« Une robe rouge est-elle encore rouge lorsque je ne la regarde pas ? »

Marie

Légende : Photo de douce Marie, dans une installation de Lille 2004

Ah, merci Patsystone pour cette magnifique question…

« Une robe rouge est-elle encore rouge lorsque je ne la regarde pas ? »

Elle m’a rappelé immédiatement une émission de radio sur un  magnifique texte de Merleau-Ponty – j’ai envie de dire ce chant du cygne philosophique car écrit au crépuscule de ses jours, au bord d’une piscine [c’est important, vous allez comprendre pourquoi]. C’était sur le chemin de la Toscane, sur France Q, l’été dernier.

La question de Patsystone, fondamentalement ontologique [référence à "l’être en tant qu’être" d’Aristote], est fascinante.

C’est une question qui joue un air faussement shakespearien [étre ou ne pas être] mais qui renvoit non seulement l’homme à sa condition [in]humaine mais aussi le monde dans sa globalité en tant qu’objet pleinement empreint d’une finitude inéluctable.

Qui suis-je, moi celui qui regarde cette robe en ce moment ?, avais-je envie d’écrire à Patsystone – avant d’écrire cette note.

Merleau-Ponty, lui, a écrit ceci :

« Quand je vois à travers l’épaisseur de l’eau le carrelage au fond de la piscine, je ne le vois pas malgré l’eau, les reflets, je les vois justement à travers eux, par eux. S’il n’y avait pas ces distorsions, ces zébrures de soleil, si je voyais sans cette chair la géométrie du carrelage, c’est alors que je cesserais de le voir comme il est, où il est, à savoir : plus loin que tout lieu identique. L’eau elle-même, la puissance aqueuse, l’élément sirupeux et miroitant, je ne peux pas dire qu’elle est dans l’espace ; elle n’est pas ailleurs, mais elle n’est pas dans la piscine. Elle l’habite, elle s’y matérialise, elle n’y est pas contenue, et si je lève les yeux vers l’écran des cyprès où joue le réseau des reflets, je ne puis contester que l’eau le visite aussi, ou du moins y envoie son essence active et vivante. » in ‘Le visible et l’invisible’ (oeuvre posthume) de Maurice Merleau-Ponty

Que voit-on vraiment ? Est-ce la poésie profonde du monde ?

Merleau-Ponty, par ce texte, nous donne envie d’avoir la foi dans le monde. Une foi poétique et artistique.

Cette interrogation n’avait alors cessé de me hanter tout le temps qu’on caressait de l’oeil les cyprès en Toscane, l’été dernier.

Toscane_bosquet_de_cyprsLégende : Photo d’un bosquet de cyprès, au sud de Sienne – dans les Crete senesi précisément

Be cool, be open.

UU

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21 commentaires sur “« Une robe rouge est-elle encore rouge lorsque je ne la regarde pas ? »

  1. Cher UU,
    Merci de ton mot, sois tranquille, je « resplendis toujours » !!
    Rouge ou pas la robe qu’importe… Ce qui compte c’est celle qui la porte !!
    Belle photo de Toscane,
    Bien à toi,
    OLIVIER

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  2. De rouge je passe à bleu celui de mon poète N. Charlet

    « Le bleu du ciel connaît la profondeur de sa légèreté.
    Même décolorée au paroxysme de la transparence,sa substance reste purement bleue. aucun de ses atomes ne saurait être d’une autre couleur.
    Depuis ce jour d »hiver à la lumière implacable, je ne vois plus le ciel mais seulement le bleu du ciel.
    L’élémentaire devenant forme.
    L’immédiateté de la perception fait écho à l’unicité de la couleur.
    Ce bleu peint en bleu n’est pas intelligible, sa matière sans matière a l’évidence de la beauté. »
    bonne journée…bises

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  3. Une robe rouge reste rouge lorsqu’on ne la regarde plus. Elle est ancrée dans la mémoire de celui qui l’a observée.

    De même qu’un être disparu vit toujours à travers le souvenir de ceux qui l’ont connu, aimé.

