais aussi et surtout à remercier très chaleureusement tous ceux et toutes celles qui ont participé par leur choix de mots lus. Un grand, énorme, que dis-je une péninsule de merci ! Merci parce qu’ils/elles ont donné un peu d’eux-mêmes, parce qu’ils/elles se sont aussi un peu révèlé(e)s à nous par le choix des mots. De leurs mots.

Comme dirait Lacan, que je n’ai pas connu personnellement, le choix des mots n’est jamais anodin.

Merci enfin à ceux et celles qui ont participé par leurs commentaires. Nous savons tous qu’un festival ne vit que grâce à ses festivaliers, grâce à son public. Merci donc de nous avoir lu pendant ces 2 semaines de publications et parfois d’avoir commenté !

Pour finir, [désolé di Brazza – pourtant j’y travaille, tu le sais ! ;o)], je ne sais toujours pas serrer la paluche par blog interposé. ;o) Mais quand même, si je savais comment faire, j’aurais fait une standing-ovation à tous les participants de cette première édition du Grand concours  des meilleurs mots lus. Allez ! Tout le monde debout ! Et à très bientôt pour la délibération qui s’annonce passionnante !

Faudra laisser un peu de temps au jUUry [laissez lui la semaine, hein ?] pour délibérer. D’ici là, on saura à qui sera décerné le prix Blogoncourt ! ;o)

Be cool, be open.

UU

Meilleurs mots lus #18
Ces meilleurs mots lus sont extraits de : « Mémoires d’une jeune fille rangée », de Simone de Beauvoir (Folio, pp. 173)
Mots lus par : Sweet Mary
Blog : Même sans blog, elle est un peu chez elle ici quand même ;o)

Je ne régnais plus sur le monde ; les façades des immeubles, les regards indifférents des passants m’exilaient. C’est pourquoi mon amour pour la campagne prit des couleurs mystiques. Dès que j’arrivais à Meyrignac, les murailles s’écroulaient, l’horizon reculait. Je me perdais dans l’infini tout en restant moi-même. Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pour tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi. Le vent tournoyait autour des peupliers : il venait d’ailleurs, de partout, il bousculait l’espace, et je tourbillonnais, immobile, jusqu’aux confins de la terre. Quand la lune se levait au ciel, je communiais avec les lointaines cités, les déserts, les mers, les villages qui au même moment baignaient dans sa lumière. Je n’étais plus une conscience vacante, un regard abstrait, mais l’odeur houleuse des blés noirs, l’odeur intime des bruyères, l’épaisse chaleur du midi ou le frisson des crépuscules ; je pesais lourd ; et pourtant je m’évaporais dans l’azur, je n’avais plus de bornes.
Mon expérience humaine était courte ; faute d’un bon éclairage et de mots appropriés, je n’en saisissais pas tout. La nature me découvrait, visibles, tangibles, quantité de manières d’exister dont je ne m’étais jamais approchée. J’admirais l’isolement superbe du chêne qui dominent le parc paysager ; je m’attristais sur la solitude en commun des brins d’herbe. J’appris les matins ingénus, et la mélancolie crépusculaire, les triomphes et les déclins, les renouveaux, les agonies. Quelque chose en moi, un jour, s’accorderait avec le parfum des chèvre-feuilles. Chaque soir j’allais m’asseoir parmi les mêmes bruyères, et je regardais les ondulations bleutées des Monédières ; chaque soir le soleil se couchait derrière la même colline ; mais les rouges, les roses, les carmins, les pourpres, les violets ne se répétaient jamais. Dans les prairies immuables bourdonnait de l’aube à la nuit une vie toujours neuve. Face au ciel changeant, la fidélité se distinguait de la routine, et vieillir n’était pas nécessairement se renier.

