Une nounou viêtnamienne

J’en ai les larmes aux yeux.

Douce Marie y croyait pourtant, elle.

Depuis le début.

Elle n’a pas arrêté de me pousser, de me dire de me bouger.

Et tout d’un coup, tout s’est débloqué.

Après des dizaines d’entretiens téléphoniques…

Après un paquet d’entretiens en face en face avec des nounous potentielles…

Françaises.
Africaines.
Portuguaises.
Marocaines.
Viêtnamiennes [on en a vu 2 seulement]…

On vient de trouver la perle rare. Enfin, je crois.

Croyez moi, avec tous les critères que nous avions, on commençait à désespérer.

Ne serait-ce que sur la question de la sécurité dont il faut faire preuve pour garder un bébé…

On vient ainsi de confirmer notre proposition d’embauche.

Samedi prochain, on signe le contrat de travail.

On sera parents-employeurs…

D’une nounou viêtnamienne

parlant français
parlant viêtnamien
qui sait lire le français et le viêtnamien
qui a passé avec succès les tirs de barrage de nos 30 questions [véridiques…]
dont plusieurs questions pièges sur la sécurité, l’hygiène, les capacités d’initiative
qui a de l’expérience de garde d’enfants [10 ans]

qui semble aimer les enfants, du moins qui a de la tendresse pour eux
qui est formée et diplômée [institutrice en maternelle]
qui accepte de se déplacer dans le 9-cube, chez nous quoi
qui a la nationalité française et qui est donc en situation régulière
qui a des références qu’on a pu vérifier
qui a donc des anciens employeurs satisfaits
qui a déjà gardé des enfants eurasiens [père viêt et maman française !…]

enfin qui a réussi à enseigner le viêtnamien rudimentaire – celui que je parle – à ces derniers

On a cru rêver avec douce Marie…

J’avais écrit dans une note du 2 juin 2006: "Si seulement Choupinette pouvait parler [le viêt] comme moi, le pari serait gagné."

Aujourd’hui, cette douleur [de perdre ma langue ou plutôt de ne pas réussir à la transmettre] s’estompe.

Et ça me donne les larmes aux yeux.

Pas pour moi.

Pour Choupinette.

Des larmes de joie donc.

Car désormais, il sera *probable* qu’elle puisse plus tard parler viêtnamien.

Be cool, be open.

UU

ps: pour fêter ça, je commence aujourd’hui un cycle de photos que j’ai prises lors de mon voyage au Viêtnam en 2004.
Vn2004paysage1

[Légende photo: Jeu d’enfants sur une barque, dans la baie d’Halong]

      

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De la fraîcheur, de son odeur et du mois de Juin, suspendu comme un jardin

[Légende musicale : Janis Joplin a la voix suspendue au dessus des cieux lorsqu’elle chante ‘Summertime’, ne trouvez-vous pas ?]

A cette époque de l’année, je devenais parfois mélancolique [je ne me rends compte de cet état que maintenant].

Epoque paradoxale de l’année où les cours prenaient fin très tôt en raison du brevet des collèges ou du baccalauréat ou plus tard encore des concours divers et variés. Mais période charnière où l’on ne partait pas encore en vacances.

On partait en fait peu en vacances. Parmi les souvenirs les plus heureux de mon enfance, ceux issus de notre maison [celle de mes parents] à la lisière des coteaux toulousains figurent en bonne place.

Faut dire qu’on n’avait pas le sou. Pas miséreux, non. Mais juste démunis par la rupture violente de la fin de la guerre du Viêt-Nam. On partait donc peu à cette époque où les liens ne s’étaient pas encore renoués avec les autres membres de la famille [les frères et sœurs de mes parents] aux Etats-Unis ou au Canada. Et avant que le pouvoir d’achat ne se reconstruise petit à petit, de façon besogneuse, année après année, pour pouvoir enfin reconstituer un noyau familial… outre-atlantique.

Avec les premières chaleurs et ces longues  journées prodigieusement belles [un ciel clair de Juin a un bleu si intense, n’est-ce pas ?], mon nez commençait à être titillé par un doux parfum si spécifique, annonciateur des grandes vacances.

Volets

Cette maison, celle de mon enfance, dégage un parfum si particulier [reconnaissable entre mille mais pourtant indescriptible] lorsqu’on ferme tous les volets, au nez et à la barbe de l’immense soleil rayonnant du Midi. Le bois surchauffé se mettait alors à embaumer nonchalamment à travers les portes fenêtres du salon plongé dans la pénombre. Et d’affirmer que la fraîcheur avait alors une odeur.

