Quelques merveilles en vins moelleux et vins doux naturels

Voilà bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de vin… Rabroué je le fus récemment par Annie-Claude, amatrice au grand verre de Saint Emilion. Cette note va donc tenter de réparer cet oubli : partager avec vous les sensations sublimes de certaines dégustations que nous pratiquons de temps à autre avec douce Marie.

Verres_dgustation_vinAujourd’hui, la dernière dégustation de l’année (il y a quelques jours) avec des vins moelleux et des vins doux naturels (*). Le point de vue généralement admis est que ce genre de vins est consensuel : toujours agréables et faciles à boire. Personnellement, j’avais un a priori que cela n’allait pas forcément être extraordinaire. Certes, il paraît que Château Yquem se boit très bien… Pour revenir à notre dégustation, sur les onze vins dégustés, quatre ont plus que retenu notre attention par leur qualité ou par la surprise qu’ils nous ont réservée. On peut parler d’intenses moments de plaisir… Vous verrez aussi le prix des bouteilles, qui nous sont communiqués uniquement en fin de dégustation… pour ne pas perturber le palais. ;o)

Banyuls Grand Cru – Cuvée L’Etoile – 1947 (lien)
Robe : Rouge brique sombre, légèrement opaque
Nez : Noix, pruneaux d’Agen, rancio
Bouche : Cacao, café
Divers : Vieillissement en foudre (i.e. très grands fûts de chêne de plusieurs milliers de litres… pendant 40 ans. Mise en bouteille 10 ans avant mise en circulation.
Mon commentaire : Ce qui est merveilleux, c’est que certains arômes en bouche n’apparaissent pas immédiatement en bouche mais ne se révèlent que 2 ou 3 secondes après avoir avalé la gorgée… Merveilleux moment que de sentir poindre de façon totalement inattendue de persistants arômes tels que le café et le cacao, comme un ami de longue date qui vous fait la surprise d’une visite impromptue. Une des plus agréables longueurs en bouche à ce jour…
Accord mets : Terrible avec un fromage persillé (on avait de la fourme d’Ambert pour l’accompagnement : simplement divin).

Château Climens – Barsac – 1er Cru Classé – 1989 (lien)
Robe : Or brillant
Nez : Citron, miel, cire, encens, champignon (la pourriture noble du Botrytis Cyrenea…)
Bouche : Cédrat, balsamique, cire, légère et agréable amertume
Divers : Ne garde pour la vinification que l’équivalent de 3 pieds par grappe.
Mon commentaire : Un équilibre parfait entre amertume, acidité et sucre résiduel… Et ses arômes mélangés de cédrat et de balsamique (cire, encens) sont surprenants et enivrants à la fois…

Berthet Bondet – Vin de paille – 1999 (lien)
Robe : Ambré
Nez : Artichaud, pois cassé
Bouche : Noix
Divers : Vin du Jura (Château-Chalon précisément…)
Mon commentaire : J’imaginais l’accord parfait avec un gâteau aux noix ou même un foie gras poêlé, nous a-t-on dit… Hmmm… Et ce coeur d’artichaud qui n’arrêtait pas de poindre son nez en dehors du verre, quel plaisir !

Fonseca Guimaraens – Porto Vintage – 2000 (lien)
Robe : Rouge noir à coeur
Nez : Cerise noire, confitûre de mûre, notes empyreumatiques (i.e. de grillé), cannelle
Bouche : Tous ces arômes sentis en nez, avec une impression écrasante de grande complexité, une très bonne structure porté par une agréable acidité
Divers : Très rare à trouver
Mon commentaire : On a du mal à se remettre à boire un porto après ce genre de dégustation. C’est comme une paire de claques qui vous réveille en fin de dégustation
Accord mets : Chocolat à l’orange (ne serait-ce qu’un petit carré comme on en a eu en dégustation ce soir-là, et c’est l’extase). Sinon, servi sur un grand gibier comme du sanglier avec un accompagnement sucré-salé, paraîtrait que c’est aussi l’extase.

Bon j’arrête là, mais je suis sûr que ça en fera saliver quelques-uns. Bonne soirée ! ;o)

Be cool, be open (the bottle).