Commentaire du participant : Le pouvoir et la grandeur de la nature. Son pouvoir d’apaisement, de « lavement » de tout ce qui nous encrasse, d’engloutissement, de perte de soi, pour en revenir plus riche. Comme un lavage de printemps. Car c’est avant tout un face à face singulier entre nous, terriblement seul et petit face à l’immensité et la beauté de la nature.
Ce livre, et particulièrement ce passage m’ont fait découvrir (il y a longtemps certes, j’ai triché, c’était pas en 2005, mais UU m’a piqué mon meilleur mot lu 2005 de Camus) l’infime poésie des petites choses qui nous entourent. Cela a révolutionné ma vision du monde et mon positionnement dans celui-ci (et oui, rien que ça !). J’espère que vous prendrez autant d’émotion que moi à le lire.
[NdUU : J’ai effectivement piqué ce texte de Camus à Sweet Mary. ;o) Il se trouve que nous avons échangé sur ce texte, que je ne connaissais pas, à la fin de l’été, et ce soir là, je lui ai littéralement pris des mains ce livre pour tout lire ! ;o) Depuis, ce texte m’a tellement marqué que je me le suis approprié. Pour le partager avec vous… Maintenant, vous savez tout, ou presque…]

Meilleurs mots lus #19
Ces meilleurs mots lus sont extraits de : « L’Eté », extrait du Retour à Tipasa, d’Albert Camus (1952)
Mots lus par : UU
Blog : hé oh, je ne vais quand même pas vous dire où c’est quand même non ?!

A midi, sur les pentes à demi sableuses et couvertes d’héliotropes comme d’une écume qu’auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer.
Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourons de ce malheur. C’est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. Dans la clameur où nous vivons, l’amour est impossible et la justice ne suffit pas. C’est pourquoi l’Europe hait le jour et ne sait qu’opposer l’injustice à elle-même. Mais pour empêcher que la justice se racornisse, beau fruit orange qui ne contient qu’une pulpe amère et sèche, je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur, une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au combat avec cette lumière conquise. Je retrouvais ici l’ancienne beauté, un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté. C’était lui qui pour finir m’avait empêché de désespérer. J’avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait tous les jours dans une lumière toujours neuve. Ô lumière ! c’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin. Ce recours dernier était aussi le nôtre et je le savais maintenant. Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.

Commentaire du participant : Du pouvoir des mots.
Lire Camus et pleurer.
Ce pouvoir est terrible.
Des mots.
De l’importance des mots.
Pourquoi écrire un mot ?
Pourquoi faire un mot ?
Comment se fabrique un mot ?
Comment un mot tisse-t-il un lien entre les êtres ?
Que s’y trouve-t-il en son for intérieur pour qu’il ait ce pouvoir ?
En vous offrant cet extrait quelques mots plus bas, je comptais initialement vous parler de bien des choses.
Parler des sens.
Parler de la lumière.
Parler de la Méditerranée.
Parler des mythes.
Parler des métaphores.
Parler du rythme, du glissement.
Parler du contenu, de la puissance de ce texte.
Tel un cri originel, un cri sourd et primal à la fois, de l’Homme au monde.
De l’Homme révolté par ce qu’il a vu.
Révolté par ce dont ses semblables sont capables.
Révolté par l’horreur de leurs actes qui ont précipité notre monde aux portes d’un enfer.
Finalement, je n’en ferai rien. Laisser parler Camus.
Et le lire en version originale.
Les yeux embrumés.
Sans filtre.

Meilleurs mots lus #17 et #18 : ZeBigBro et Marine

Et voilà le coup de théâtre inattendu !!! Enorme ! A la dernière minute [à 1h20 du matin], alors que j’allais clôre hier soir le Grand concours 2005 des meilleurs mots lus [j’avais déjà tapé le texte introductif de la note, vous imaginez ?], je reçois in extremis la participation de ZeBigBro [vous vous rappelez ? C’est mon frère aîné habitant aujourd’hui en Californie depuis de longues années…]

Raaaaah la la, qu’est-ce que ça m’a fait plaisir de le voir resurgir comme ça, tout d’un coup ! Et pour un coup de théâtre, c’en est vraiment un !!! Il a choisi comme mots lus, un poème écrit par une de mes nièces américaines, jeune fille de 17 ans d’une de mes nombreuses cousines germaines ! ;o)

[jmesuiléssépoucélacravat>> Voici l’explication de la 4ème dimension… ;o)]
Et puis un autre patatra : alors que j’avais tout publié ce jour à 14h, le texte de ZeBigBro, ainsi que celui de Sweet Mary et le mien, et ben, notre copine Marine, de la *vraie* vie s’empresse de taper son texte avant sa réunion de l’après midi, son bouquin sur son bureau au boulot, avec l’agrafeur dessus pour pouvoir lire et taper en même temps ses meilleurs mots lus ! Deuxième coup de théâtre donc : je dois supprimer ma note et en ré-écrire une autre pour pouvoir la publier elle-aussi… ;o)

Bienvenue donc à leur participation de dernière minute ! En même temps, ça m’arrange, ça fera un nombre tout rond pour ce Grand concours des meilleurs mots lus, avec 20 textes au final, en comptant celui de Sweet Mary et le mien [que vous connaissez déjà a priori], qui seront publiés semaine prochaine.

