Luberon – 2ème promenade : l’OUÏE

Notre promenade dans le Luberon continue aujourd’hui… Après la vue hier, je vous propose maintenant une promenade avec votre ouïe.

Surprenant, n’est-ce pas, que de mettre en avant le sens auditif pour une randonnée ! Claude Morenas a souvent laissé la tâche ardue du défrichage et du balisage à son mari, François Morenas, ainsi que ses pensionnaires de l’auberge de Regain. Pour lui, c’était la liberté d’un magnifique espace de jeux, de découvertes pédestres infinies. A elle, la liberté de l’écriture ! Peut-être une des plus belles libertés… Et l’émotion qu’elle a essayé de transcrire avec ses mots se ressent si fort qu’on a souvent, à la lecture de leurs guides, cette impression doucement étrange qu’ils vous accompagnent le long des chemins de traverse du Luberon.

Ma douce Marie et moi avons rencontré, en 2001, François et Claude Morenas, chez eux, à l’auberge de Regain, perdue sur les hauteurs d’Apt et de Saignon, au centre d’un magnifique plateau couvert de lavandes. Nous leur avons parlé que quelques minutes. Ils avaient déjà 80 ans, je crois. Mais l’évocation des passages du guide que nous ressortions par cœur à Claude Morenas l’avait tellement émue que ses yeux commencèrent à s’embrumer d’un joli voile, particulièrement émouvant. Elle ne pouvait plus marcher, bien sûr. Et ses mots qu’elle entendait de notre bouche l’avait immédiatement transportée, sur le lieu précis où elle s’était assis pour écrire et à la saison où tout cela se déroulait…

Nous leur avons donc dit toute la joie qu’ils nous avaient procurée avec ces guides. Ce qui est remarquable, dans cet extrait, comme dans tous les autres que je partage avec vous à l’occasion de ce cycle, c’est que nous avons entendu durant cette randonnée tous les sons qui sont évoqués… Ecoutez donc ce passage. Il vous donnera, j’espère, l’envie d’aller explorer les recoins les plus secrets du Luberon. Et d’écouter ses bruits, son silence.

Be cool, be open.

UU

Luberon – 2ème promenade : l’OUÏE
Luberonmorenas_1[‘Les Druides’, extraits, in Découverte du Luberon – guide écrit par François et Claude Morenas depuis le début des années 60 et sans cesse mis à jour depuis]

Un énorme cyprès ; tout de suite après, à droite, entre deux murets, envahi de ronces, clématites et pruneliers, s’ouvre l’ancien chemin muletier d’Apt à Sivergues, qui monte plein Sud vers le plateau des Claparèdes. (…) Beaux champs de blé vert, jeune verger d’amandiers en fleurs, cerisiers. A gauche se profile la silhouette bleu de Saignon et plus proche le rocher de Rocsalière. (…)
Luberonchemin_muletierUn bruit sourd de moteurs monte, rumeur assourdie, où se précise une voix de coq, un chien, la cloche de la cathédrale. Le vieux chemin pavé s’accroche à la montagne, bordé tout le long de murs de pierres sèches et l’on regrette que les genêts cendrés écartés de la main ne soient pas fleuris pour ajouter leur clarté à cette harmonie. Que dire ? Les mots sont pauvres, y trouveriez-vous toutes les senteurs de ce printemps qui naît à peine de l’hiver ? Entendriez-vous le bruit de l’eau qui s’égoutte sous le rocher rongé de lichens gris ? Fi des promenades pour l’hygiène, il s’agit de bien autre chose. Coller à l’élément pour une re-création en esprit, par tous les sens éveillés, qui ne concrétise par aucune œuvre palpable.

6 commentaires sur “Luberon – 2ème promenade : l’OUÏE

  1. Eh oui…magie de cette ballade, à quelques mètres au dessus des habitations, mais tellement dépaysante :

    Ruines de vieux chateau, rocher en plateau surplombant la civilisation, où il faut s’asseoir pour prendre son goûter (miam, du pain et du chocolat : back to basics, comme les enfants…rien de plus délicieux dans ces circonstances), odeurs mieleuses des multiples plantes du soleil, la terre gorgée de soleil, qui « régurgite » (désolée, pas très poétique comme terme !) ses parfums dans le soir qui commence, redescente vers la civilisation au bord du ruisseau, etc…

    Effectivement, un des trucs marrants de la ballade faite à 19 heures, après une journée à la chaleur de plomb (on n’avait pas réussi à décoller avant), c’était les bruits, qu’on avait guettés puis entendus un à un (mais pas dans l’ordre quand même !!!): « Un bruit sourd de moteurs monte, rumeur assourdie, où se précise une voix de coq, un chien, la cloche de la cathédrale. » A croire que Claude Morenas était derrière notre dos pour décrire les choses en direct ! Expérience magique que de communier avec l’auteur, quelques années après qu’il ait écrit ce passage !