Cet instant est bien marqué dans le rythme des saisons et pourtant il flotte en apesanteur dans mes souvenirs en raison de ces sensations particulières.

Voyez vous, de la même façon qu’il existe des jardins suspendus, je trouve que Juin est un mois suspendu. Là, entre tous les mois. Au milieu de tous les autres. Jean Baudrillard ne dit pas autre chose, finalement, lorsqu’il écrit ceci :

Cool_memories_v_2
« Avec la chaleur de l’été revient ce hiéroglyphe plus mystérieux que la circulation du sang ou de la marchandise: le vol stochastique en ligne brisée de la mouche au centre  de la pièce, sous le lustre ou dans les rayons du soleil. » in Cool Memories V [2000-2004], de Jean Baudrillard.

Be cool, be open.

UU

Reflets de la vie

Vitres_paris

Vitre donnant sur le boulevard de Picpus, en face de chez Gudule, bon p’tit café dans le 12ème arrdt – Photo prise il y a qq jours, en fin d’après midi

 

Cette photo, j’ai essayé de la prendre une dizaine de fois, alors qu’on dînait à la terrasse du café. Constamment, mon regard revenait dessus, sur ces reflets.

Je ne voyais pas consciemment quel magnétisme ces fenêtres pouvait exercer sur l’objectif de mon appareil.

Hier, cela m’a sauté aux yeux.

Ces carreaux sont à la fois tous identiques et tous différents. Comme nos vies. Comme nous. Tous humains, mais si différents en raison de nos parcours, de nos expériences, des illusions qui nous bercent et nous font avancer.

Cette réflexion là est venue certainement [naturellement] à la suite de vos nombreux commentaires sur ma précédente note.

La chipie [commentatrice sur la précédente note] le disait : une chose nous réunit et nous rapproche tous, c’est cette réflexion [un jour ou l’autre] sur nos origines. La réponse qui est donnée par chacun est différente à chaque fois, suivant chaque cas particulier comme dirait notre chère Martha from London.

Et ces reflets d’être tous différents. Et heureusement [finalement].

HaïkUU des
reflets de la vie

Bercées
d’illusions
Nos vies
reflètent nos peurs
Comme un murmure…

Be cool, be open.

UU

ps : pour les personnes au fait de la religion, il y a certainement une inspiration bouddhique dans les mots utilisés pour ce haïkUU…

La pensée du vendredi #14 : La douleur de perdre sa langue

« Mais il en va d’une œuvre comme d’un arbre : plus les racines s’enfoncent dans la nuit dense de la terre, plus grand est le morceau de ciel que la ramure peut embrasser. »

De fil en aiguille, cette citation de Michel Tournier que j’ai dédicacée à Chantal pour son  commentaire sur ma précédente note, a fait son bonhomme de chemin. Pour s’arrêter sur un sujet difficile, pour ne pas dire douloureux.

Pour le coup, j’ai des sueurs dans les mains en écrivant cette note.

Parce que j’ai peur. Peur de ne pas arriver à transmettre ma langue maternelle. Cette langue que je parle avec un fort accent français.

Choupinette, saura-t-elle un jour parler viêtnamien ?

Oh que j’espère que oui. Pas pour moi. Mais pour elle. Bien des choses sont envisagées dès maintenant : douce Marie m’a légèrement rassuré en me disant qu’on pourra toujours faire prendre plus tard des cours de viêtnamien à notre Choupinette. Et qu’en sera-t-il si elle refuse ? Qu’elle rejette tout *ça* ?

La lecture ce matin de cet article du Monde, intitulé « L’impossible oubli de sa langue maternelle » [en date du 31 mai 2006 : lien grand public, lien abonnés],  a aussi contribué à aggraver mon angoisse.
[Merci à douce Marie de m’avoir signalé cet article, que je conseille vivement à tous ceux qui s’intéressent à cette question. L’article est clair et présente un bon travail de synthèse sur le sujet].

Car je crois une chose : que la langue est le véhicule d’une culture. De n’importe quelle culture.

Ainsi, comment expliquer le respect des personnes âgées et le culte de l’autel des ancêtres quand on ne sait pas [savoir – dans son assertion de « ressentir »] qu’il n’y a pas un mot pour dire « Non » en viêtnamien. Tout est en ellipse. « Oui, mais cela ne sera pas possible ». C’est ce qu’il y a de plus explicite pour dire « Non » en viêtnamien.

Et bien, je vous dis que ce micro-détail linguistique tient à lui seul un chapitre fondamental de la culture confucéenne.

Attention, le viêtnamien n’est bien sûr pas la seule langue où le « Non » explicite n’existe pas. Je ne le prétends pas… Je dis seulement qu’il forme un tout, indissociable les valeurs confucéennes – valeurs fondamentalement ancrées dans la culture viêtnamienne.

