Débat autour du vin (ma réponse à Gabriel)

Aujourd’hui, commençons bien la semaine par le 3ème épisode du débat autour du vin : ci-dessous ma réponse à Gabriel sur les différents points qu’il a soulevés.

Pour ceux qui ont manqué les 2 premiers épisodes :
2 – Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)
1 – « Mondovino » et débat autour du vin

Et n’hésitez pas à nous poster vos commentaires, vos points d’accord et de désaccord !

Be cool, be open.

uu

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> « le vin , c’est aussi un produit de grande consommation, quoi ! » Et là, brusquement, son visage s’est fermé. C’est péjoratif. Le vin ne peut pas à la fois relever de la catégorie « Marchandise » et de la catégorie « Tradition, art de vivre ».
Personnellement, je pense que c’est un des problemes majeurs en France (enfin du monde vinicole français) de faire un blocage sur le marketing et le merchandising du vin.
Le vin, on peut à la fois le respecter (reglementation, tradition, vieillissement, terroir, etc. enfin tous ces mots que les vins de l’ancien monde semblent mépriser généralement) et le « vendre ».
Confsurlevin_montilleQue ce soit par une politique nationale avec des subventions du ministere, ou que ce soit par des initiatives privées (le dernier bastion d’irréductibles que représentent Hubert de Montille ou les producteurs en sardaigne ou en cotes du roussillon représentés dans Mondo vino), la qualité du vin et sa spécificité de produit marchand (process de fabrication complexe, durée très longue de production, immobilisation de capital considérable sur une durée énorme) peut être préservée. Ca passera forcément par une meilleure qualité de vin de pays et de petits AOC, etc.
Mais ca passe aussi par une meilleure communication / éducation. Et là on retombe sur le marketing les gars.

> Mais que met-on au fond dans ce mot valise qu’est « Le Vin » ? La réponse n’est pas simple, car le vin a la complexité de son âge, soit plusieurs milliers d’années ; il est profondément imbriqué dans notre patrimoine culturel.
Intéressant de relever cet héritage millénaire. Le point de vue des américains exprimé dans Mondo Vino, est qu’on peut faire du bon vin quasiment un peu partout dans le monde, qu’il faut simplement de bons investissements (et un bon retour sur investissement aussi). Et là, ils ont pas completement torts.

> – La marchandise, dans certains cas, est devenu oeuvre d’art, ou du moins symbole d’art de vivre
> – Mais la généralisation est difficile : le vin a été , est souvent un produit de négoce, obéissant aux règles de la concurrence, où certains ont pu pousser des produits faciles et bon marché, voire cracher du rendement ou frelater leur produit pour maximiser les profits. Il n’y a pas que des amoureux de la vigne et du travail bien fait.

Sans l’heritage millenaire, on peut quand meme vendre à des gens qui n’ont pas cette culture en ayant le bon marketing mix.
Et tout ça, sans sacrifier à la vision (que je partage) de respect du vin comme un produit extraordinaire, qui doit être protégé et réglementé, amélioré (en qualité), et bu avec une attention particulière (ne serait-ce que l’espace des 2 secondes que prend une simple gorgée).

> – La cohabitation a été plutôt fructueuse sur le long terme. Nos grands crus n’ont pas toujours été aussi bons et complexes.
tout à fait !

> Le plaisir du consommateur (éduqué ?) n’y est pas pour rien
Je suis entierement d’accord sur ca. je t’ai repondu plus haut que cela passe par plus de communication, plus d’education.
D’ailleurs n’est ce pas la nouvelle forme de progres (apres le progres de la liberte, le progres industriel, le progres scientifique, le progres social): n’y aurait-il pas maintenant une forme de « progres de l’information » ?
Marche_empereur
Avec les moyens modernes de communication, d’information rapide et facile (moteurs de recherches, sites Web sur tout tout tout et tout),etc. cela me fait penser aussi à la place plus importante que prennent les docs amateurs dans l’info (photos, videos de tsunami, d’abou graib), l’importance des docus fictions à la télé, le succès des docu en toute sorte (l’école, 9/11, le vin, même les manchots d’antarctique…) : aujourd’hui le consommateur, le client, le citoyen, il veut s’informer tout seul, en direct et avec de moins en moins d’intermediaires.
Le vin, pour moi c’est pareil : les gens sont capables de choisir de mieux en mieux tout seuls, quitte à s’échanger des tuyaux de bouche à oreille. Mais finalement, le plus important, ca reste de s’éduquer et de continuer à s’informer. En tout cas, ce n’est qu’un postulat. Mais il me parait fondé.

> – Plus généralement, on aime le vin parce qu’on le trouve bon. C’est con, dit comme ça, mais ça montre que c’est d’abord le goût du consommateur qui fait le vin de demain.
Image1bisOui c’est bon de le rappeler. ce produit particulier qu’est le vin doit d’abord être apprécié avant tout. mais finalement, pas plus qu’un bon repas ?
Il y a aussi de la magie de la transformation dans la cuisine, autant que dans le vin. c’est pas pareil certes, mais c’est les mêmes leviers : choix de la qualité, biodynamie ou pas, élevage selon des cycles parfois longs hors normes par rapport à la grande distribution ou en tout cas hors normes par rapport à une logique de rentabilité.

