Meilleurs Mots lUUs #19 et #20: Ossiane et Annie-Claude

Vous ne me croyez toujours pas ?!

Et pourtant !… Depuis que je clame qu’il existe des ondes parallèles sur cette blogosphère…

Alors quoi ? Aujourd’hui, le thème majeur [on croirait qu’elles se sont téléphonées, Ossiane et Annie-Claude] est… le désir !

Désir de beauté pour Ossiane, désir de l’autre pour Annie-Claude.

La dernière ligne droite des Meilleurs Mots lUUS se présente sous les meilleurs auspices !
Que les Meilleurs Mots lUUs gagnent !

Be cool, be open.

UU

ps: N’oubliez pas de cliquer sur le lien vers le blog d’Annie-Claude… Je crois qu’elle a mis en ligne une note sur Pena-Ruiz

Meilleurs mots lus #19

Ossiane – Extrait de « Cinq méditations sur la beauté », de François Cheng [chez Albin Michel]

Si j’étais le seul être unique, et si tous les autres étaient identiques, je ne serais qu’un échantillon bizarre, bon à être exposé dans la vitrine d’un musée. L’unicité de chacun ne saurait se constituer, s’affirmer, se révéler à mesure et finalement prendre sens que face aux autres unicités. Là est la condition même d’une vie ouverte. C’est avec cette compréhension juste qu’elle ne risque pas de s’enfermer dans un narcissisme mortifère. Toute vraie unicité sollicite d’autres unicités, n’aspire qu’à d’autres unicités.

Le fait de l’unicité se vérifie autant dans l’espace que dans le temps. Dans l’espace, les êtres se remarquent et se démarquent par leur unicité. Dans le temps, chaque épisode, chaque expérience vécue par chaque être est également marquée au sceau de l’unicité. L’idée de ces instants uniques, lorsqu’ils sont beaux et heureux, suscite en nous des sentiments poignants, accompagnés d’une infinie nostalgie. Nous nous rendons à l’évidence que l’unicité de l’instant est liée à notre condition de mortels ; elle nous la rappelle sans cesse. C’est la raison pour laquelle la beauté nous parait presque toujours tragique, hantés que nous sommes par la conscience que toute beauté est éphémère. C’est aussi l’occasion de souligner d’ores et déjà que toute beauté a précisément partie liée à l’unicité de l’instant. Une vraie beauté ne saurait être un état figé perprétuellement dans sa fixité. Son advenir, son apparaître-là, constitue toujours un instant unique ; c’est son mode d’être. Chaque être étant unique, chacun de ses instants étant unique, sa beauté réside dans son élan instantané vers la beauté, sans cesse renouvelé, et chaque fois comme neuf.

A mes yeux, c’est avec l’unicité que commence la possibilité de la beauté ; l’être n’est plus un robot parmi les robots, ni une simple figure au milieu d’autres figures. L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’image d’une fleur ou d’un arbre, n’a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté.

En tant que présence, chaque être est virtuellement habité par la capacité à la beauté, et surtout par le « désir de beauté ».

Commentaire d’Ossiane

Suite à une des questions de ton sondage sur la poésie…

Meilleurs mots lus #20

Annie-Claude – Extrait de « L’Etre et le Néant », de Sartre [chez Gallimard, pp. 440-441]

Cérémonies de la caresse.

Le désir est une tentative pour déshabiller le corps de ses mouvements comme ses vêtements et de le faire exister comme pure chair : c’est une tentative d’incarnation du corps d’Autrui. C’est en ce sens que les caresses ne devraient être que les effleurements, des frôlements, il ne saurait y avoir de rapport entre elles et le puissant désir qu’elles prétendent combler : elles demeureraient en surface, comme des regards, et ne sauraient m’approprier l’Autre [….]. C’est que la caresse n’est pas simple effleurement : elle est façonnement. En caressant autrui, je fais naître sa chair par ma caresse, sous mes doigts. La caresse est l’ensemble des cérémonies qui incarnent autrui.