Pourtant moi même, j’ai rejeté cette langue pendant des années. Privilégiant, comme le décrit si bien l’article du Monde, l’intégration dans une nouvelle société plus moderne, plus contemporaine de mes nouvelles aspirations scolaires, académiques puis sociales.

Aujourd’hui, j’en suis revenu. Mon copain Lof, l’autre jour, me faisait remarquer [je n’en avais pas conscience] que depuis mon retour du voyage au Viêtnam en février 2004, je parlais systématiquement viêt dans les restos viêt. Même en faisant des fautes, c’est vrai que je ressens ce besoin de renouer des liens avec ma langue.

Si seulement Choupinette pouvait le parler comme moi, le pari serait gagné. Mais je le parle trop mal pour lui apprendre seul.

Ainsi, je ressens maintenant un besoin impérieux de défendre les restes [ruines ?] d’une langue maternelle dont je ne perçois la valeur que depuis quelques années. Auparavant, j’étais jeune et con. Aujourd’hui, il est trop tard pour pleurer. Même si cette envie ne manque pas.

Allez, bon ouikende cependant à toutes et à tous. Le temps s’éclaircit tout de même…

Be cool, be open.

UU

Bouddha_chinois_guimet

Légende : Bouddha chinois – Période [me rappelle plus…] – Vu au musée Guimet il y a qq semaines

Aujourd’hui, j’ai XXXI ans et c’est tant mieux

Aujourd’hui, cela fait un an de plus que l’année dernière et c’est tant mieux.

J’ai surtout envie de dire que tout va bien, que tout va tellement mieux [qu’il y a quelques années].

Darrozepersonne
"Personne ne me volera ce que j’ai dansé", Hélène Darroze (*).

Pas plus elle que moi d’ailleurs.

Et c’est ainsi que les choses devraient toujours être.

Belles et simples.

Be cool, be open.

UU

(*) On dîne chez elle ce soir…

Une semaine pas comme les autres

Ce que mon cortex a vécu depuis samedi dernier.
[non, je n’exagère même pas ce qui suit].

Tulipe64Samedi :
Bloganniversaire
Valse-hésitation
Atermoiement
Dérive
Enfoncement

Tulipe65Dimanche :
Déconnexion
Appréhension
Panique
Décollage
Amerrissage
Tremblements

Tulipe66Lundi :
Silence
Nervosité
Ponction
Errance
Immobilisation
Cauchemars

Tulipe67Mardi :
Déperdition
Fuite
Peur
Tension
Asphysie

Tulipe74Mercredi :
Moiteur
Appréhension
Irritation
Puis délivrance
Pleurs
Soulagement

Tulipe75Jeudi :
Stress
Pression
Angoisse
Culpabilité
Anxiété
Décompression
Pleurs [encore]

Tulipe76Vendredi :
Stress
Pression
Angoisse
Sérénité
Succès
Exténuement
Décompression

Aujourd’hui samedi, j’ai l’impression d’avoir vécu une semaine en enfer : voir la liste sus-citée.

Pour douce Marie, la semaine qui précédait avait été une des semaines les plus difficiles qu’elle ait eu à vivre professionnellement depuis 3 ans. Mais c’est pas ça le plus important.

Pour moi, c’était aussi une des semaines où j’ai eu le plus de stress, de pression, de montée d’adrénaline depuis 7 ans que je bosse dans cette boîte. Mais c’est pas ça le plus important.

Pour tous les deux, cette semaine a été sur le plan personnel une des épreuves les plus difficiles qu’on ait eu à passer ensemble. Cette *intervention* était prévue, planifiée depuis plusieurs semaines. Mais l’appréhension s’était elle aussi invitée. Planifiée, d’elle-même.

Aujourd’hui, je peux dire que la semaine s’est bien finie. Surtout depuis mercredi lorsqu’on a eu les résultats. Tout va bien. Et c’est tant mieux. Quel soulagement…

C’est peut-être ça la vie, tout simplement.
C’est peut-être ça grandir aussi.
Arrêter de croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Ouvrir les yeux vers ce trop plein de réalité que le monde nous donne à voir.
Comme dans ce cauchemardesque Orange Mécanique où l’on  v i o l e  mentalement l’individu en le forçant à voir des choses qu’il se refusait de voir jusqu’à maintenant.