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  2. Je clique sur la photo du guide et qu’est ce que je vois apparaître ? Le nom de GIONO.J’ai été absolumment Fou de Giono. Pas au point de me taper le pelerinage jusqu’à sa porte mais on peut considérer qu’à cause de lui je me suis tapé bien des chemins , des vallons et des plateaux dans toute la haute Provence vers la fin des années 70 jusqu’à 84/85.GiOnO, j’aimais jusqu’à son nom. Cette « persistance aromatique du O en bouche  » ( la « caudalie du O » pour te paraphraser ). J’ai toujours aimé la lettre O. Et ce très avant de connaître « l’O.tre ».O c’est le cercle: la perfection du cercle: le cycle : l’infini.
    Voilà pourquoi, lorsqu’il ouvre les bras et se transforme en U ( de Guido à Guidu par exemple ) il prend un goût inestimable d’inachevé : un gout d’humain qui nous le rend plus proche, plus abordable : à notre portée.

    Amications promenantes

    dB

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  3. Salut UU, je n’arrive pas encore à vraiment mettre la tête hors de l’eau, mais je me soigne.
    Malgré tout il fallait que je te dise que nous nous trouvons une nouvelle fois sur les mêmes terres, ou presque! 93 pour toi 94 pour moi,
    Lubéron pour toi, et Comtat Venaissain pour moi. Ma famille (la moitié) est originaire de la région d’Avignon, et en particulier de villages à une dizaine de kilomètres à l’est (Saint-Saturnin lès Avignon http://jpc94.free.fr/saintsaturnin/saintsat.htm, Chateauneuf de Gadagne), sur la route entre Avignon et le Lubéron ;-))))

    C’est beau là-bas tout de même! Es-tu passé à Cucuron? que nous appelons, Cucuron les olivettes? et Lauris? C’est très beau avec le jardin en terrasse du chateau sur la vallée de la Durance.

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  4. Bonjour,
    Mes sens sont en éveil avec votre promenade dans le Lubéron, région que j’aime tout particulièrement j’y viens en pélerinage régulièrement moi qui habite dans l’Est …grâce à vous j’entends, je vois, je sens, j’écoute je goûte…

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  5. Que de plaisir à vous savoir plus nombreux à m’accompagner durant ce cycle sensoriel… Tous vos commentaires m’ont beaucoup touché. Merci ! ;o)

    ma douce marie>>Je m’attendais à ce que tu réagisses. Cette promenade, en plein août caniculaire (avant 2003), en fin d’après midi, fut délicieuse. J’aurais aussi pu parler en effet de ces senteurs qui ressortaient de la terre encore chaude du soleil ;o)

    dibrazza>>Ta métaphore filée du O est belle et particulièrement touchante…

    jpc>>Oh oui, je connais bien tout ça. ;o)Avignon : 3 festivals d’affilée entre 1998 et 2000. Et bcp de villages du Luberon, dont … Cucuron bien sûr : son inoubliable bassin dans le village avec de magnifiques platanes (c’est bien là ?), les ruines du château sur les hauteurs du village (j’ai revu hier dans notre album photos une magnifique photo des toits de Cucuron prise de ce château, pour me ré-imprégner de l’atmosphère…). C’est beau aussi le Comtat Venaissin (Séguret notamment, et Montmirail, etc.). Que de coïncidences après seulement quelques mois de blog, jpc ! ;o) Good luck pour ta lévitation d’emploi du temps.

    ludecrit>>Un bien chaleureux bienvenue à vous. Un réel plaisir de sentir que cela vous est agréable.

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  6. J’attends avec impatience l’odorat!
    Pour moi la Provence et la Méditerranée en général, ce sont des odeurs, des senteurs fortes. Pas forcément douces et suaves, mais si agréables. Je me souviens quand je descendais en train (avant le TGV), lorque l’on arrivait dans la gare d’Avignon dont la vue des remparts m’échauffait déjà le coeur, dès que l’on ouvrait la porte du wagon, c’était comme ouvrir une bouteille de parfum ou l’odeur du pin et de romarin, l’air chaud et le chant des cigales se mélangeaient.

    Depuis dans mon petit jardin du 9-4, j’ai retrouvé quelque chose de cette odeur de Méditerranée. Bien sûr il y a des lavandes, de la sauge et du romarin, mais surtout il y a l’Hélichrysum Stoechas.

    L’Hélichrysum aussi appelée Immortelles de Provence ou plante Curry à cause de son parfum puissant et acre. Quand je passe à côté, je me revois sur la colline de mon village, plaisir et nostalgie mêlés, mais c’est déjà ça 😉

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