Be cool, be open.

UU

ps : tomorrow morning, Sweet Mary and I will fast-train to Waterloo station. There is a big teuf at Mireille from London’s place. Fab – bien sûr – est de la partie ! It’s gonna be fun and grooooovy, baaaabby !… ;o)

Meilleurs mots lus #17
Ces meilleurs mots lus sont extraits d’un poème récemment écrit par Lily, une de mes nièces [la fille d’une des mes nombreuses cousines germaines, vivant aujourd’hui aux US], qui a 17 ans révolus.
Mots lus par : ZeBigBro
Blog : Je n’arrête pas de lui dire d’en ouvrir un, de blog, mais il veeeeuuut pas !! ;o)
[NdUU : Quelques mots traduits par mes soins entre crochets]

There once was a little boy.
And he was happy to say the least.
One day he looked up at the sky,
And decided he was going to catch a cloud.
He shouted to the whole world
That he would catch a cloud
Because he said he would
And life wasn’t finished
Until he did so.
So he pulled out scissors, tape, paper
Everything he needed to build a kite.     [un cerf-volant]
But the hours dragged on    [Mais les heures passèrent]
And the little boy got tired     [fatigue]
He still was excited
But thought he deserved a nap    [il méritait une petite sieste]
And so he laid his small head down
And told himself
He would catch his cloud when he woke up
The little boy never finished his kite
Or caught his cloud.
He had grown into a teenager     [adolescent]
And suddenly there was no more time
To build ladders and catch clouds    [échelles]
And dream.
There was school, and work, and girls
But every once in awhile
When there was nothing to do
He’d look up at the sky
See his cloud just waiting for him
And felt inspired
He remembered the day
He shouted to the whole world
That he would catch a cloud
So he borrowed some wood     [emprunta]
And went into the garage
To build a ladder.
But the hours dragged on
And Alice James had agreed to go on a date
At Seven o’ Clock
He still was excited
But Alice was so pretty
And so he went to the movies
And told himself
He would catch his cloud when he came home
The teenage boy never finished his ladder
Or caught his cloud.
He was now a man
And grown men thought of
Stocks, Church, and the Wife     [Actions en Bourse]
He had a Six o’ Clock meeting
Every Thursday and Friday
But every once in awhile
When he was sitting in his tiny office    [petit bureau]
He’d look up at the sky
See his cloud still waiting for him
And felt angry
He remembered the day
He shouted to the whole world
That he would catch a cloud
So he researched online
The mathematical formulas and materials
On how to build a rocket
But the hours dragged on
And he had missed his son’s soccer game    [match de foot]
And his daughter’s ballet recital
He was still excited
But his children were growing up without him
And so he attended to his family
And told himself
He would catch his cloud when his children were all grown up
The man never finished his rocket
Or caught his cloud
He was now an old man
And time seemed to be running out
He was frail and bedridden     [frêle et grabataire]
Going to sleep at Eight o’ Clock
But every once in awhile     [Mais de temps à autre]
When he’d sit in his rocking chair
He’d look up at the sky
See his cloud always waiting for him
And felt sad
He remembered the day he shouted to the whole world
That he would catch a cloud
So he asked his grandchildren
To catch the cloud for him
But the hours dragged on
And the old man got very sick
He was still excited
But life for him ended just one second too early     [trop tôt]
And so he went to heaven
And finally had to tell himself
That even though he could have caught his cloud
He chose not to.

Commentaire du participant : My entry for your meilleurs mots lus.
It is not Nobel prize winner but I think it is
meaningful, plus the author is only 17 years old and
she is our niece. We do have a poet in the family.