> – Les goûts changent avec l’espace et le temps. Tous les vins sont soumis à cette loi. Ceci implique que le travail du vigneron pour améliorer le produit de sa vigne n’a pas de fin
oui et non.
la diversité géographique, culturelle et donc gustative est réelle mais le succès des vins du nouveau monde prouverait presque le contraire…

> Ce qui me paraît intéressant également, c’est que le vin est en quelque sorte le modèle réduit de notre civilisation européo-méditerrannéenne pluri-millénaire.
Gabriel, demerde toi pour aller voir Mondo Vino, ca t’interessera vraiment si tu fais cette reflexion ci-dessus de culture europeo mediterraneenne.

> En étudiant le vin, son histoire, les actions humaines autour de lui, c’est en fait toute notre civilisation qu’on observe. Ce qu’il se passe dans le monde du vin aujourd’hui est exactement en ligne avec de nombreuses préoccupations d’aujourd’hui.
globalization, marketing mix…
ok mais préoccupation d’une elite quand meme qui a les moyens de tester, deguster, voyager, acheter, stocker et cuisiner…

> Les mécanismes du marché ont contribué pour partie à faire de vin ce qu’il est aujourd’hui, un produit souvent de haute qualité, fruit d’un grand savoir faire.
pas d’accord sur le souvent haute qualité. on tombe aussi souvent sur des déceptions ou des choses vraiment pas bonnes en matiere de vins.

Verres> Je ne parle pas de la passion du vin, qui évidemment ne relève pas du marché (mais peut être de la présence d’alcool et d’autres choses à définir).
et bien definissons les ! pour ma part :
– longueur en bouche
– aromes complexes
– souvenirs de facon générale : ce que je trouve remarquable dans le vin est son pouvoir extraordinaire d’evocation. Ne serait-ce que par les mots qu’on utilise lors des degustations… cela rappelle des souvenirs de voyage, d’enfance, de cuisine, d’odeurs de balades en foret, etc.
– et surtout, toute la convivialité qu’il y a autour d’une table lorsqu’on boit du vin. Le jour où j’ouvrirai une tres grande bouteille tout seul, je crois que je serai tres malade ou je serai alors le dernier survivant sur terre… ;o)

> Ces mêmes mécanismes aujourd’hui produisent un risque d’appauvrissement de la variété. Ca vaut le coup de les étudier afin de comprendre plus précisément la cause de ce retournement. (tiens ça rappelle la crise du disque et les OGM, la question de la variété…)
oui et non
le risque de diversité n’est pas si fort que ca selon moi si on continue d’investir dans la qualité et la communication/education

> Tiens, parlons d’Europe : il paraît que les vins de Hongrie sont excellents, bio et abordable… Qui en refuse ?
tu en as ?

> Comment combiner partage et variété ?
subventions ? ;o)

> Au plaisir de lire vos réactions.
pareil !

uu

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2 commentaires sur “Débat autour du vin (ma réponse à Gabriel)

  1. Mon humble avis d’amateur de vin et de « commerçant »…

    Par peur du changement, les français s’accrochent à leur système et n’évoluent pas : des vins étrangers éduquent leurs « jeunes » amateurs en simplifiant le débat à la notion de cépage. On voit bien là l’effet pervers du marketing qui démolit tout pour mettre dans des cases. Au delà, je dirai que le marketing galvaude les vraies valeurs et réduit tout ce qu’il ne peut utiliser immédiatement.

    C’est pour cela que le terroir est pour l’instant laissé de côté, au grand dam des français, isolés dans un système d’AOC incompréhensible pour 99% de la planète.

    Je ne dis pas qu’il faut supprimer les AOC… mais traduire l’origine contrôlée en « Terroir » sur l’étiquette. Les vins français ont la légitimité pour imposer cette double richesse : cépages(s) + terroir.

    Des étiquettes présentant le(s) cépage(s) accompagné(s) du Terroir (Ground ?) de façon épurée seraient plus efficaces à l’export, sans abandonner le « terrain » du terroir.

    Cela permettrait en outre d’éduquer les nouveaux amateurs à l’importance du sol et transformer un point faible en point fort, pour conquérir ces nouveaux esthètes qui paieront peut être un surcoût pour du vin français.

    Conclusion : il faut marketer le terroir sur l’étiquette ???

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  2. Tu prêches un convaincu, Régis !
    Pour ma part, c’est la raison pour laquelle j’explore depuis récemment les Bourgogne, quintessence même du terroir puisque c’est le même cépage partout…
    Ta conclusion est très juste : combien de personnes achètent uniquement sur cette base là ? En France, ça commence. A l’étranger, n’en parlons pas : ça doit être un des critères principaux. L’esthétique de l’étiquette, avant même de savoir ce qui est écrit dessus, c’est ça le plus important (pour un client qui hésite face à un linéaire de plusieurs mètres). Pas l’AOC.

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