Commentaire d’Annie-Claude

Cet extrait de l’ouvrage de Sartre est lui-même extrait d’un livre : Le Roman du Monde, légendes philosophiques ? Henri PENA-RUIZ Flammarion Collection Champs p 123.

Conjuguer sérieux et légèreté, voilà ce qui me motive en tout. Quitte à caresser, autant savoir ce que l’on fait, surtout si c’est Sartre le prof….
PENA-RUIZ, qui est prof de philo à Paris, commente ce texte, et j’ai presque hésité à choisir plutôt ses mots à lui. Jugez :
« […] Le corps se révèle par la caresse, comme s’il n’était fait que par elle et pour elle. Fête première où la vie ruisselle comme une pluie striée de soleil. Une sorte de printemps charnel réinvente le monde. L’émotion sensible chante alors la chair silencieuse. […]»

Et puis, au-delà du désir, ce thème du « toucher » m’a toujours fascinée.
Preuve d’écoute, d’empathie, de volonté de partage, de témoignage de proximité pour les uns. Formalité, sentiment d’agression pour d’autres. Quand je compare les comportements des gens de civilisations du « toucher », que j’appellerai « sudistes », avec ceux plus « nordistes », mon cœur n’hésite pas une seconde. Ai-je déjà dit que j’étais « sudiste » ?

Touchez-vous. Caressez-vous. Le monde ne s’en portera que mieUUx….

17 commentaires sur “Meilleurs Mots lUUs #19 et #20: Ossiane et Annie-Claude

  1. magnifique texte de françois cheng, merci Ossiane!!! Lumineux! J’y suis plus sensible qu’au texte de Sartre, question de moment, sans doute….en tous cas, le choix entre tous ces textes va être dur dur!!! courage aux jurés!

    J'aime

  2. Tiens Dom te voilà ici aussi;-) J’ai bien aimé ce livre respiration qui a le mérite de revenir à l’essentiel. Bon j’arrête ma promo;-) Coincidence amusante avec Annie-Claude en effet;-) J’y crois un peu à ces ondes parallèles. Ce egnere de choses m’est déjà arrivé pas mal de fois avec d’autres blogueurs. Un grand coucou à toi UU qui es au fin fond de l’empire américain. A bientôt.

    J'aime

  3. je vénère (il bondirait) Pena Ruiz mais pas très sensible à ce texte peut-être parce qu’il suivait Cheng
    Avec lui je commence toujours avec en tête le souvenir du délicieux vieil homme diseur et calligraphe, et puis là son texte a touché ce qui m’importe – alors n’y a vait plus de place pour Pena-Ruiz. Je vais le retrouver sur le blog

    J'aime

  4. Tout désir est désir de quelque chose, pour parler comme un phénoménologue: seul l’objet du désir confère au désir sa qualité. Là où chez Sartre demeure l’idée de l’incommunicabilité, le désir revêt une dimension fondamentalement altruiste chez Cheng. On sait où penche mon coeur.

    Deux beaux textes, l’un par son propos, l’autre par son style. Bravo et merci.

    J'aime

  5. Alors ça, quelle coïncidence !! Ossiane, suis ravie d’être associée à toi !
    J’ai pas lu le bouquin de Cheng, dont Argoul avait parlé il y a quelque temps, mais ça me donne bien encore plus envie de m’y plonger.

    J’aime particulièrement cette phrase : « L’unicité transforme chaque être en présence, laquelle, à l’image d’une fleur ou d’un arbre, n’a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté. », et en plus, Ossianne, je trouve qu’elle te correspond complètement. La générosité avec laquelle tu publies une photo pour t’adresser ensuite personnellement à chacun de tes commentateurs est résumée là, il me semble.

    J'aime

  6. >Annie-Claude:
    Contente également d’être à tes côtés sur ces deux visions du désir;-) Tu ne perdras pas ton temps en lisant ce livre. En revanche, je n’ai pas trouvé ce que Argoul a dit à propos du livre sur son blog. J’aurais bien aimé lire son compte-rendu. Clin amical et complice vers toi.

