Parce qu’il n’y a plus de dialogue

Hier soir, soirée anniversaire pour les 30 ans d’un copain. Tout se passe bien grâce à un sacré punch à la canneberge agrémenté d’un champagne-rhum blanc. Puis, des bruits vers 21 heures. Beaucoup de bruit.

On est rue d’Avron, au 4ème étage avec une perspective qui remonte jusqu’à la porte de Montreuil. Des jeunes, en manque de manifestation anti-Sarko, viennent de faire basculer sur la chaussée un récup-verres [voir la photo plus bas]. Une banderole "Etat-Sarko, on aura ta peau", ou quelque d’approchant. A cette heure-ci, on ne parle plus de CPE.

Plus d’une vingtaine d’entre eux repartent avec 2 bouteilles en verre à la main. La nuit va être rude pour les CRS.

J’avais garé ma voiture rue d’Avron justement. Je descends pour voir. Voir la voiture mais aussi tout simplement voir. Avais-je l’ambition de croire que je pourrais comprendre quelque chose en descendant voir ? Douce Marie me dira après que c’était un beu bargeot de descendre dans ce tumulte. Peut-être.

J’ai donc vu ma voiture. Une poubelle en feu sur la chaussée, à cinq mètres de la voiture. Rien de méchant. Puis j’ai vu les vitrines de la rue. Au début, j’avais cette impression qu’elles étaient toutes cassées sur 20 mètres. Je réaliserai plus tard en rentrant chez nous à la fin de la soirée que c’était *uniquement* des institutions : MACIF, Banque Populaire, BNP et… McDonald’s. Pas de vitrines de commerce, pas de restaurants touchés par cette folie passagère.

Nous ne sommes pas au degré zéro de l’acte délinquant des casseurs. Nous sommes juste au dessus. Comme une envie, un besoin irrépressible de s’exprimer. Et l’impossibilité de le faire autrement que par la violence et des actes publiquement visibles et provocateurs. Une forme de réponse à un dialogue de sourds.

Mais alors une question : n’est-on plus capable de dialogue dans cette société ? ne sait-on plus se parler entre gens de la Cité ?

"La Cité n’est pas une famille mais un lieu où l’on se connaît de vue" – Aristote

J’ai envie d’ajouter : où l’on peut dialoguer à tout instant.

Oui, le marché du travail en France est rigide et doit être réformé. Oui, la société a peur de la précarité.

Puis je pense à Villepin qui a brandi le 49.3 et qui a martelé son discours de fermeté sur la nécessaire application de cette loi.

Puis je pense à Sarko qui fustige des pans entiers de la société avec ses "karchers" et ses "racailles".

Puis je pense qu’on n’y arrivera pas. Pas avec ces hommes politiques là.

Be cool, be open.

UU

ps : comble de l’histoire, les CRS avaient allumé [exactement !!!] 30 bougies bleues pour cette soirée d’anniversaire. Y a des trucs dingues qui se passent parfois, on croirait presque aux théories du complot. ;o)

Crs_bougies_bleues

Publicité

15 commentaires sur “Parce qu’il n’y a plus de dialogue

  1. Quelle soirée d’anniversaire! Gros malaise. Société bloquée et en mal d’identité, pas de dialogue, logique d’affrontement qui risque à nouveau de remettre en selle pour de bon le Sarko que je redoute tant. Bien à vous deux.

    J’aime

  2. Cette France va bien mal… j’ai du mal à croire que ce soit ça la France, bien du mal…
    Votre racaille c’est les démagos… heu! ça rime avec Sarko n’est-ce pas…

    Un belge.

    J’aime

  3. Malaise, malaise… Je suis toujours gèné par la casse gratuite et la baston pour la baston… Je suis mal à l’aise devant cette absence de dialogue entre gouvernement et syndicats de tous poils… Positions principe dans chaque camp. Blocage total.
    Et si le CPE ça pouvait marcher? Et si on s’intéressait au désengorgement de filières universitaires qui ne mènent nulle part? Et si on s’intéressait à la porportion d’étudiant laissant tomber la fac en cours de première année?
    Génération précaire? Génération mal orientée surtout. Génération qui va bien un jour ou l’autre devoir comprendre que rien n’est jamais acquis… Autant dire que ce n’est pas avec le soutien des centrales syndicales traditionnelles de leurs aînés qu’ils risquent de comprendre l’évolution du monde… Quand la génération précaire demande à la génration avantages acquis un coup de main, elle ne risque pas de retrousser ses manches…

    J’aime

  4. Et oui, Ronchon, il y a de quoi poser des questions..
    Qui se souvient que les syndicats enseignants de fac ont défendu pendant longtemps (au fait, maintenant on ne les entend pas bcp, ou alors je me trompe ?) que l’Université n’avait rien à voir avec le marché de l’emploi ? que le monde de l’entreprise devait être exclu du monde universitaire, parce que l’acquisition de connaissances ne devait pas être soumise au grand capital ? qui se souvient ?

    Merci UU de soulever ces questions, et déclencher « des » dialogues.

    J’ai mal pour les jeunes, qu’on berne en permanence.