UU

Prix des bouteilles (dans l’ordre de la présentation) : 100 Euros, 80 Euros, 27 Euros, 100 Euros… Aargh… En tout cas, ces soirées de dégustation auxquelles on assiste permettent de toucher du bout des lèvres des bouteilles exceptionnelles qu’on aurait quelques difficultés à se procurer !

(*) Grosso modo, la différence entre les deux termes provient du fait que l’on arrête pas artificiellement la fermentation du vin moelleux et que pour les vins doux naturels, on arrête artificiellement cette fermentation du raisin par l’ajout d’une eau de vie ou d’un autre alcool. Vous pouvez me reprendre si j’ai écrit une énorme bêtise…

Débat autour du vin : c’est quoi le bon prix ?

Bouteilles_vin70012721aJ’ai un peu délaissé ces derniers jours un sujet qui m’absorbe littéralement quand je m’y penche d’un peu plus près : le vin.

Rappelez vous, il y a quelques semaines, avant la Constitution européenne, avant le Pape (enfin l’ancien, celui qui était moins conservateur que le nouveau qui vient de sortir de la cheminée à fumée blanche) : tout un débat sur le vin, avec de longs, très longs com’. Débat pour passionnés du vin qui se prennent le chou, ou plutôt le sarment de vigne.

Bon, on continue aujourd’hui avec la participation de Roger qui m’a envoyé un uppercut emailistique sur le prix du vin. Appréciez la concision et la pertinence de son commentaire ci-dessous.

***
Salut,
Je reviens de vacances et j’ai plein de boulot et en plus une discussion compliquée et passionnante a suivre.

Pour vous faire reflechir
1/ le vin est un produit GC [ndlr : grande consommation], un point c’est tout. Les acheteurs qui pensent le contraire doivent penser que les valises se limitent aux malles Louis Vuitton ou la chaussure a Berlutti
2/ le prix moyen de la bouteille est en dessous de 2 euros. Au dela de 3 vous êtes dans le haut de gamme !
A plus
Roger

***

Moi, je dis que ça calme.
Be cool, be open.

UU

ps : Rien à voir – Un MAC m’a été posté hier par le charmant Philéas. Coming soon on this blog !

Le vin : Mon point de vue sur l’éducation et les subventions

Pour ceux qui ont manqué les 4 (déjà !) premiers épisodes sur notre débat off-line et on-line sur le vin :

4 – Le vin : produit élaboré de grande consommation et communication mondialisée ? (par Gabriel)
3 – Débat autour du vin (ma réponse à Gabriel)
2 – Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)
1 – « Mondovino » et débat autour du vin

Attention !!! Le meilleur article reste à venir : c’est la contribution de Roger que vous aurez le plaisir de lire dans quelques jours !

Bon en attendant, je vais répondre aux questions de Gabriel (en italique ci-dessous) :

> – il suffit d’éduquer. Que proposes tu pour « éduquer » ? Peut-on transposer aux autres domaines soumis à la mondialisation ?
Avant d’éduquer, il faut qu’il y ait volonté d’apprendre.
Pour générer cette volonté d’apprendre, on peut susciter l’intérêt de multiples façons.
Soit d’un point de vue micro-économique, soit d’un point de vue macro-économique.

D’un point de vue macro : campagne de pub, dégustations gratuites à multiplier sur les lieux de vente (tu dois en connaitre plus qu’un rayon ;o) ), faciliter l’accès au vin, à des conseillers cavistes par une image moins élitiste, fournir dans les cartes de vins des restaurants des grilles de lecture plus facile (à l’étranger, les rouges sont classés par Fruité/Léger/Puissant, les blancs par Floral/Fruité/Moelleux/Secs, etc. ).

La semaine du goût est déjà un événement collectif dans lequel ce genre d’initiatives peuvent etre developpés.

D’un point de vue micro, c’est plus facile et plus difficile à la fois.
Plus difficile, car cela touche peut de personnes à la fois. Plus facile car la communication est plus
efficace (le fameux « one-to »one » du commercial).

BarbarescoHier j’ai bu avec Marie un Barbaresco de 1997 (cepage Nebbiolo-comme les Barolo) qui était très fameux.
Rapport qualité prix imbattable par rapport à des français de même qualité. Et bien c’était parce que le sommelier etait excellent et a su m’éduquer pour sortir des sentiers battus.
Tout ça pour dire, que quand on prend le temps d’échanger avec qui que ce soit du vin, et bien on peut l’amener a prendre une autre conscience du vin.

