Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)

Vins_1Mon invitation à aller voir Mondovino a lancé par email un débat intense autour du vin il y a quelques jours.
Avec l’aimable autorisation de leurs auteurs ;o) , je publie à partir d’aujourd’hui les échanges oenologiques que nous avons eu entre Gabriel, Roger et moi.

Vous trouverez déjà aujourd’hui ci-dessous la réponse de Gabriel sur ce thème (à venir ma réponse à Gabriel et celle de Roger !).

Bien sûr, je vous encourage vous aussi à contribuer à ce débat autour du vin en postant directement vos commentaires sur ce blog. Au plaisir de vous lire ! ;o)

Be cool, be open.

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Bonjour,

je ne l’ai pas vu et il est probable que je ne le verrai malheureusement pas, malgré l’intérêt qu’éveille ce docu. Il n’empèche que sa sortie a été largement couverte par les média à la fin de l’année dernière, à tel point que le docu semble largement éventé.

Je vous livre une petite réflexion autour du même thème.

D’abord un peu de provocation, auprès d’un collègue de travail, natif du cru, à savoir, de Dijon. Je lui déclarai : « le vin , c’est aussi un produit de grande consommation, quoi ! » Et là, brusquement, son visage s’est fermé. C’est péjoratif. Le vin ne peut pas à la fois relever de la catégorie « Marchandise » et de la catégorie « Tradition, art de vivre ».

Mais que met-on au fond dans ce mot valise qu’est « Le Vin » ?

La réponse n’est pas simple, car le vin a la complexité de son âge, soit plusieurs milliers d’années ; il est profondément imbriqué dans notre patrimoine culturel. Ca vaut aussi la peine de démêler un peu les écheveaux de cette imbrication, qui à les yeux fait la richesse du vin.

– La marchandise, dans certains cas, est devenu oeuvre d’art, ou du moins symbole d’art de vivre

Vin_amphore2_1– Mais la généralisation est difficile : le vin a été , est souvent un produit de négoce, obéissant aux règles de la concurrence, où certains ont pu pousser des produits faciles et bon marché, voire cracher du rendement ou frelater leur produit pour maximiser les profits. il n’y a pas que des amoureux de la vigne et du travail bien fait. Refaisant l’histoire, il est intéressant de noter les surproductions chroniques auxquelles la vigne s’est adaptée à grands coups d’arrachage de plans, depuis l’empire romain, signe d’un appétit lucratif ancré aussi profondément qu’un cep de vigne !

– La pression de certains regroupements vinicoles pour changer les lois en leur faveur ne sont pas sans évoquer une adhésion à une logique de marché que ceux-là même n’ont pas de honte à dénoncer en même temps

– La cohabitation a été plutôt fructueuse sur le long terme. Nos grands crus n’ont pas toujours été aussi bons et complexes. Le plaisir du consommateur (éduqué ?) n’y est pas pour rien

– Plus généralement, on aime le vin parce qu’on le trouve bon. C’est con, dit comme ça, mais ça montre que c’est d’abord le goût du consommateur qui fait le vin de demain.

– Les goûts changent avec l’espace et le temps. Tous les vins sont soumis à cette loi. Ceci implique que le travail du vigneron pour améliorer le produit de sa vigne n’a pas de fin

– Un de mes principaux plaisirs s’agissant du vin, et peut être le vôtre également, réside dans le fait de trouver un mariage réussi avec d’autres mets.

Tout ça pour dire que ce n’est pas un, mais des produits, qu’ils sont en devenir permanent sous l’effet du gosier et que c’est de la variété desdirections dans lesquelles ces produits évoluent que nous tirons le plus de plaisir (à qualité égale).

Vin_bas_relief_1Ce qui me paraît intéressant également, c’est que le vin est en quelque sorte le modèle réduit de notre civilisation européo-méditerrannéenne pluri-millénaire. En étudiant le vin, son histoire, les actions humaines autour de lui, c’est en fait toute notre civilisation qu’on observe.
Ce qu’il se passe dans le monde du vin aujourd’hui est exactement en ligne avec de nombreuses préoccupations d’aujourd’hui.

Les mécanismes du marché ont contribué pour partie à faire de vin ce qu’il est aujourd’hui, un produit souvent de haute qualité, fruit d’un grand savoir faire. Je ne parle pas de la passion du vin, qui évidemment ne relève pas du marché (mais peut être de la présence d’alcool et d’autres choses à définir).

Ces mêmes mécanismes aujourd’hui produisent un risque d’appauvrissement de la variété. Ca vaut le coup de les étudier afin de comprendre plus précisément la cause de ce retournement. (tiens ça rappelle la crise du disque et les OGM, la question de la variété…)

Le vin est il finalement victime de son succès d’image ? Peu se sont en effet plaints des exportations de grands crus français. Au départ, on les coupait au coca cola, mais à présent…. La généralisation de l’accès au vin a-t-il pour effet de rendre ce produit lucratif au point que des financiers s’y engagent au delà du mécénat (qu’on est content d’avoir) ?
Tiens, parlons d’Europe : il paraît que les vins de Hongrie sont excellents, bio et abordable… Qui en refuse ? Comment combiner partage et variété ?

M… je pensais faire une petite réflexion et voila que je m’étale.
C’est dire si le Vin est un prisme exceptionnel sur notre monde.

j’espère ne pas vous avoir ennuyé. Au plaisir de lire vos réactions.
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Gabriel

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Légendes des photos anciennes : Amphore romaine et Bas-relief romain représentant une scène de vendanges.

Un commentaire sur “Débat autour du vin (la réponse de Gabriel)

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