Meilleurs mots lus #18
Ces meilleurs mots lus sont extraits de : "Dalva", de Jim Harrison (p. 390, éd. 10/18)
Mots lus par : Marine
Blog : Je n’arrête pas de lui dire d’en ouvrir un, de blog, mais elle veeeeuuut pas !! ;o)

Note : Duane est le mari de Dalva.

J’ai enfermé le chiot dans la cuisine, je suis sortie et j’ai sellé Pêche. Elle piaffait d’impatience et a dispersé les oies en tournoyant sur elle-même. Je suis partie vers l’ouest en laissant ma jument s’échauffer avant de la lancer au galop, ce qu’elle désirait selon moi. Nous avons longé les champs de luzerne, suivi les vieilles pistes de tracteur et de gibier entre la luzerne et les rangées concentriques d’arbres coupe-vent. Nous allions si vite que je fermais presque les yeux, et que les moucherons qui frappaient mon visage me faisaient mal. Je l’ai laissée partir au grand galop sur une ligne droite d’environ quatre cent mètres, et quand je l’ai ramenée au petit galop je me suis aperçue que j’avais hurlé tout du long avec le vent dans les oreilles. Maudit soit le monde qui m’enlève mon père et mon fils. Ainsi que mon mari. C’est bien plus, je l’espère, que de l’apitoiement sur moi-même ; lorsque j’ai continué de hurler, les yeux de Pêche ont roulé vers moi pour savoir si c’était de sa faute. Je me suis penchée en avant jusqu’à ce que mon visage touche presque sa crinière. Je suppose que je hurlais vers Dieu, je ne réclamais pas son Unicité dans ma détresse, je réclamais seulement ce que j’étais. La douleur montait toujours de mon estomac vers mon cœur, ma gorge puis ma tête avant de redescendre pour accomplir un nouveau cycle. Des alouettes et des piafs voltigeaient devant nous au-dessus de l’herbe ; j’ai ralenti notre allure en passant la main sur les flancs écumants de ma jument. Nous avons traversé les derniers coupe-vent avant la fondrière. D’innombrables fléoles des prés couvraient maintenant les bas-côtés du chemin, et des merles à ailes rouges se perchaient sur les têtes des fléoles qui oscillaient sous leur poids. Quel est ce putain de monde où nous vivons ?, leur ai-je demandé. Pêche a frissonné en humant l’eau ; quand nous avons atteint la rivière et le trou d’eau, je lui ai laissé la bride sur le cou, et elle a aussitôt exécuté un saut fantastique pour plonger. C’était la rivière où Charlene m’avait jadis hissée vers la surface alors que j’avais désiré rester au fond. Nous avons décrit un cercle ; puis nous sommes remontés sur la berge opposée près du tipi de Duane et du crâne de cerf blanc accroché à sa branche. J’ai bondi à terre, dessellé Pêche pour qu’elle puisse se rouler dans sa poussière bien-aimée. Comme le soleil de cette fin d’après-midi était chaud, j’ai retiré mes vêtements que j’ai tordus pour en chasser le plus d’eau possible, puis mis à sécher sur un buisson. Je tremblais un peu ; alors sans raison, je me suis roulée dans le sable et la poussière. Je me suis relevée en riant tandis que Pêche m’observait, puis je me suis encore roulée dans le sable. C’était si merveilleux que je me suis demandée pourquoi je n’avais pas fait ça avant. Je me suis laissée rouler le long de la berge, puis plongée dans l’eau. Pêche a dévalé la pente au galop, puis fait un bond magnifique dans la rivière. Nous sommes aujourd’hui de sacrées filles, ai-je pensé.

Commentaire du participant : C’est un beau bouquin… Et ce paragraphe allie ténèbres, lumière, humour comme dans l’ensemble du roman…
Je soupçonne la traduction d’être assez mauvaise (énorme faute à l’avant-avant-dernière phrase – j’aimerais le relire en anglais pour voir même si ça ne doit pas être facile). Du coup on est parfois un peu gêné dans la lecture, mais ce livre a quand même un souffle incroyable. Ca m’a presque réconciliée avec l’Amérique, disons réconciliée avec une partie de l’Amérique, ce qui peut toujours être mis au crédit de l’année 2005.
En 2006, promis je serai à l’heure et je prendrai un texte dans un polar…