Chevalier_blanc_1999Autre exemple : j’ai convaincu un collègue allemand que ca vaut la peine de payer 45 Euros/bttle un Domaine de Chevalier Blanc 1999 pour le plaisir que cela evoque. Alors qu’il boit tres peu de vin et n’a jamais achete de bouteille aussi cher. Bien sur a l’origine, il avait de l’interet dans ce que je lui disais et donc volonte d’apprendre.
Mais je suis convaincu (optimisme…) que la majorité des francais sont sensibles à ce genre de discours et sont toujours prêts à en apprendre plus.
PapillesAutre intiative micro possible : les bars à vins et les restaus ou tu ne paies qu’un droit de bouchon de qq euros (caviste&restau à la fois). On en fait de temps en temps avec Marie et c’est le meilleur moyen de découvrir/se faire conseiller des choses aussi sans se faire matraquer par le prix d’une bouteille au
restau.

Eduquer enfin ne veut pas forcement promouvoir les vins gaulois. C’est permettre à l’individu d’atteindre un niveau supérieur de connaissance (sortir de sa caverne, hein Simon ? ;o) ), et donc acquérir une plus grande liberté et plus grande clairvoyance dans le choix. Si ce sont les vins etrangers qui y gagnent, faudra peut etre se poser des questions sur notre filiere vin en France. Sinon, persister et signer comme le font si bien les Francais en general au mepris de ce peuvent bien dire tous les Américains (quand bien meme ils s’appellent Mondavi ou Parker).

Globalement, j’estime que les vins gaulois sont aujourd’hui en moyenne meilleurs quand on les choisit bien, malgré qq agréables exceptions étrangères.

Finalement, le tout est de savoir sur quel segment de marché il faut se battre : le haut de gamme, le vin de grande diffusion au meilleur rapport qualité prix, ou bien le bas de gamme (marché qui existe malgré le mal qu’on peut en penser).
Tant qu’il y a de la demande, il y aura de l’offre. C’est pour cela que je parle d’éducation pour modifier la demande.

Supersize_mePour la transposition : l’exemple de la nourriture est plutot interessant. Des docu sur McDo, des protestations de consommateurs, une emergence de la slow food culture, etc. ont finalement permis de
contrebalancer dans une certaine mesure la normalisation des fast-foods. On trouve aussi des fast-foods de meilleure qualité (le sandwich étant presque au prix d’un plat en brasserie dans ces cas là…).
Le bio se développe de plus en plus aussi.
Et pour cela, on a éduqué la population. Certes à l’occasion de crises (dioxine, vache folle, grippe aviaire, mouton trenblotant, etc.), mais en tout cas une sensibilisation plus forte de la population qu’auparavant. Et cela a abouti à des mesures macro d’étiquetage = + d’information = éducation en qq sorte de la population.

> – les subventions. Je n’ai pas bien compris les références que tu as fait aux subventions autour du vin.
Sur ce point, Roger peut certainement nous donner son éclairage. Selon mon point de vue, les subventions sont une mesure d’aide au niveau macro pour globalement continuer à améliorer la qualité de la filiere du vin.
Pourquoi ne pas faire de mesures incitatives à la biodynamie ? Il faut accompagner tout cela de formation/d’éducation, de mise en place d’enseignement approprié dans les lycées agricoles, etc. Qu’en penses-tu Roger ?

Enfin, je pense ne pas avoir été très clair précédemment. Je pense effectivement que la qualité est globalement et en moyenne largement meilleure depuis des années. Mais la spéculation et le fait d’en faire un marché plus libéral et plus mondialisé avec les enjeux éco inhérents font que la tentation de « booster » des vins au détriment de la qualité et du respect de certaines règles (copeaux de chene, etc.) est bcp plus grande.
Exemple: un vin des Pouilles bu récemment – excellent au nez à l’ouverture – au bout de 15 minutes d’aeration, il n’y avait quasiment plus rien (meme le nez du fut de chene est parti…) ni en nez ni en bouche.

bon et si j’allais bosser ? ;o)

Bises à tous,
Be cool, be open.

uu

Le vin : produit élaboré de grande consommation et communication mondialisée ? (par Gabriel)

Avec l’aimable autorisation de Gabriel, qui me laisse la joie de vous publier son email (la suite du débat sur le vin, initié voilà qq jours).
Bonne lecture et buvez ses paroles ! ;o)

Be cool, be open.

uu

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(Dé)battons le fer tant qu’il est chaud !