Epilogue :

« Je ne sais pas […] si le bonheur se supporte mal ou si les gens le comprennent mal, ou s’ils ne savent pas très bien celui qu’il leur faut, ou s’ils savent mal s’en servir, ou s’ils s’en fatiguent en le ménageant trop, je ne le sais pas ; ce que je sais, c’est qu’on en parle, que ce mot-là existe et que ce n’est pas pour rien qu’on l’a inventé. » Marguerite Duras, in Le Square.

Promis , on va essayer de redevenir cool, redevenir open.
Bientôt, bientôt.
Donnez moi un peu de temps encore [i.e. contrairement aux apparences, je n’ai pas vraiment recommencé à bloguer ;o)]
Le temps de réaliser que tout va bien.
Je m’en remets à peine…

UU

ps : Si je ne vous donne pas plus de détails, c’est bien par pUUdeur que je le fais. Le blog a forcément un côté intime qui se dévoile un peu à la face du monde, certes. Mais certaines choses doivent rester du côté de la *vraie* vie. Pour le reste, j’ai déballé mon sac dans cette note. Probablement que j’en avais besoin, pour finir de décompresser.

note : les fleurs sont celles du bouquet de Saint Valentin offert à ma douce. Elles sont encore plus belles dans la lumière d’un soleil d’après-midi [les 3 dernières photos]

Changer le monde

A l’époque où j’avais pleuré après avoir vu au cinoche « Land and Freedom » de Land_and_freedomKen Loach, j’avais une furieuse envie de changer le monde.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Peut-être ai-je mis de l’eau dans mon vin. Peut-être. Mais je ressens toujours ce sentiment de révolte qui m’avait tant bouleversé dans ce film alors que j’avais à peine 20 ans.

Quelque mois après ma dé-blog-alisation, je crois avoir maintenant trouvé un but. Une sorte de carburant qui donnera du sens à mon projet professionnel pour au moins … 15 à 20 ans.

Voilà deux semaines, j’ai signé pour mon futur nouveau job. I have a dream… Celui de mettre l’humain à nouveau au cœur des choses. A ma façon. Là où on s’y attend le moins aujourd’hui. Au cœur du système dominant de l’économie de marché. Et de prouver que la logique de rentabilité n’est pas incompatible avec une certaine humanité, une certaine temporalité, une certaine poésie, un certain égard à l’art [si l’art traverse les âges et revêt ce besoin impérieux de durer, pourquoi ne pas s’en inspirer ?]. Ce sujet est énorme et infiniment complexe. A la croisée des sciences humaines, des paradigmes économiques, de l’épistémologie artistique, de la considération tout simplement humaine et puis bien sûr de la finance…

Déjà, cela va me prendre plusieurs années à l’écrire, ce projet. Puis viendra le temps de sa mise en œuvre. Mais aujourd’hui, je viens d’acquérir une conviction, grâce à une rencontre déterminante à la fin de l’année dernière. La conviction que c’est *possible*.

Oui, je crois savoir que c’est un peu dingue comme projet… Tant mieux en fait… Parce que, finalement, il doit être possible de le changer, ce monde, bon sang de bonsoir !

« J’appartiens à l’école des théoriciens politiques qui jugent que l’on n’a jamais à choisir entre le bien et le mal, mais entre les degrés inégaux de mal ou de bien ; j’appartiens au nombre de ceux que l’on appelle les pessimistes, à tout d’ailleurs puisque les pessimistes de mon genre veulent sans cesse améliorer la société, fragment par fragment. Simplement, ils ne connaissent pas de solution globale. »   Raymond Aron

Be cool, be open.

UU

ps : Oui, je sais. Mettre Ken Loach et Raymond Aron dans la même note, c’est un peu ésotérique… ;o) Mais sérieusement, c’est à ce prix qu’une nouvelle voie politique peut être trouvée. Enlever les étiquettes et prendre ce qui est bon, à droite comme à gauche.

La pensée du vendredi #7: Un tatouage de l’âme

Récemment, j’ai pensé ça:

Lille_2004Les prénoms sont des mots [LES mots, devrais-je écrire car ce sont certainement les seuls  à avoir cet effet à ma connaissance] qui impriment leur trace dans votre être intime. Comme un tatouage de l’âme.

Pour ma part [certains le savent déjà], mon prénom veut dire littéralement : « celui qui est capable de paix ».

Vous vous dites peut-être que c’est beau à porter. Oui certainement. Définitivement oui. Mais parfois, cela peut être lourd aussi. Mais peu de personnes peuvent vraiment comprendre. En tout cas, cela m’a amené à penser ce que j’ai écrit plus haut.

A le penser et à le ressentir aussi.

Très beau ouikende à toutes et à tous.

Be cool, be open.

UU

De mon prénom, de la guerre, des poilus et des traces d’humanité

Cimg4851J’avais lu, il y a quelques jours, une très bonne note de JPC, belle et personnelle sur ces poilus de la der des ders.