    Une prof qui essaie de mettre les jeunes à qui elle enseigne sur le marché de l’emploi, contre vents et marées.
    [Bon, ici elle est toujours basse, la marée ;o) Que je me sens loin tout à coup…]

    J’aime

  5. Annie-Claude: Glad you’re back from NZ!!!
    Comme tu vois ça chauffe en métropole!!! Et c’est consternant!!!! De quoi avoir envie de fuir au bout du bout du monde, même si l’herbe n’y est pas plus verte!

    J’aime

  6. Attention aux « générations mal orientées » dont parle Ronchon. Il y a des lycées professionnels limite « poubelle » où arrivent des jeunes en échec scolaire et où ils arrivent par élimination ( les premiers voeux d’orientation qu’ils ont fait ou qu’on a fait pour eux n’ont pas été retenus). Leur estime d’eux même est effondrée. Tout n’est pas dû au système scolaire bien sûr. A quand un système où le but serait qu’aucun jeune sorte sans estime de lui entamée?
    Et pour l’orientation certains jeunes trouvent rapidement mais parfois en terminale certains ne savent pas vers quoi se tourner, ou des étudiants terminent leurs études et se posent bien des questions sur leur désir propre et réalisent qu’ils sont arrivés là par le désir d’autres qu’eux.
    Dans cette optique ça ne me gène pas qu’un étudiant ne réussisse pas sa première année de fac. Ou qu’il parte un an ailleurs chercher sa voie.
    Il y a quelques années j’avais entendu cette « plaisanterie » sur le système scolaire: celui qui réussit la voie classique sans problème va en études supérieures, fac… et arrive au bout en disant « ben M…. il ne me reste plus qu’à enseigner » Et ceux qui ne réussissaient pas au collège on leur dit « bon , tu as le choix entre mécanique ou mécanique, et il faut que ce soit « ton » projet. »
    en vrac avant de filer au travail!

    J’aime

  7. Jlhuss>> Et oui ! Tendons nous la main, même si on est dans deux camps opposés ! Mais bon, j’rêve trop éveillé des fois.

    Ossiane>> Mal d’identité, absence de projet collectif de société. Ne plus vouloir nécessairement vivre ensemble. Comme entendu l’autre jour sur France Q, un doux rêve serait de ne plus avoir de violences urbaines/ethno-centrées/etc. Après ça se gère… On vivra déjà mieux ensemble si on arrive à ça.

    Ronchon>> Oui, tu as raison de rappeler l’image de la précarité. Ce dont on n’a pas assez conscience, collective, est la nouvelle forme de violence de notre économie moderne.
    [Re]lire à ce sujet ma note de Novembre 2005 :
    De la précarité sociale et de la métamorphose industrielle anxiogène

    jmesuiléssépoucélacravat>> Réformer un pays qui ne le veut pas, ça ne sert à rien. Reprendre du début, et expliquer pourquoi il faut changer. C’est ça qu’il faut faire urgemment. Expliquer, dialoguer…
    Mais tu as raison, il est urgent de réformer une société française qui se sclérose derrère une certaine fausse idée des acquis sociaux [même si certains d’entre eux resteront indispensables].

    Bourrique>> No worries, I am still alive. ;o)

    Candide>> Peu savent le métier qu’ils veulent faire à la sortie du lycée. Mais c’est parce que l’école française est [trop] hermétique au milieu professionnel.
    Exemple [américain] : lire le paragraphe 5 de cette note « Du rêve américain« , sur les manuels scolaires américains. Comme dit Annie-Claude, on a trop peur en France du monde de l’entreprise pour le laisser s’immiscer dans l’école. Je ne veux pas faire de l’école un lieu de sponsoring/marketing des marques mondiales. Mais il y a des choses intelligentes à faire.

    Annie-Claude>> Ben, mets toi au surf si la marée est basse. ;o)
    Bon retour de NZ !
    J’ai pas oublié le Kdo que je dois t’envoyer… Soon. ;o)

    Condorcée>> Salut ! Ben oui, on est mal barre pour 2007. Pour qui donc voter ??? Silence sidéral en guise de réponse.

    Pour la pensée du vendredi/samedi : ouh la la, j’ai passé une semaine de boulot terrible. 5 jours de déplacement, du lundi matin au vendredi soir…
    Atterrissage en provenance de Cork hier soir, à 22h30… Autant dire, pas moyen de bloguer cette semaine…

    J’aime

  8. Un week end largement mérité donc!!!
    Tout le monde sait en France qu’il faut réformer, que l’on ne peut pas continuer comme ça.
    Je ne pense pas que le problème soit là…
    Le monde bouge, change évolue.
    La France, elle, reste campée sur des positions, des structures, une organisation qui ne sont plus adaptées.
    Combien de temps pourrons nous continuer à tenir comme cela? Plus nous repoussons la réforme plus dure sera la chute.
    Le CPE a été mal introduit (passage en force au parlement, pas de dialogue…), il est certainement perfectible, mais demander son retrait pur et simple montre que la France et ses syndicats sont incapables d’aller de l’avant et de se préparer à l’avenir

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s