Dans le désordre :
-Je n’ai pas de vin de Hongrie chez moi (ça va pas, non ? pourquoi pas délocaliser de la main d’oeuvre, tant que t’y es ? ;- o ) Alors n’essaie pas de braquer ma cave, c’est inutile.

– Quant à la locution européo-méditerranéenne, je faisais référence au monde des buveurs de vin (le monde occidental quoi, grosso modo !) et à son origine au sud est de l’Europe et dans le Moyen Orient. Je n’oublie pas que les vignes sont arrivées en territoire germain sous l’influence de l’Empire Romain. C’était déjà un produit de commerce lucratif, soumis également déjà à des crises de surproduction !

– Plus sérieusement, en repensant à ce que j’avais écrit, je retiens deux points :

VignecaillouxlLa première est que le vin est un produit (de grande consommation – avec modération, bien sûr – ) élaboré. Je le maintiens, même pour du jaja (que dire alors des grands crus et de la biodynamie). Mine de rien, il faut pas mal de savoir-faire pour faire pousser des vignes, les tailler, les protéger des agressions climatiques, de la faune et de la flore.

Bellegrenache
Pour récolter le raisin à maturité, extraire ce qu’il faut de son jus et transformer celui-ci avec une fermentation contrôlée, un taux de sucre approprié et des filtrages, pas évident. Je pense que bien d’autres activités humaines sont plus simples, moins aléatoires et soumises à des cycles bien plus court. Les grecs et les romains ne savaient pas stopper la fermentation et ça les rendait malades (fous, je crois)… c’est dire ce qu’il a fallu de persévérance pour arriver à maîtriser tout cela.

Quant l’évolution de la qualité, sur laquelle tu exprimes un désaccord, je maintiens qu’il y a eu une forte progression de la qualité, sur l’ensemble de la filière. Certains cépages à (trop) fort rendement ont été délaissé, les savoir-faire en vinification ont progressé. Je me souviens du vin de pays de l’Aude (vin de table AOC) chez mes grands parents quand j’étais gosse. Quand je vois ce que tu peux avoir aujourd’hui pour 3 ou 4 euros, il n’y a pas photo.

Macarena_1Astrix_obelixLa deuxième est qu’il y a une tension entre communication globalisée et la diversité.
– A ma gauche, la Macarena, vite apprise, vite oubliée, 98% de personnes qui l’ont dansé (ça m’a estomaqué de voir des personnes faire spontanément de l’ordre serré et « marcher » au pas, pour un peu, on les aurait fait défiler le 14 juillet)
– A ma droite, les villages Gaulois, l’esprit de clocher. Le meilleur vin, c’est celui de chez moi. Les autres, je ne les connais même pas.
– La question : l’échange, le partage est un formidable facteur d’amélioration et de créativité ; mais si chacun essaie de copier l’autre, on va tous avoir le même produit, qui ne progressera plus (ah, l’ultralibéralisme est-il générateur de monopoles ? ou bien préserve-t-il les conditions d’une saine concurrence, mais je m’égare)
– En d’autres termes, comment préserver la diversité, dans un contexte
1. de comportement moutonnier (média, leaders d’opinion façon Parker)
2. de transformations de plus en plus radicales, du fait d’une concentration de plus en plus forte des productions dans un nombre toujours plus réduit de mains

Dans tes réponses, je relève ces deux idées fortes que j’aimerais que tu développes :
– il suffit d’éduquer. Ton attitude est plus optimiste que la mienne, qui compte avec la paresse de tout un chacun et surtout sur un mal bien de chez nous : la dépréciation a priori de ce qui se fait ailleurs.
Une question : Nous avons à nos frontières les deuxième et troisième producteurs de vins. Comment se fait-il que l’on trouve si peu de produits espagnols et italiens, toutes qualités confondues, dans nos linéaires et et chez les marchands de vin ? Que proposes tu pour « éduquer » ? Peut-on transposer aux autres domaines soumis à la mondialisation ?
– les subventions. Je n’ai pas bien compris les références que tu as fait aux subventions autour du vin.