Vous aussi, vous avez dû en lire des choses à ce sujet en ce long ouikende de commémoration du 11-novembre. En voir aussi. Et puis en entendre certainement.

Franchement, autant vous dire que cela me dépassait un peu tout ça. Cette guerre, si lointaine dans le temps. J’étais beaucoup plus consterné, plus révolté par l’autre guerre, la suivante.

Et puis, il y a eu cette note de JPC. Puis cet article quelques jours plus tard, dans l’édition du Monde daté du jeudi 10 novembre.

Dans le train qui nous amenait à très grande vitesse vers les territoires verdoyants du Doubs, j’ai lu cet article [lien abonnés] sur les « ders des ders ». Sur ces six derniers poilus [selon le baromètre officiel].

Des portraits ?
Des anecdotes ?
Des histoires de guerre ?
Non, rien de tout ça.
Non, on était ailleurs.
Non, c’étaient simplement des traces d’humanité.
A figer dans le marbre.

Pourquoi la simple lecture de ces quelques lignes m’a-t-elle bouleversé au point de me faire venir des larmes aux yeux ? Au point de ressentir ces frissonnements qui m’ont traversé les avant-bras et les côtes de part en part ?

Vous le savez, vous ne le savez peut-être pas… Mais j’ai peur des films de guerre… sur le Viêt-Nam. Peur de voir de quoi sont capables les hommes.

Ou bien est-ce toujours en raison de ce prénom que je porte depuis ma naissance.
Avec fierté, c’est sûr.
Il n’y a même pas de doute à ce sujet.
Il renvoie à la fois à une certaine légèreté et à un optimisme appuyé.
Ce qui me convient bien.
Il me rappelle aussi en permanence aussi d’où je viens.
D’un pays en guerre.
Littéralement, je suis « celui qui apporte la paix », celui qui est pacifique.

[Extraits des citations de ces poilus qu’a rencontrés le Monde]

« Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leur mère. Suppliaient qu’on les achève. C’était une chose horrible. Les Allemands, on les retrouvait quand on allait chercher l’eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez. » Louis de Cazenave, 108 ans.

« Il hurlait : "Venez me chercher, j’ai la jambe coupée." Les brancardiers n’osaient pas sortir. Je n’en pouvais plus. J’y suis allé avec une pince. Je suis d’abord tombé sur un Allemand, le bras en bandoulière. Il m’a fait deux avec ses doigts. J’ai compris qu’il avait deux enfants. Je l’ai pris et l’ai emmené vers les lignes allemandes. Quand ils se sont mis à tirer, il leur a crié d’arrêter. Je l’ai laissé près de sa tranchée. Il m’a remercié. Je suis reparti en arrière, près du blessé français. Il serrait les dents. Je l’ai tiré jusqu’à nos lignes, avec sa jambe de travers. Il m’a embrassé et m’a dit : "Merci pour mes quatre enfants." Je n’ai jamais pu savoir ce qu’il était devenu. » Lazare Ponticelli, 108 ans.

Le Monde écrit : Sur la table du salon traîne un numéro de Das Neue Blatt, un magazine people allemand. Ferdinand parle couramment cette langue, qu’il avait commencé à apprendre en 1914. « Ce peuple m’a toujours intéressé. Ce que je préfère chez les Allemands ? Les Allemandes… L’amitié entre nos deux pays, l’Europe sont la plus belle chose du XXème siècle, avec le jour où l’homme a marché sur la Lune. » Ferdinand Gilson, 107 ans.

Ferdinand ajoute : « Aujourd’hui encore, je ne peux pas passer devant un cimetière militaire. Chaque fois, je me dégonfle. » [note : Vous rendez-vous compte, c’était pourtant il y a près de 90 ans… Et encore aujourd’hui…]

[Pause]
[Reprise de souffle]
[Le temps de réaliser, de ressentir]

Qu’y ai-je donc lu qui m’ait tant ému ? Que la guerre, les guerres ne peuvent pas être faites par les hommes. « On » les y oblige. On les endoctrine. On les y force. Au nom d’un pays. Oui c’est ça, ce sont des nations qui font les guerres. Aujourd’hui, ce sont des idéologies qui font aussi les guerres.

Mais ça ne peut être les hommes eux-mêmes.
Ce n’est pas envisageable.
Je veux le croire.
Je veux y croire.
L’homme ne peut naître avec la haine des autres.
L’homme porte consubstantiellement la mémoire de l’humanité.
Ou bien sinon, je ne serais pas digne de porter mon prénom.

Be cool, be open.

UU