    J'aime

  7. UU!!! reviens!!! rien ne va plus!!!
    Voilà que les candidates se mettent à se faire des compliments, des clins d’oeil amicaux et complices… et j’en passe et des meilleures!!!
    Non mais où est passé le concours, la compétition… j’vous l’demande!!!
    Tout se perd!!!
    Sinon j’ai bien aimé les deux textes… ca fait des trucs tous bizarres dans ma tête… le médecin a dit que c’est parce que je réfléchissais… pfff… qu’est ce qu’ils peuvent dire comme âneries les médecins… j’te jure!!!
    Donc bravo les filles, deux textes intéressants qui me poussent un peu plus vers le bas du classement
    AAAAHHHHH!!!! voila que je m’y met aussi à faire des compliments… il a p’tet raison le médecin, je dois être malade

    J'aime

  8. Euh au fait quand j’écris « les filles », ce n’est pas pour être péjoratif, indélicat ou méprisant… c’est juste affectif… ne le prenez pas mal mesdames!

    J'aime

  9. Heu… le sondage, là. J’aurais bien rajouté les Rocheuses, mais connais pas encore. Mon trio, dans le désordre parce qu’incomparables : New York et San Francisco sans hésiter une seconde, puis j’ai hésité entre La Nouvelle Orléans (vive les pompons) et le grand Canyon, 2 lieux mythiques et à voir absolument.
    T’aurais pas oublié Boston ? une des rares villes US où c’est sympa de marcher….
    Take care.

    J'aime

  10. Au risque de me faire détester, mes impressions sont à l’opposé de celles de Dom… Je ne sais pas pourquoi, les idées de Cheng sont essentielles, mais son style me laisse… de glace. Contrairement à l’extrait sartrien et au commentaire d’Annie-Claude qui se renchérissent mutuellement sur un thème que j’ai rarement vu aussi bien abordé. Lirais-je Sartre ou PENA-RUIZ, je ne sais pas, mais j’ai fichument envie d’aller fureter de leur côté…

    Bon, j’ai du retard à rattraper sur les dernières notes, mais j’avais vu rapidement que mon choix de René Char n’a pas fait beaucoup d’adeptes, m’en vais aller y voir et le défendre…

    J'aime

  11. Je viens de rattraper mon retard de lecture, j’avoue que je suis davantage du « sud » et cette cérémonie de la caresse ne me laisse pas insensible, j’ai toujours aimé conjuguer sérieux et légèreté…
    le texte de Cheng me parle mais je préfère d’autres écrivains qui ont écrit les mêmes choses mais où j’ai trouvé plus d’émotion…

    J'aime

  12. >Merci jmesuiléssépoucélacravat 😉

    >Annie-Claude:
    Merci pour ton info. C’est incroyable que je ne me souvienne pas de ça;-)

    >Double-Je:
    Il y a sans doute d’autres bons écrivains que je ne connais pas et qui abordent ces sujets. Peux-tu m’en citer pour information? Bien qu’il y ait quelques autres beaux morceaux d’écriture, je ne pense pas qu’il faille lire le texte de Cheng pour éprouver des émotions. Il faut le voir davantage comme une analyse pragmatique épurée qui permet de comprendre la place et les aspirations de l’être humain dans l’univers et de sa relation aux êtres et aux choses qui l’entourent. Bien à toi.

    J'aime

  13. A tous,
    Merci pour vos commentaires très très sympas.
    Suis pas vraiment bien placée, moi la non littéraire (ben oui, j’ai fait plus de maths que de lectures, et je ne mets pas vraiment de point d’honneur non plus à cette situation), pour comparer les styles d’écriture, les références littéraires, et tout et tout.
    Ma seule ambition, au-delà de la dérision, était d’attirer l’attention sur la nécessité, selon moi, d’être un peu plus attentif aux autres, à les « sentir » et « ressentir », et le contact avec la peau peut y participer.

    A Ossiane,
    Tu vois, ce livre et cet article m’avaient marquée. Comme quoi….

    A UU,
    Merci encore pour avoir créé ce « concours », et m’avoir obligée (si, si) à fouiller un peu plus ma mémoire (et les rayons de ma pauvre bibli locale) sur mes lectures de l’année ;o)

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s