Dans l’attente de boire les réponses…

Gabriel

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Débat autour du vin (ma réponse à Gabriel)

Aujourd’hui, commençons bien la semaine par le 3ème épisode du débat autour du vin : ci-dessous ma réponse à Gabriel sur les différents points qu’il a soulevés.

Pour ceux qui ont manqué les 2 premiers épisodes :
2 – Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)
1 – « Mondovino » et débat autour du vin

Et n’hésitez pas à nous poster vos commentaires, vos points d’accord et de désaccord !

Be cool, be open.

uu

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> « le vin , c’est aussi un produit de grande consommation, quoi ! » Et là, brusquement, son visage s’est fermé. C’est péjoratif. Le vin ne peut pas à la fois relever de la catégorie « Marchandise » et de la catégorie « Tradition, art de vivre ».
Personnellement, je pense que c’est un des problemes majeurs en France (enfin du monde vinicole français) de faire un blocage sur le marketing et le merchandising du vin.
Le vin, on peut à la fois le respecter (reglementation, tradition, vieillissement, terroir, etc. enfin tous ces mots que les vins de l’ancien monde semblent mépriser généralement) et le « vendre ».
Confsurlevin_montilleQue ce soit par une politique nationale avec des subventions du ministere, ou que ce soit par des initiatives privées (le dernier bastion d’irréductibles que représentent Hubert de Montille ou les producteurs en sardaigne ou en cotes du roussillon représentés dans Mondo vino), la qualité du vin et sa spécificité de produit marchand (process de fabrication complexe, durée très longue de production, immobilisation de capital considérable sur une durée énorme) peut être préservée. Ca passera forcément par une meilleure qualité de vin de pays et de petits AOC, etc.
Mais ca passe aussi par une meilleure communication / éducation. Et là on retombe sur le marketing les gars.

> Mais que met-on au fond dans ce mot valise qu’est « Le Vin » ? La réponse n’est pas simple, car le vin a la complexité de son âge, soit plusieurs milliers d’années ; il est profondément imbriqué dans notre patrimoine culturel.
Intéressant de relever cet héritage millénaire. Le point de vue des américains exprimé dans Mondo Vino, est qu’on peut faire du bon vin quasiment un peu partout dans le monde, qu’il faut simplement de bons investissements (et un bon retour sur investissement aussi). Et là, ils ont pas completement torts.

> – La marchandise, dans certains cas, est devenu oeuvre d’art, ou du moins symbole d’art de vivre
> – Mais la généralisation est difficile : le vin a été , est souvent un produit de négoce, obéissant aux règles de la concurrence, où certains ont pu pousser des produits faciles et bon marché, voire cracher du rendement ou frelater leur produit pour maximiser les profits. Il n’y a pas que des amoureux de la vigne et du travail bien fait.

Sans l’heritage millenaire, on peut quand meme vendre à des gens qui n’ont pas cette culture en ayant le bon marketing mix.
Et tout ça, sans sacrifier à la vision (que je partage) de respect du vin comme un produit extraordinaire, qui doit être protégé et réglementé, amélioré (en qualité), et bu avec une attention particulière (ne serait-ce que l’espace des 2 secondes que prend une simple gorgée).

> – La cohabitation a été plutôt fructueuse sur le long terme. Nos grands crus n’ont pas toujours été aussi bons et complexes.
tout à fait !

> Le plaisir du consommateur (éduqué ?) n’y est pas pour rien
Je suis entierement d’accord sur ca. je t’ai repondu plus haut que cela passe par plus de communication, plus d’education.
D’ailleurs n’est ce pas la nouvelle forme de progres (apres le progres de la liberte, le progres industriel, le progres scientifique, le progres social): n’y aurait-il pas maintenant une forme de « progres de l’information » ?
Marche_empereur
Avec les moyens modernes de communication, d’information rapide et facile (moteurs de recherches, sites Web sur tout tout tout et tout),etc. cela me fait penser aussi à la place plus importante que prennent les docs amateurs dans l’info (photos, videos de tsunami, d’abou graib), l’importance des docus fictions à la télé, le succès des docu en toute sorte (l’école, 9/11, le vin, même les manchots d’antarctique…) : aujourd’hui le consommateur, le client, le citoyen, il veut s’informer tout seul, en direct et avec de moins en moins d’intermediaires.
Le vin, pour moi c’est pareil : les gens sont capables de choisir de mieux en mieux tout seuls, quitte à s’échanger des tuyaux de bouche à oreille. Mais finalement, le plus important, ca reste de s’éduquer et de continuer à s’informer. En tout cas, ce n’est qu’un postulat. Mais il me parait fondé.