    Ce qui change c’est la perception que chacun a du rouge, de l’être perdu, la force du souvenir qui s’estompe avec le temps pour finalement se perdre.

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  4. « il faut encore remarquer que les nations sauvages, les personnes incultes et les enfants ont une grande prédilection pour les couleurs vives ; que les animaux sont pris de colère à la vue de certaines couleurs ; que les personnes cultivées évitent les couleurs vives aussi bien sur leurs vêtements qu’autour d’elles, et s’efforcent généralement de s’en épargner la vue ». Goethe, Le Traité des couleurs.

    Voir aussi le livre passionnant de David Batchelor, La peur de la couleur.

    Même pas peur.

    Une robe que je ne regarde plus ne reste pas forcément rouge, en période de soldes, elle disparaît dans le sac d’un hystéro shoppeuse. Un fragment de peinture rouge que je ne regarde pas dans un édifice peut ne plus être rouge, il peut avoir été décapé ou repeint « à l’identique » dans l’ensemble de l’édifice par quelque restaurateur zélé.

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  5. dans le test d’Ishiara pour le dépistage des troubles de la vision des couleurs, ceux qui sont daltoniens ou autre ne voient pas du tout ce que nous voyons sur les planches du test. Ils voient d’autres chiffres.

    Par contre si celui qui leur fait passer le test leur montre un faisceau de fils électriques de couleurs différentes, il y en a qui arrivent à trouver le rouge ou le vert ou ….. parce qu’ils sont conditionnés par la société à savoir que ce qu’ils voient là, ça s’appelle rouge ou vert ou…. mais en fait ils voient une autre couleur que ceux qui ont une vision « normale » des couleurs

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  6. « Rouge
    Comme un soleil couchant de Méditerranée,
    Rouge
    Comme le vin de Bordeaux dans ma tête étoilée,
    Rouge
    Comme le sang de Rimbaud coulant sur un cahier,
    Rouge
    Comme la mer qui recouvre le désert de Judée… »

    Spéciale dédicace à la groupie de Michel Sardou qu’est UU… ;op
    et petite dédicace à Huff, juste pour le fun ;oD

    (merci maman pour le bourrage de crâne en voiture… soupir…)

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  7. OUPS OUPS OUPS,

    c’est breizhette le témoignage d’au-dessus, et pas jmesui…
    j’vais m’faire trucider…

    si j’ai pas mis de posts dans les 5 prochains jours, appelez la police…

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  8. Breizhette>> tu n’avais pas besoin de le préciser… un commentaire sans faute d’orthographe… cela ne pouvait pas être ma prose…

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  9. Olivier>> Avec plaisir…

    Elisanne>> Le bleu aussi fascine !

    Aurélie>> Si c’était proustien, cela devait avoir un arrière-goût agréable. Tant mieux ! [j’ai relu la note que j’avais écrite pour ton MAC en effet… après avoir publié cette note]

    jmesuiléssépoucélacravat>> Rougis pas ! Elle a raison Annie-Claude !
    C’est joli et bien dit !

    patsystone>> Savoureux commentaire… J’aime en particulier tes exemples, contemporainement poétiques.

    candide>> Fascinant ! Je ne savais pas tout ça [sauf l’existence des daltoniens en soi]

    breizhette>> Aahhh, faut arrêter avec cette histoire de Sardou ! Bon merci quand même. Personnellement, j’aurais mis : « Rouge », d’un groupe indé français « Les Petits Indiens ». Du rock brut avec une émotion toute féminine. Je vous le posterai un de ces quatre !
    Bizz à jmesuiléssépoucéetc. [c’est pour le calmer un peu, pour que tu continues à nous écrire des commentaires ;o)]

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  10. ne connaissant pas Patsystone, je ne peut l’affirmer mais n’y a t’il pas un réference au principe d’incertitude d’heizenberg (qui dit que tout ce qui est observé est modifié par ce qui l’observe). Ce qui permettrai de penser que la robe n’est rouge que parce qu’on la regarde et donc elle ne l’est plus si on ne la regarde plus.

    Enfin moi je dis ça, c’est juste en passant comme ça.

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