> – Plus généralement, on aime le vin parce qu’on le trouve bon. C’est con, dit comme ça, mais ça montre que c’est d’abord le goût du consommateur qui fait le vin de demain.
Image1bisOui c’est bon de le rappeler. ce produit particulier qu’est le vin doit d’abord être apprécié avant tout. mais finalement, pas plus qu’un bon repas ?
Il y a aussi de la magie de la transformation dans la cuisine, autant que dans le vin. c’est pas pareil certes, mais c’est les mêmes leviers : choix de la qualité, biodynamie ou pas, élevage selon des cycles parfois longs hors normes par rapport à la grande distribution ou en tout cas hors normes par rapport à une logique de rentabilité.

> – Les goûts changent avec l’espace et le temps. Tous les vins sont soumis à cette loi. Ceci implique que le travail du vigneron pour améliorer le produit de sa vigne n’a pas de fin
oui et non.
la diversité géographique, culturelle et donc gustative est réelle mais le succès des vins du nouveau monde prouverait presque le contraire…

> Ce qui me paraît intéressant également, c’est que le vin est en quelque sorte le modèle réduit de notre civilisation européo-méditerrannéenne pluri-millénaire.
Gabriel, demerde toi pour aller voir Mondo Vino, ca t’interessera vraiment si tu fais cette reflexion ci-dessus de culture europeo mediterraneenne.

> En étudiant le vin, son histoire, les actions humaines autour de lui, c’est en fait toute notre civilisation qu’on observe. Ce qu’il se passe dans le monde du vin aujourd’hui est exactement en ligne avec de nombreuses préoccupations d’aujourd’hui.
globalization, marketing mix…
ok mais préoccupation d’une elite quand meme qui a les moyens de tester, deguster, voyager, acheter, stocker et cuisiner…

> Les mécanismes du marché ont contribué pour partie à faire de vin ce qu’il est aujourd’hui, un produit souvent de haute qualité, fruit d’un grand savoir faire.
pas d’accord sur le souvent haute qualité. on tombe aussi souvent sur des déceptions ou des choses vraiment pas bonnes en matiere de vins.

Verres> Je ne parle pas de la passion du vin, qui évidemment ne relève pas du marché (mais peut être de la présence d’alcool et d’autres choses à définir).
et bien definissons les ! pour ma part :
– longueur en bouche
– aromes complexes
– souvenirs de facon générale : ce que je trouve remarquable dans le vin est son pouvoir extraordinaire d’evocation. Ne serait-ce que par les mots qu’on utilise lors des degustations… cela rappelle des souvenirs de voyage, d’enfance, de cuisine, d’odeurs de balades en foret, etc.
– et surtout, toute la convivialité qu’il y a autour d’une table lorsqu’on boit du vin. Le jour où j’ouvrirai une tres grande bouteille tout seul, je crois que je serai tres malade ou je serai alors le dernier survivant sur terre… ;o)

> Ces mêmes mécanismes aujourd’hui produisent un risque d’appauvrissement de la variété. Ca vaut le coup de les étudier afin de comprendre plus précisément la cause de ce retournement. (tiens ça rappelle la crise du disque et les OGM, la question de la variété…)
oui et non
le risque de diversité n’est pas si fort que ca selon moi si on continue d’investir dans la qualité et la communication/education

> Tiens, parlons d’Europe : il paraît que les vins de Hongrie sont excellents, bio et abordable… Qui en refuse ?
tu en as ?

> Comment combiner partage et variété ?
subventions ? ;o)

> Au plaisir de lire vos réactions.
pareil !

uu

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Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)

Vins_1Mon invitation à aller voir Mondovino a lancé par email un débat intense autour du vin il y a quelques jours.
Avec l’aimable autorisation de leurs auteurs ;o) , je publie à partir d’aujourd’hui les échanges oenologiques que nous avons eu entre Gabriel, Roger et moi.

Vous trouverez déjà aujourd’hui ci-dessous la réponse de Gabriel sur ce thème (à venir ma réponse à Gabriel et celle de Roger !).

Bien sûr, je vous encourage vous aussi à contribuer à ce débat autour du vin en postant directement vos commentaires sur ce blog. Au plaisir de vous lire ! ;o)

Be cool, be open.

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Bonjour,

je ne l’ai pas vu et il est probable que je ne le verrai malheureusement pas, malgré l’intérêt qu’éveille ce docu. Il n’empèche que sa sortie a été largement couverte par les média à la fin de l’année dernière, à tel point que le docu semble largement éventé.

Je vous livre une petite réflexion autour du même thème.

D’abord un peu de provocation, auprès d’un collègue de travail, natif du cru, à savoir, de Dijon. Je lui déclarai : « le vin , c’est aussi un produit de grande consommation, quoi ! » Et là, brusquement, son visage s’est fermé. C’est péjoratif. Le vin ne peut pas à la fois relever de la catégorie « Marchandise » et de la catégorie « Tradition, art de vivre ».

Mais que met-on au fond dans ce mot valise qu’est « Le Vin » ?

La réponse n’est pas simple, car le vin a la complexité de son âge, soit plusieurs milliers d’années ; il est profondément imbriqué dans notre patrimoine culturel. Ca vaut aussi la peine de démêler un peu les écheveaux de cette imbrication, qui à les yeux fait la richesse du vin.

– La marchandise, dans certains cas, est devenu oeuvre d’art, ou du moins symbole d’art de vivre

Vin_amphore2_1– Mais la généralisation est difficile : le vin a été , est souvent un produit de négoce, obéissant aux règles de la concurrence, où certains ont pu pousser des produits faciles et bon marché, voire cracher du rendement ou frelater leur produit pour maximiser les profits. il n’y a pas que des amoureux de la vigne et du travail bien fait. Refaisant l’histoire, il est intéressant de noter les surproductions chroniques auxquelles la vigne s’est adaptée à grands coups d’arrachage de plans, depuis l’empire romain, signe d’un appétit lucratif ancré aussi profondément qu’un cep de vigne !

– La pression de certains regroupements vinicoles pour changer les lois en leur faveur ne sont pas sans évoquer une adhésion à une logique de marché que ceux-là même n’ont pas de honte à dénoncer en même temps

– La cohabitation a été plutôt fructueuse sur le long terme. Nos grands crus n’ont pas toujours été aussi bons et complexes. Le plaisir du consommateur (éduqué ?) n’y est pas pour rien

– Plus généralement, on aime le vin parce qu’on le trouve bon. C’est con, dit comme ça, mais ça montre que c’est d’abord le goût du consommateur qui fait le vin de demain.

– Les goûts changent avec l’espace et le temps. Tous les vins sont soumis à cette loi. Ceci implique que le travail du vigneron pour améliorer le produit de sa vigne n’a pas de fin

– Un de mes principaux plaisirs s’agissant du vin, et peut être le vôtre également, réside dans le fait de trouver un mariage réussi avec d’autres mets.

Tout ça pour dire que ce n’est pas un, mais des produits, qu’ils sont en devenir permanent sous l’effet du gosier et que c’est de la variété desdirections dans lesquelles ces produits évoluent que nous tirons le plus de plaisir (à qualité égale).

Vin_bas_relief_1Ce qui me paraît intéressant également, c’est que le vin est en quelque sorte le modèle réduit de notre civilisation européo-méditerrannéenne pluri-millénaire. En étudiant le vin, son histoire, les actions humaines autour de lui, c’est en fait toute notre civilisation qu’on observe.
Ce qu’il se passe dans le monde du vin aujourd’hui est exactement en ligne avec de nombreuses préoccupations d’aujourd’hui.

Les mécanismes du marché ont contribué pour partie à faire de vin ce qu’il est aujourd’hui, un produit souvent de haute qualité, fruit d’un grand savoir faire. Je ne parle pas de la passion du vin, qui évidemment ne relève pas du marché (mais peut être de la présence d’alcool et d’autres choses à définir).

Ces mêmes mécanismes aujourd’hui produisent un risque d’appauvrissement de la variété. Ca vaut le coup de les étudier afin de comprendre plus précisément la cause de ce retournement. (tiens ça rappelle la crise du disque et les OGM, la question de la variété…)

Le vin est il finalement victime de son succès d’image ? Peu se sont en effet plaints des exportations de grands crus français. Au départ, on les coupait au coca cola, mais à présent…. La généralisation de l’accès au vin a-t-il pour effet de rendre ce produit lucratif au point que des financiers s’y engagent au delà du mécénat (qu’on est content d’avoir) ?
Tiens, parlons d’Europe : il paraît que les vins de Hongrie sont excellents, bio et abordable… Qui en refuse ? Comment combiner partage et variété ?

M… je pensais faire une petite réflexion et voila que je m’étale.
C’est dire si le Vin est un prisme exceptionnel sur notre monde.

j’espère ne pas vous avoir ennuyé. Au plaisir de lire vos réactions.
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Gabriel

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Légendes des photos anciennes : Amphore romaine et Bas-relief romain représentant une scène de vendanges.

« Mondovino » et débat autour du vin

Affiche_mondovinoSur la recommandation pressante de notre caviste-sommelier-formateur de Nicolas (celui de la place de Breteuil, 15ème arrdt à Paris), Marie et moi partimes voir il ya 2 semaines un film documentaire qui s’appelle Mondovino.
Comme son nom l’évoque, il s’agit d’un documentaire sur le vin et plus particulièrement le monde du vin.

Est-ce qu’on a aimé ? Ben oui finalement, et ce malgré quelques longueurs.

Parce que cela dit, par la bouche de vignerons (de tous les pays d’ailleurs, du Languedoc à l’Argentine en passant par la Californie et la Bourgogne…) des choses intéressantes sur le vin, sur la vinification sans rentrer du tout dans les aspects techniques.
Parce que, même si on ne connaît pas bien le vin et le monde qui gravite autour (les oenologues-conseils par exemple), on apprend des tas de trucs sur le vin. En particulier on sent cette chose « immatérielle » qui fait du vin un « produit » si particulier et si spécifique.

Cela donne souvent à écouter de magnifiques perles du genre :

“Le vin est mort. Soyons clairs, le vin est mort.
Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits. Les fromages…
Le vin, c’est une relation quasi-religieuse de l’homme
avec les éléments naturels. Avec l’immatériel.
C’est un métier de poète, de faire un grand vin.”
AIMÉ GUIBERT
40 hectares,
Appellation Mas de Daumas Gassac (Aniane, Languedoc)

Ou bien encore, celui-ci qui nous donne le vertige par sa simplicité, son ton direct qui nous projette à travers les siècles et les siècles :

“Nous ne devons pas nous laisser distraire par les chimères
d’un progrès qui n’apporte que ruines à lui-même et à la nature,
et souffrances aux autres. Ici en Sardaigne, on a une culture
millénaire. Nous devrions vivre en paix sur cette terre.
Et il y a de la place pour les autres.”
BATTISTA COLUMBU
1 1/2 hectares,
Appellation Malvasia di Bosa (Sardaigne – Italie)

Et enfin, celui-ci qui est absolument sublime de poésie et de puissance dans son message :

“Où il y a de la vigne, il y a de la civilisation.
Il n’y a pas de barbarie.”
HUBERT DE MONTILLE
Famille de Montille, 8 hectares,
Appellations Volnay, Rugiens, Pommard (Bourgogne)

MondovinoSi vous avez été sensibles à ces extraits de Mondovino, courez-y le voir.
Bon, il reste peu de salles qui le passent à l’heure qu’il est. Mais vous passerez un agréable moment !
Et puis il y a (anecdotiquement) une histoire de chiens que le réalisateur a filmé, une sorte de fil rouge impossible à raconter et qui est très drôle. ;o)

Voir ci-dessous le site du film Mondovino (ou cliquez sur les images de l’affiche de Mondovino) ci-dessus:
http://www.mondovino-lefilm.com/

Be cool, be open.